Monde ANIMAL (Eucaryotes Invertébrés) : ARTHROPODES, Hexapoda,
Insecta : Près de 1,3 million d'espèces (près de 10.000 nouvelles espèces inventoriées par an).
Pterygota, Neoptera, Holometabola, Hymenoptera (entre 1 et 5 millions d'espèces, une centaine de familles)

Les Abeilles sont Victimes d'un Parasitisme inédit
Apocrita, Aculeata, Apoidea, Anthophila (7 familles, env 20.000 espèces)

Les Abeilles sont Victimes d'un Parasitisme inédit

Stenoria analis se fait transporter par son hôte pour pénétrer dans son nid.

Comme son hôte, Stenoria analis n'a qu'une génération par an. Les adultes apparaissent à la fin de l'été, une quinzaine de jours avant ceux du Colletes (abeille). Ce sont des phytophages omnivores. On les voit dans les zones où les Colletes font leur nid, immobiles sur les végétaux lorsque le temps est chaud ou volant d'une plante à l'autre par temps plus frais. La ponte a lieu quelques heures après l'accouplement. La femelle de Stenoria colle ses oufs, à l'aide d'un liquide visqueux, en une ooplaque ovale d'environ 1 cm de long sur 0,5 cm de large sur les feuilles de chênes ou d'autres arbrisseaux (châtaignier ou saule, par exemple). Dans l'ooplaque, les 300 à 400 oufs presque cylindriques sont empilés en plusieurs couches et disposés à 45° par rapport au support. Les oufs brunissent rapidement et l'éclosion a lieu une dizaine de jours après la ponte. Les larves nouveau-nées des Méloïdés sont nommées triongulins (<-) en raison de leurs griffes en forme de trident. Elles ont des mandibules acérées et un corps allongé au tégument fortement sclérifié, muni à son extrémité d'une paire de soies caudales. Dès leur éclosion, elles courent rapidement à la surface de l'ooplaque, émettant à l'extrémité de leur abdomen un très fin fil de soie qui forme bientôt un réseau dense au dessus de l'amas de chorions vides. Trois jours après l'éclosion, la masse grouillante des larves s'étire et forme une "goutte" qui, retenue par une cordelette de soie, tombe lentement au sol. Si des larves sont restées sur la feuille, elles forment une seconde goutte qui tombe à son tour. Le phénomène se poursuit jusqu'à ce que toutes les larves aient rejoint le sol, puis les triongulins se dispersent et grimpent sur les plantes herbacées des alentours. C'est à la même époque que les Colletes commencent à être actives, butinant les fleurs et se posant sur la végétation ou sur le sol. Lorsque qu'une abeille les approche, les triongulins s'accrochent en se cramponnant solidement à la racine de ses poils à l'aide de leurs mandibules. Une fois fixé, le triongulin se fait véhiculer par l'abeille en attendant patiemment qu'elle se mette à pondre. On trouve souvent entre 2 et 10 triongulins sur le même hôte et même, dans certains cas, jusqu'à une cinquantaine. On comprend que Linné les ait nommés Pediculus apis "Poux des abeilles". Un certain nombre de triongulins se fixent sur des butineurs (Diptères, Coléoptères, Lépidoptères ou Hyménoptères non nidifiants) et cette erreur leur est toujours fatale. Lorsque la femelle de Colletes a approvisionné une cellule de son nid et y a pondu un ouf, un ou plusieurs triongulins quittent son dos pour se fixer sur les parois de la cellule dans laquelle ils se laissant enfermer. Tant qu'elles n'ont pas atteint la cellule d'un Colletes, les larves triongulins ne se nourrissent pas. Selon certains auteurs, elles pourraient rester plusieurs semaines sans manger et, si elles ne trouvent pas l'hôte qui leur convient, elles finissent par mourir de faim. Le développement du triongulin n'est possible que si le miel lui convient. Un miel trop liquide le noie, un miel trop sec n'est pas assimilé. Il existe donc pour chaque espèce de Méloïdé parasite d'Hyménoptères un préférendum alimentaire correspondant à un petit nombre d'espèces hôtes. Stenoria analis se développe ainsi dans les nids de différents Colletes mais aussi dans ceux d'espèces du genre Andrena (Andrenidés). Lorsque deux triongulins se retrouvent dans la même cellule, une des deux larves élimine l'autre. Le triongulin tue également l'ouf du Colletes ainsi que ceux d'autres parasites, comme les Chrysidés ou Guêpes-coucous, qui ont pu s'introduire dans le nid pour pondre sur les réserves de miel de l'abeille hôte.

<- Meloe proscarabeus, espèce française proche de Meloe fransiscanus.
Le Méloïdé américain Meloe franciscanus utilise un subterfuge pour attirer son hôte. Des scientifiques californiens ont décrit récemment le comportement très particulier que présentent les larves triongulins de Meloe franciscanus pour attirer les mâles de leurs abeilles hôtes, des Anthophoridés de l'espèce Habropoda pallida. Lorsqu'elles quittent la galerie sableuse dans laquelle était cachée la ponte, les larves triongulins restent groupées et grimpent sur la tige végétale la plus proche, formant à son extrémité un amas grouillant dont la forme et la position sur la plante ressemblent à celles d'une femelle d'Habropoda. Cet amas de larves, qui émet certainement une substance volatile mimétique de la phéromone sexuelle de l'abeille, attire les mâles de l'Anthophore. Lorsqu'un mâle tente de s'accoupler avec ce leurre, les triongulins s'accrochent à ses poils et se font transporter jusqu'à ce qu'il s'accouple avec une femelle de son espèce. Les triongulins passent alors sur le corps de la femelle qui les transportera jusqu'à son nid. Un mâle d'Anthophore pouvant s'accoupler avec plusieurs femelles, les larves du Méloé ont ainsi la possibilité de s'introduire dans un grand nombre de nids.

J. Hafernik et L. Saul-Gershenz, 2000, Beetle larvae cooperate to mimic bees, Nature, Vol 405, p35.

 

   
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