Monde ANIMAL - Eucaryotes - Invertébrés : Radiata, Cnidaria (10.000)
Hydrozoa (7 ordres, environ 3600 espèces), Siphonophora (18 familles)

Le Monde des Physalies (Physaliidae, 1 genre, 1 ou 2 espèces)

Physalie ou Galère Portugaise (Physalia physalis)

SCIENCE & VIE JUNIOR N°399 > Décembre > 2022

Une Vision qui a de quoi Méduser

Depuis la surface, on dirait un aileron de requin transparent. Sous l'eau, on parierait sur un nid de serpents fluo. La réalité est bien plus étrange : il s'agit d'un "superorganisme".

Cette physalie, aussi surnommée "galère portugaise" en raison de sa ressemblance avec d'anciens navires lusitaniens (la partie émergés, du moins...), est en effet constituée d'une trentaine de polypes, des sortes d'anémones de mer miniatures. Chez d'autres animaux comme l'hydre, les polypes peuvent vivre en solitaire, mais ceux qui constituent la physalie en sont incapable. Chacun d'entre eux ne sait accomplir qu'une seule fonction, un peu comme nos organes. Tant qu'ils bossent ensemble, le groupe entier peut survivre. Isolés, ils n'ont pas plus de chance qu'un foie ou un cour abandonné à lui-même. Sous la ligne de flottaison, les drôles de chapelets bleutés que l'on voit sur la gauche sont les polypes "chasseurs" : ils laissent traîner derrière la physalie des filaments de 30 à 40 mètres de long, si fins qu'ils sont pratiquement invisibles. Mais, bardés d'aiguilles empoisonnées, ils paralysent les petits poissons et les crevettes qui ont le malheur de les frôler. Les dépouilles des proies sont alors confiées aux polypes "nourriciers", dont on distingue ici les bouches (en jaune). Ils jouent le même rôle que notre intestin : réduire la nourriture en nutriments, puis distribuer ces derniers au reste de la colonie.
Enfin, au milieu de ce sac de nouds se cachent les "reproducteurs". Ces polypes ne travaillent qu'au printemps et en été, où ils libèrent les cellules sexuelles mâles et femelles (spermatozoïdes et ovules) au hasard des flots. Comme les deux sexes sont présents dans la colonie, il arrive que la physalie se reproduise toute seule ! Tout ce petit monde coulerait à pic sans un dernier polype, le plus costaud de la bande : le flotteur. À lui seul, il garde toute la troupe à la surface. Gonflé de gaz, il sert à la fois de bouée... et de voile : "Il entraîne la physalie au gré du vent, parfois très loin", explique Pierre Noel, spécialisle de la Faune aquatique au Museum national d'histoire naturelle. Ainsi, même si la galère portugaise est plus une espèce tropicale, certain spécimens viennent parfois s'échouer jusque sur les Côtes irlandaises ou françaises. Si un jour vous en trouvez une sur la plage, prudence : son venin cause des brûlures extrêmement douloureuses... voire mortelles dans certains cas.

A.-G.M. - SCIENCE & VIE JUNIOR N°308 > Mai > 2015
 

   
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