Origines du Langage

Les Babouins produisent des Vocalisations Comparables aux Voyelles

L'ESSENTIEL DE LA SCIENCE N°44 > Février-Avril > 2019

Le Cerveau du Babouin en dit long sur l'Origine du Langage

M.-C.M. - SCIENCE & VIE N°1197 > Juin > 2017

Le Larynx des Singes est équipé pour le Langage
Babouins et Macaques peuvent émettre des Sons Humains

C.H. - SCIENCE & VIE N°1193 > Février > 2017
R.M. - SCIENCES ET AVENIR N°840 > Février > 2017

Que des Singes Parlent est-il pure fiction ?

Leur intelligence ne fait pas de doute. Les singes se sont révélés très doués dans l’apprentissage de la langue des signes, comme le célèbre gorille femelle Koko qui maîtrise plus de 1000 signes depuis les années 1970.

Certaines espèces, tels les mones de Campbell et les muriquis, possèdent même une forme complexe de communication vocale. Mais les singes seraient-ils pour autant capables de parler, ou n’est-ce là que pure science-fiction ?
Dans les années 1950, des scientifiques américains ont tenté l’expérience avec Vicky, un chimpanzé : lui faire répéter des mots comme à un perroquet. Au bout de plusieurs années, c’est à peine s’ils ont obtenu de vagues “papa”, “mama”, “cup” et “up”. Il faut dire que pour accéder au langage articulé, les singes devraient surmonter un handicap de taille lié à leur anatomie. “Leur appareil vocal n’est pas constitué de la même manière que la nôtre et ils n’ont pas les mêmes configurations musculaires et les mêmes connexions nerveuses. Le contrôle des vocalisations est donc assez différent”, explique Didier Demolin, linguiste à l’université Stendhal de Grenoble. Le larynx n’est pas positionné de la même manière, il est plus haut, et la cavité pharyngale est plus réduite. De plus, les primates ont un visage allongé, la cavité buccale est plus longue et plus plate, “ce qui empêche les mouvements qui permettent d’articuler la plupart des consonnes et des voyelles”, souligne le chercheur.

DES SONS INTENTIONNELS ! Autre différence : leurs cordes vocales semblent plus rigides et le contrôle de la respiration dans les vocalisations diffère par rapport à l’homme. C’est pourquoi les sons produits par la plupart des espèces de primates sont très instables. Ils se résument souvent à des cris ou des grognements spontanés. “Certes leur anatomie constitue un frein pour moduler des sons, mais s’ils avaient les capacités cognitives et cérébrales, ils y arriveraient, confirme Adrien Meguerditchian, primatologue au Laboratoire de psychologie cognitive à Marseille (CNRS/université Aix-Marseille). Le principal obstacle, c’est qu’ils n’ont pas de bon câblage neuronal et musculaire pour contrôler la parole indépendamment de leurs émotions.
En effet, plusieurs études ont montré que les cris émis par les singes sont associés principalement à des zones cérébrales sous-corticales où siègent les émotions, et non aux aires corticales du langage, dans l’hémisphère gauche. Malgré cela, des chercheurs américains ont observé en 2007 pour la première fois des sons intentionnels de la part de chimpanzés en captivité. “Pour attirer l’attention d’un être humain et obtenir de la nourriture, certains ont poussé une sorte de cri grave et prolongé, en utilisant leurs cordes vocales, qui ressemble un peu au ‘non’ de César dans le premier volet du film”, décrit Adrien Meguerditchian. Plus étonnant encore, le son était accompagné du geste de pointage, exactement comme lorsque nous parlons avec les mains. De quoi alimenter les plus grands fantasmes... Mais si ces quelques expériences, anciennes ou récentes, peuvent laisser entrevoir les prémices d’un langage articulé et intentionnel, les singes ne parleront probablement jamais comme nous.

L.G. - SCIENCE & VIE N°1163 > Août > 2014

Chez les Ouistitis, on Dicute Poliment

Lorsqu'ils se rencontrent, les ouistitis établissent un échange vocal ou chacun prend la parole après 5 secondes de silence.

Les chercheurs y voient les bases des conversations humaines, fondées sur la coopération.

F.G. - SCIENCE & VIE N°1156 > Janvier > 2014

Des Singes relancent le débat sur l'Origine du Langage
LINGUISTIQUE ÉVOLUTIONNISTE

Jusqu'à présent l'hypothèse de l'origine gestuelle du langage humain semblait la plus évidente. Ce dernier aurait émergé d'abord sous la forme de signes manuels chez les grands singes et ne serait devenu verbal qu'ensuite. Les cris des singes étant considérés comme la simple expression d'émotions telles les pleurs et le rire. Mais la découverte de vocalisations complexes chez la mone de Campbell met à mal cette théorie.

Il faut entendre Alban Lemasson parler la langue des singes. Lorsque, dans son bureau, un enregistrement diffuse des cris de Mones de Campbell (->), une petite espèce de primate originaire d'Afrique de l'Ouest, le chercheur du laboratoire d'éthologie animale et humaine à Rennes traduit au fur et à mesure avec un naturel déconcertant. "Là, le mâle signale qu'il a entendu un léopard. Maintenant, il veut rassembler les femelles pour s'éloigner..."
Depuis plus de quatre ans, l'équipe de l'université de Rennes 1 et du CNRS écoute les "hok-oo", les "krak" et les "wak-oo" qui résonnent dans la forêt de Côte d'Ivoire ou dans la station biologique de Paimpont en Bretagne. Et, avec l'aide de Karim Ouattara, de l'université de Cocody à Abidjan, et de Klaus Zuberbühler, de l'université de Saint-Andrews en Ecosse, Alban Lemasson a relevé l'existence d'un phénomène encore jamais observé, à ce niveau de complexité, chez une espèce non-humaine : les mones de Campbell communiquent entre elles à l'aide d'un répertoire de cris variés qu'elles combinent en séquences vocales, un peu comme l'homme forme des phrases à partir de mots.
Foumis, oiseaux, mammifères, dauphins... quasiment toutes les espèces animales sont capables de communiquer entre elles. Mais aucune n'avait jusqu'ici fait preuve d'un moyen de communication aussi structuré. "Si, par exemple, un mâle veut informer de la chute d'un arbre, détaille Alban Lemasson, il va faire 'boom boom krak-oo krak-oo krak-oo krak-oo'... En revanche, s'il veut signaler l'entrée dans son territoire d'un groupe voisin, ce sera alors 'boom boom hok-oo hok-oo hok-oo krak-oo krak-oo'..." La mone de Campbell utilise donc une forme primitive de syntaxe : un simple changement dans la succession de ces cris suffit pour que le sens global de la communication soit transformé. En outre, ces vocalisations respectent des règles de conversation, possèdent une sémantique, font appel à l'emploi de suffixes... Bref, elles présentent de multiples caractéristiques de notre communication orale. Une découverte qui met à mal la théorie dominante sur l'origine du langage.

ÉNIGME ÉVOLUTIVE : Nombre de chercheurs pensent que les précurseurs de notre mode de communication sont à chercher uniquement dans les gestes des grands singes, tels que le gorille, le chimpanzé ou le bonobo, qui font partie de la même famille que l'homme. Ils relèguent du même coup l'expression orale de nos cousins primates au rang de l'émotion, au même titre que nos pleurs et nos rires. Or, selon Alban Lemasson, "il y a bien plus que le rire dans les cris des singes".
Pour bien comprendre le débat, il faut revenir aux années 1950, lorsque diverses expériences mettent en évidence une énigme évolutive de taille. Ainsi, tandis qu'un perroquet ou une otarie se révèlent à l'occasion de redoutables imitateurs de l'homme (voir encadré), le singe fait figure de piètre élève. Aux Etats-Unis par exemple, les pionniers Keith et Cathy Hayes tentent vainement d'apprendre au chimpanzé Vicki à parler ; après des années d'effort, ils n'obtiennent que quelques mots d'anglais ressemblant vaguement à "papa", marna", "cup" et "up"... Un regard sur l'anatomie des singes ne permet pas d'espérer davantage : leur appareil vocal les rend incapables de réaliser la plupart des sons de la parole humaine. En outre, comme les humains, "les jeunes oiseaux et cétacés ont besoin d'un tuteur pour apprendre à parler alors que les singes disposent plutôt d'un répertoire vocal prédéfini : un petit va généralement pousser des cris d'adultes dès la naissance et n'a pas besoin d'apprendre socialement", raconte Alban Lemasson. D'où le paradoxe : si l'on s'intéresse uniquement à la capacité à moduler des sons et à apprendre à les formuler, l'homme serait plus proche des volatiles et mammifères marins que... des primates, le groupe auquel il appartient !

OISEAUX ET CÉTACÉS : TROUBLANTS IMITATEURS
Du fait de leur anatomie, les oiseaux et les cétacés sont nettement plus doués que les singes en matière de flexibilité vocale. Deux exemples célèbres en témoignent. Le premier concerne les incroyables performances d'un perroquet gris du Gabon. Entraîné de 1977 à 2007 par la psychologue américaine Irene Pepperberg. L'animal baptisé Alex (acronyme de Avian Language Experiment) maîtrise plus d'une centaine de mots anglais ! Depuis, de nombreux autres volatiles ont fait preuve de leur intelligence. Autre cas : l'otarie Hoover, un orphelin confié par un pêcheur au New England Aquarium de Boston en 1971. Une fois mature, il s'est mis à produire des sons semblables à des paroles humaines. Puis il s'est rapidement amélioré, s'imposant à la une des médias comme le premier mammifère non humain parlant. Des enregistrements, réalisés en 1981 par Katherine Rails et Terrence Deacon, sont toujours disponibles sur Intemet (chercher à partir de leurs noms).

Afin de contoumer cette incohérence, la plupart des spécialistes optent alors pour une origine gestuelle du langage humain : il aurait d'abord émergé sous forme de signes manuels chez les grands singes et ne serait devenu verbal que tardivement. Cette thèse, actuellement dominante, est notamment défendue par Jacques Vauclair, directeur du Centre de recherche en psychologie de la connaissance, du langage et de l'émotion de l'université de Provence à Aix-en-Provence. "Des travaux expérimentaux ont révélé la remarquable capacité des grands singes à apprendre et à utiliser des gestes complexes pour communiquer avec l'homme, contrairement aux vocalisations", explique-t-il ! Dans les années 1960 en effet, les Américains Allen et Beatrix Gardner tentent d'enseigner à un chimpanzé la langue des signes et parviennent à lui en apprendre plus d'une centaine ! La théorie gestuelle s'appuie en outre sur un faisceau d'arguments : les zones cérébrales activées par les gestes des primates sont les mêmes que celles du langage chez l'homme ; il n'y a presque que les grands singes qui communiquent par gestes ; un recours spontané à cette communication est observé chez les humains sourds.
C'est dans ce contexte qu'ont débuté les recherches sur la mone de Campbell, alias Cercopithecus campbelli campbelli, un primate qui ne fait pas partie de la famille des grands singes. Alban Lemasson a choisi ce petit cercopithèque car il peut étudier son comportement à la station de recherche Taï Monkey Project située dans le parc national de Taï en Côte d'Ivoire, mais aussi dans le centre de primatologie de son laboratoire breton. Les harems de mones (un mâle entouré de plusieurs femelles et de ses descendants) ont en plus l'avantage de vivre dans une forêt tropicale où la vision alentour est limitée par la végétation, donc peu propice à la communication gestuelle.
Fort de longues années d'écoute, Alban Lemasson rapporte aujourd'hui deux observations principales qui contredisent la théorie gestuelle. En premier lieu, tout n'est pas inné dans les vocalisations des mones de Campbell. Chez les femelles, un même cri de contact peut être prononcé de différentes manières. Ces variantes acoustiques, qui peuvent aller jusqu'à quatre au cours d'une vie, sont partagées avec les proches pour souligner les liens affectifs. Pour preuve : si on diffuse par haut-parleur une variante actuelle, l'entourage réagit ; si la variante est inconnue, pas de réaction ; et si la variante est ancienne, c'est le silence, les singes étant visiblement perturbés. Autre innovation vocale des mones de Campbell : en captivité, elles produisent un cri inédit, jamais entendu en milieu naturel, une alarme anti-humains ! Une forme d'apprentissage vocal, certes limitée, serait donc possible.
Mais il y a plus fort. Car les travaux de l'équipe d'Alban Lemasson montrent que les vocalisations des singes possèdent nombre des caractéristiques du langage humain. Les cris ne sont pas émis de manière désordonnée mais suivent des règles, comme dans nos conversations. Les femelles évitent de crier en même temps et se répondent à tour de rôle dans un délai de moins d'une seconde. En vieillissant, elles crient moins mais obtiennent plus de réponses. "On retrouve la règle du respect de la parole des aînées, très importante dans les sociétés orales traditionnelles", souligne Alban Lemasson.

VOCALISATIONS POUSSÉES

Deuxième caractéristique : les vocalisations ont un sens, une sémantique. Un cri encode par exemple l'identité d'un prédateur naturel. Grâce à des simulations visuelles (léopard et aigle empaillés) ou acoustiques (diffusion par haut-parleur du grognement du léopard et du sifflement de l'aigle), les chercheurs ont démontré que "krak" renvoie au léopard et "hok" à l'aigle.

Troisième caractéristique, assurément la plus troublante : ces vocalisations possèdent une protosyntaxe. Les singes combinent des unités vocales pour former des séquences plus complexes (infographie ->). Les mâles utilisent par exemple un système de suffixe en "oo" qui élargit leur répertoire vocal : si "hok" signale un aigle, "hok-oo" traduit, lui, divers dangers venant du ciel. Le cercopithèque dispose ainsi de six cris d'alarme ("boom", "krak", "hok", "hok-oo", "krak-oo" et "wak-oo") qu'il émet rarement de manière isolée mais compose en séquences vocales de 25 cris en moyenne. Et la façon dont les cris s'enchaînent produit un message différent : une succession de "krak-oo" signifie "j'ai entendu un prédateur". Précédé d'un krak, cela devient "j'ai entendu un léopard". Accolé à une succession de "boom boom" (signifiant que le mâle veut rassembler les femelles pour s'éloigner), cela désigne la chute d'un arbre.
On pensait jusque-là que cette capacité syntaxique était propre au langage humain et qu'elle était apparue très tard au cours de l'évolution. Or, sur l'échelle de l'évolution, les cercopithèques ont des ancêtres communs avec l'homme plus lointains que les grands singes (<- infographie). Si les gestes sont assurément des précurseurs du langage, l'hypothèse d'une origine vocale beaucoup plus lointaine ne peut donc être écartée. "Le langage est avant tout oral, les gestes se sont ensuite rajoutés dessus", résume Alban Lemasson.
Jacques Vauclair ne se dit pas convaincu pour autant. "Cette étude témoigne de capacités de vocalisation complexes mais ne remet pas en question la théorie gestuelle, affirme-t-il. Par exemple, je ne crois pas à l'idée des 'règles de conversation' chez les singes. Quand l'un a fini de parler, l'autre s'exprime. Cela n'a rien à voir avec les conversations au sens humain du terme, où chacun parle à son tour, mais où celui qui parle en second répond aux propos du premier. J'attends encore d'en voir une démonstration chez les singes. Pour ce qui est des combinaisons de cris, leur structure est loin de ressembler à celle du langage avec ses infinies possibilités combinatoires."
Des travaux encore plus récents démontrent pourtant que les mones de Campbell ne sont pas les seuls singes à avoir des vocalisations poussées. Didier Demolin, du laboratoire de phonologie à l'Université libre de Bruxelles, revient du Brésil, où, avec 2 spécialistes, Fransisco Mendes et César Ades, il a écouté les plus grands singes des Amériques, les muriquis (Brachyteles hypoxanthus). Emerveillé par leurs "vocalisations extrêmement complexes", il a notamment relevé quatorze unités vocales que les muriquis recombinent en respectant des règles bien précises. "Les muriquis sont plus proches de la grammaire humaine que n'importe quel autre primate connu", affirme même le chercheur. Il ne voit cependant pas de contradiction avec une origine gestuelle du langage : "Le fait de retrouver certaines formes de grammaire chez d'autres espèces que l'homme signifie que cette propriété est un produit de l'évolution de la communication animale." Selon lui, "les conditions anatomiques pour avoir des vocalisations complexes sont apparues chez les hominidés extrêmement récemment, il y a 200.000 à 250.000 ans. La parole s'est donc bien superposée aux gestes, puis les deux ont évolué ensemble". Mais le chercheur ne souhaite pas pour l'instant en dire davantage, ses travaux n'étant pas encore publiés.
Une chose est sûre : le débat sur l'origine du langage est désormais relancé. Et la parole est maintenant... aux singes.

L.F. - SCIENCE & VIE > Février > 2010

Ce singe est doué d'un vrai Langage

La mone de Campbell, petit singe forestier de la famille des cercopithèques, possède la forme de communication vocale la plus élaborée jamais décrite dans le monde animal. La mone de campbell utilise une sémantique, une syntaxe et un vocabulaire spécifiques.

Des éthologues ont suivi pendant 2 ans, 8 groupes de primates du parc national de Taï, en Côte d'Ivoire, habitués à la présence humaine. Et l'analyse des 7.000 cris qu'ils ont enregistrés en réponse à des stimulations naturelles ou provoquées par des leurres de prédateurs (diffusion de cris, modèles empaillés) a livré des résultats pour le moins surprenants.

UNE FORME DE SYNTAXE

Primo, leur vocabulaire est plus riche que ce que l'on pensait, grâce à l'ajout du suffixe "oo" aux trois sons d'alarme déjà décrits chez ce singe. Ainsi, alors que "hok" et "krak" indiquent respectivement la présence d'un aigle et d'un léopard, "hok-oo" et "krak-oo" signalent un danger autre, comme la chute d'une branche.
Secundo, le primate utilise une syntaxe primitive : il émet des séquences composées chacune d'environ 25 cris qu'il combine ou enchaîne différemment selon le contexte. Le mâle intercale par exemple significativement plus de "hok-oo" dans la séquence s'il voit un aigle que s'il l'entend simplement, signalant ainsi au groupe un danger plus imminent.
Tertio, les cris des femelles, plus sociaux que ceux du mâle, ressemblent par certains aspects à la conversation chez l'homme, avec en particulier le respect d'un délai pour les réponses. Une sémantique, une syntaxe, une conversation : la communication vocale de la mone comporte donc les prémices des trois éléments fondateurs du langage humain. Une aptitude qui protège le groupe des prédateurs, coordonne ses déplacements, favorise ses liens sociaux... et nous renseigne sur l'origine de notre langage.

L.F. - SCIENCE & VIE > Février > 2010
 

   
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