Le Suicide chez les Animaux

Les Animaux se Suicident-ils ?

A.P. - SCIENCE & VIE N°1194 > Mars > 2017

Le Suicide existe-t-il chez les Bêtes ?

Des lemmings censés se donner la mort aux dauphins réputés s'échouer sur la plage volontairement, les récits de suicides d'animaux sont légion. Or, éthologues et zoologistes le répètent : les animaux n'ont pas conscience de leur mort future, ils ne peuvent donc pas décider de se tuer.

Les bêtes supposées suicidaires seraient en fait plutôt victimes d'accident... voire d'assassinat. Prenez les lemmings, réputés se jeter en masse du haut d'une falaise en cas de surpopulation - ô combien célèbre légende de suicide collectif, censée expliquer pourquoi la population de ces rongeurs de la toundra explose avant de diminuer sensiblement. En 2004, après quinze ans d'etudes, les chercheurs ont établi que les lemmings ne se suicident pas. Pas plus qu'ils ne sont victimes d'une hécatombe par noyade accidentelle lors de leur migration vers de nouveaux territoires, autre piste qui était évoquée...

MANIPULÉS PAR DES PARASITES : En fait, si les rongeurs meurent en masse, c'est qu'ils sont pourchassés par quatre prédateurs : hermine, renard polaire, chouette harfang et un oiseau nommé "labbe à longue queue", les trois derniers ne s'attaquant aux lemmings que lorsqu'ils pullulent. Autres exemples de "faux suicidés" : les cétacés, échoués parfois par centaines sur le sable. Loin de vouloir mourir, ils subiraient une perturbation de leur système d'orientation par les sonars de bateaux ou des séismes sous-marin. Ou bien seraient trop fidèles à leur meneur, désorienté par une blessure ou la maladie. Quant au scorpion encerclé par le feu, on le voit recourber sa queue jusqu'à se piquer lui-même. Désir d'en finir ? Non, car il est insensible à son propre venin. En fait, il succombe à une brutale déshydratation qui fait rétrécir sa carapace et rapproche son dard de son corps pris de spasmes. Mais il y a plus étonnant encore : certains animaux se font littéralement manipuler par d'autres. Ainsi, sous l'emprise d'un ver, la petite douve du foie, la fourmi grimpe en haut des herbes jusqu'à se faire croquer par un mouton chez qui le parasite pondra ses œufs. Divers grillons et sauterelles se noient, également "détournés" mentalement par des vers qui ne peuvent se reproduire que dans l'eau et poussent, une fois adultes, leur hôte au suicide. Mais que penser des frêles insectes mâles offrant leur vie à leur compagne cannibale, ou de ces mères dévouées jusqu'à l'épuisement à leur progéniture, qui finit par les dévorer ? Nul penchant pour la mort. Ces sacrifices personnels favorisent simplement la survie de leurs gènes.

Sophie FAUVETTE - SCIENCE & VIE Hors Série > Septembre > 2009

Le Suicide existe-t-il chez les Animaux ?

Les spécialistes sont formels : le suicide n'existe pas chez les animaux. Mais peut-être pensez-vous aux scorpions qui, encerclés par les flammes, n'hésitent pas à se piquer jusqu'à la mort ? Ou à ces hordes de lemmings qui sautent des falaises comme un seul homme ? Eh bien, sachez-le, il s'agit là de mythes nés d'une interprétation purement anthropomorphique des comportements animaux.

Ainsi, le scorpion se déshydrate rapidement et se recroqueville sous l'effet de la chaleur, ce qui donne l'impression qu'il se pique lui-même frénétiquement. De toute façon, il est insensible à son propre venin ! Quant aux lemmings, il faut savoir qu'en cas de surpopulation, des groupes se détachent pour conquérir de nouveaux territoires ; parvenus au bord des falaises, ils se jettent alors à la mer comme s'il s'agissait d'une rivière qu'ils allaient franchirà la nage... Erreur fatale ! La vérité, c'est qu'il n'existe aucune espèce animale capable de se suicider. Car, comme l'explique serge Aron, du département d'éco-éthologie évolutive de l'université libre de Bruxelles, "un tel comportement est contraire au principe fondamental de la sélection naturelle", qui consiste, en bref, à survivre pour transmettre ses gènes.

Pour autant, on trouve certains comportements qui échappent, en apparence, à cet instinct de survie, notamment chez les insectes sociaux, comme les termites ou les fourmis. En effet, les "soldats" ou ouvrières sont programmés pour sacrifier leur reproduction, voire leur vie. Par exemple, les soldats termites de l'espèce globitermes sulphureus se comportent en vrais kamikazes : pour défendre leurs colonies, ils éjectent un liquide gluant immobilisant l'adversaire. Or, cette éjection est parfois si violente que les termites explosent littéralement. Mais, explique Serge Aron, "ceci s'observe toujours au bénéfice du groupe". C'est ce qu'on appelle la sélection de parentèle : les termites d'une même colonie étant très proches génétiquement, le fait que le termite lui-même ou son frère se reproduise revient finalement au même.
En mourant pour sa colonie, l'individu "suicidé" favorise la reproduction de ses sœurs, frères ou cousins. "In fine, cet individu transmettra mieux ses gènes que s'il était resté vivant", précise l'éthologue.

Par ailleurs, certains parasites réussissent à manipuler leurs hôtes et à modifier leur comportement afin d'assurer leur propre survie. Résultat : les insectes parasités sont soudain attirés par la lumière ou par l'odeur de leur prédateur, vers qui ils se précipitent aveuglément ; leur mort offre ainsi au parasite un nouvel hôte. Mais il ne s'agit, là encore, nullement d'individus optant intentionnellement pour la mort. Jusqu'à preuve du contraire, il semble donc que l'être humain détienne le triste monopole du suicide.

M.C. - SCIENCE & VIE > Mars > 2007
 

   
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