Conscience et Pensée des Animaux

Dans la Tête des Bêtes




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Ont-ils une Conscience ?




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À Quoi Pensent les Bêtes ?




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À quoi Pensent les Animaux ?

Lorsqu'on s'intéresse à la pensée, une question très débattue concerne le rôle joué par le langage. D'un côté, certains affirment que nous pensons grâce au langage. De l'autre, le langage ne jouerait aucun rôle si ce n'est celui de nous permettre de communiquer nos pensées.

La vérité se situe probablement entre les deux. Un moyen de faire avancer le débat consiste à étudier la nature des pensées chez d'autres espèces. La preuve d'une forme de pensée chez l'animal a été apportée dans au moins 3 domaines : les nombres, les relations sociales et les états psychologiques.

UNE PENSÉE MATHÉMATIQUE

De nombreuses espèces présentent une certaine capacité à appréhender les propriétés mathématiques. Dans une étude, des rats ont été entrainés à appuyer sur un levier après avoir entendu deux notes et un autre levier, après en avoir entendu quatre. Ils ont été formés pour faire la même chose en réponse à des flashs de lumière. En présence d'un son et d'un flash, ils ont pressé le premier levier, indiquant qu'ils avaient compris le stimulus son-flash comme deux événements distincts. Certains animaux peuvent également comparer des quantités assez précisément. Dans une expérience, des chimpanzés ont le choix entre 2 assiettes. Sur chacune se trouvent 2 piles - l'une avec 3 gâteaux et l'autre avec 4, par exemple, ou une pile de 7 et une pile de 2. Les chimpanzés devaient donc choisir l'assiette contenant le plus à manger. Bien qu'ils aient eu du mal lorsque les quantités étaient très proches. Ils ont généralement réussi.
Globalement, les données suggèrent qu'un certain nombre d'espèces peuvent se représenter des quantités allant jusqu'à 3 de façon exacte, et des quantités plus grandes en termes approximatifs. Ces représentations sont similaires à des pensées dans la mesure où elles sont indépendantes d'un stimulus externe et systématiques.

UNE QUESTION DE STATUT SOCIAL

Un deuxième domaine dans lequel il existe des preuves de pensée animale concerne le rang social. De nombreuses recherches ont été conduites sur des babouins, dont le monde social complexe implique une hiérarchie à 2 niveaux. Il n'est donc pas surprenant qu'ils aient des représentations sociales élaborées. Celles-ci peuvent être rapprochées d'une forme de pensée sous plusieurs angles. Tout d'abord, le statut social n'est pas directement évident dans l'environnement. Deuxièmement, il semble être ouvert : un babouin peut se représenter un grand nombre de relations possibles entre les membres de son groupe, y compris certaines inattendues.
Un troisième domaine dans lequel des représentations assimilées à une forme de pensée ont été observées est la compréhension des états psychologiques. Les primates semblent être capables de déterminer ce que les autres peuvent voir - et donc, peut-être, ce qu'ils savent. Ils suivent le regard des autres pour localiser l'objet de leur attention. D'après plusieurs études, les chimpanzés subordonnés ne prennent que des denrées hors de la vue des chimpanzés dominants, ce qui suggère qu'ils comprennent le lien entre voir (les aliments/le "chef") et savoir (le "chef" est prioritaire dans le choix des denrées). Il est également prouvé que les primates peuvent connaitre leurs propres états d'esprit. Dans une série d'études, des singes ont appris à différencier 2 formes. Quand ils répondent correctement, ils reçoivent de la nourriture, quand ils se trompent, ils n'obtiennent rien et sont obligés d'attendre un certain temps le prochain essai - une contrainte qu'ils n'apprécient guère. Les singes ont appris qu'en appuyant sur un bouton, ils peuvent refuser un test et passer directement au suivant. Or,ils l'ont fait uniquement pour des épreuves difficiles, suggérant qu'ils peuvent évaluer la difficulté de chaque test et agir en conséquence.

SYMBOLES ET LANGAGE

Il semble clair que les animaux utilisent des procédés semblables à la pensée dans un certain nombre de situations. Malgré tout, ils ne sont pas près d'égaler la portée et la sophistication de la pensée humaine. Comment expliquer le caractère unique de celle-ci ? La réponse semble être liée au langage. Considérons l'expérience menée avec Sheba, un chimpanzé formé pour utiliser des chiffres comme représentations d'éléments. Sheba a reçu 2 assiettes de nourriture, une grande et une petite. Pour obtenir la plus grande, elle doit pointer du doigt la plus petite. Bien qu'elle ait compris la règle, elle ne parvient pas à surmonter son instinct de montrer la plus grande assiette jusqu'à ce que les plats soient recouverts et que des chiffres représentant le nombre de friandises à gagner soient placés dessus. L'utilisation de symboles a permis à Sheba de transcender ses compétences initiales et de faire quelque chose de plus intelligent : libérer sa pensée de la perception. Ce "découplage" est une caractéristique frappante de la pensée humaine et peut être facilité par l'utilisation de symboles, en particulier le langage.

LE LANGAGE FACILITE LA PENSÉE PAR D'AUTRES MOYENS

En mettant nos pensées en langage, nous pouvons prendre un peu de recul et les soumettre à une évaluation critique. Il existe de bonnes raisons de supposer que la forme de pensée proprement humaine implique, ou est au moins permise par, le langage. Une autre caractéristique de la pensée humaine est qu'elle s'exprime dans un environnement social. Nous sommes nés dans une communauté de penseurs, et nous apprenons à penser en nous laissant guider par des experts. L'enfance est un apprentissage prolongé pour savoir quoi et comment penser. Peut-être de façon plus cruciale encore, la transmission culturelle permet aux "meilleures" pensées d'être transmises d'une génération à l'autre. Contrairement à d'autres espèces, dont les avancées cognitives doivent être redécouvertes par chaque génération, nous pouvons nous appuyer sur les pensées de nos ancêtres, leur contenu, mais aussi les méthodes pour les générer, les évaluer et les communiquer.

"L'ANIMAL EST INCAPABLE DE SE METTRE À LA PLACE D'AUTRUI"
Entretien avec Valérie Dufour, éthologiste, spécialiste de l'étude des échanges économiques chez l'animal à l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) du CNRS de Strasbourg.
Est-ce que les animaux pensent ?
Penser est un terme anthropomorphique. Je préfère parler de métacognition pour les animaux. Nos recherches étudient ce qu'ils comprennent d'une situation donnée. Par exemple 2 chimpanzés sont placés dans une pièce. L'un voit 2 bananes, tandis que le deuxième ne peut voir que la première. Si le premier sait que son congénère ne voit pas la deuxième banane, il va la ramasser et le laisser prendre l'autre, évitant ainsi un conflit. Dans cet exemple, le singe est capable de savoir ce que l'autre voit et de prédire un comportement d'autrui simple (chercher une banane), mais cela ne signifie pas qu'il comprenne sa motivation (il a faim). Donc si la pensée est limitée à la capacité de représentations mentales simples, alors oui, les animaux pensent.
De quels types de raisonnement sont-ils capables ?
L'une des questions les plus débattues aujourd'hui concerne l'existence de la capacité de planification chez l'animal. Cette compétence complexe, qui permet de se projeter dans le futur ou le passé, n'apparaît chez l'homme que vers l'âge de 5 ans. Certains grands singes sont capables de ramasser, transporter et conserver un outil pour obtenir une récompense qui ne sera disponible que le lendemain. Cependant, si la tâche se complique, leurs performances baissent. Les grands singes sont également capables de contrôler leur impulsivité sur une durée limitée, mais aussi de prendre des décisions basées sur une évaluation du rapport bénéfices-coûts. Les primates peuvent donc agir selon des stratégies complexes. Et d'autres espèces possèdent également des capacités fascinantes. Un perroquet de Nouvelle-Zélande, très doué pour l'apprentissage, a ainsi révélé qu'il avait un concept de la similarité (versus de la différence).
En quoi la pensée humaine reste unique ?
Je ne pense pas qu'il y ait une discontinuité flagrante entre nos compétences et celles des grands singes. Ils possèdent les prémices de nos capacités cognitives et sont parfois plus performants que nous. Ce qui nous distingue est la compréhension du savoir propre et de celui des autres. Le chimpanzé ne comprend pas a priori les intentions d'autrui ni le fait que son congénère a moins de connaissances que lui. Il ne peut pas se mettre "à sa place". Cela ralentit la transmission d'un savoir. Au contraire, l'innovation et l'enseignement sont des compétences très développées chez l'homme.
Quid du langage ?
Il est souvent affirmé que c'est le langage, sinon les arts, qui différencie l'homme de l'animal. Toutefois, certaines espèces sont également capables d'innovations qui n'ont pas d'utilité connue. La baleine et certains oiseaux peuvent ainsi modifier leurs chants régulièrement avec une diversité de création impressionnante. Des collègues ont en outre montré que le Mone de Campbell (une espèce de singe, NDRL.) est capable de proto-syntaxe, car il associe une série de sons avec un sens précis, comme dans une phrase. La notion de grammaire reste cependant propre à l'homme.

T.B. et S.C. - LE MONDE DE L'INTELLIGENCE N°34 > Janvier-Février > 2014
 

   
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