Dossiers : Caméléons de Madagascar

 Caméléons de Madagascar

Au rayon des bizarreries anatomiques, le caméléon ne souffre guère de rivaux.

Il projette une langue bien plus longue que son corps en une fraction de seconde pour attraper les insectes. Il est doué d’une vision très perçante. Ses doigts de pied forment des pinces. Son front et son museau arborent des cornes, ses naseaux possèdent des ornements bosselés et une collerette de peau lui ceint le cou. Mais sa curiosité corporelle la plus caractéristique, observée au moins depuis Aristote, est le changement de couleur de peau. La mythologie populaire veut que le caméléon prenne la teinte de ce qu’il touche. Certains changements de couleur lui permettent effectivement de se fondre dans son milieu. La nuance changeante de sa peau est toutefois une réaction physiologique servant surtout à communiquer. Le caméléon utilise littéralement un langage coloré, exprimant ce qui l’affecte : séduction, compétition, stress environnemental.
"Bien qu’on s’y intéresse depuis des siècles, les caméléons restent entourés de mystère, tempère Christopher Anderson, biologiste à l’université Brown (Rhode Island). Nous en sommes encore à reconstituer le fonctionnement de leurs mécanismes" - de leur langue fulgurante à la couleur changeante de leur peau. Et si d’importantes découvertes ont récemment eu lieu grâce à des caméléons en captivité, leur avenir à l’état sauvage semble loin d’être assuré. Une bonne moitié des espèces de caméléons sont classées « en danger » ou « quasi menacées » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la protection de la nature (IUCN), actualisée en novembre 2014. Christopher Anderson fait partie du groupe de spécialistes du caméléon de l’IUCN, tout comme la biologiste Krystal Tolley, une boursière de National Geographic qui a documenté de nouvelles espèces de caméléons et la disparition progressive de leur habitat lors d’expéditions dans le sud de l’Afrique. On connaît plus de 200 espèces de caméléons, dont près de 40 % habitent Madagascar. Les autres vivent surtout en Afrique continentale. Plus de 20 % des espèces connues ont été identifiées ces quinze dernières années, parfois grâce à des tests ADN ayant permis de distinguer des caméléons a priori quasi identiques.

Par Patricia Edmonds / Photographies de Christian Ziegler

NATIONAL GEOGRAPHIC N°192 > Septembre > 2015

 

   
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