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De la Vie Bactérienne sur Mars

Les Martiens existent bel et bien. Et ils seraient un milliard. Mais pas de panique : il ne s'agit que de bactéries... terrestres, échouées là par la faute des diverses missions envoyés sur la planète rouge. Oui, mais cette contamination pose problème. Que va devenir cette "vie" martienne ? Et quid d'une éventuelle vie extraterrestre ?

Bacillus megatenum peut vivre sans oxygène
Lactobacillus brevis
Bacillus cerus
Bacillus licheniformis
Bacillus sphaericus

La Vie aurait été Possible sur Mars

La planète rouge a gagné son statut de planète habitable ! Car les échantillons récoltés par Curiosity sont formels : il a régné sur Mars des conditions propices à la vie. Reste à savoir si celle-ci a émergé...

1/ Curiosity a creusé un trou de 25 cm de largeur sur 6,4 de profondeur dans le sol de Mars (->)... 2/ Révélant sous son écorse sanguine le gris de la magnétite, dont la présence signe l'habitabilité passée de la planète.

Pour la première fois, on a creusé dans le sol de Mars. Le 8 février dernier, le rover Curiosity perçait sa surface rocailleuse et en extrayait un précieux échantillon. Quelques semaines et moult analyses plus tard, la Nasa annonçait que la planète avait été habitable par le passé. Les conditions nécessaires à l'émergence de la vie semblent en effet avoir été réunies au même endroit au même moment... bien qu'on ne sache pas quand précisément, si elle a effectivement émergé.

UNE SORTE DE PARADIS...

Le robot à effectué le forage dans Yelloknife Bay, one zone à l'écart de son chemin vers le Mont Sharp, la montagne de 5500 m, au centre du cratère Gale, qu'il doit atteindre cet été. Bonne pioche. Il y a découvert que, par le passé, les différents critères d'habitabilité y avaient été réunis : de l'eau liquide non acide et des couples oxydo-réducteurs pouvant servir au développement d'hypothétiques micro-organismes. Sous son écorce, la planète rouge est... grise. Car l'élément fer passe de sa forme oxydée, l'hématite (d'où la couleur orange de la surface) à de la magnétite. "Contrairement à l'hématite, celle-ci peut servir de source d'énergie des micro-organismes, explique Frances Westall, du Centre de biologie moléculaire d'Orléans. Elle pourrait aussi avoir été fabriquée par du vivant, bien qu'on n'en ait aucune preuve à l'heure actuelle. Dans les deux cas, sa présence est de bon augure quant à la possibilité qu'une vie ait pu s'y développer par le passé".
Mais d'autres éléments ont été mis en évidence : pyrite, calcium et phosphore, autant de composants dont la vie peut tirer parti. Enfin, l'échantillon confirmait la présence de 20 à 30 % de smectite. Une argile qui se forme dans l'eau non acide, contrairement à celle observée, à l'autre bout de la planète, par Opportunity en 2005. Or, l'acidité est un obstacle à la fabrication de molécules organiques complexes menant aux premières cellules vivantes. Au final, selon la Nasa, Yelloknife Bay a été baignée par des rivières d'eau relativement douce, dans lesquelles ont pu barboter des bactéries avant l'assèchement de Mars. Une sorte de paradis... Jean-Pierre Bibring, de l'Institut d'astrophysique spatiale, à Orsay, estime qu'outre l'exploit technique, il s'agit d'une bonne confirmation de ce que l'on attendait : "On se doutait que tous ces éléments existaient dans le sol de Mars, mais on met pour la première fois réellement la main dessus". A Curiosity maintenant, de mettre la main sur d'anciennes traces de vie bactérienne... si celle-ci a jamais existé.

DE LA DIFFICULTÉ DES RELATIONS À DISTANCE : Le 27 février dernier, Curiosity a basculé en mode veille. Un rayon cosmique aurait provoqué un bug dans un des deux ordinateurs de bord. Qu'importe, la mission continue sur l'ordinateur de secours, en attendant que les ingénieurs règlent le problème depuis la Terre. Oui, mais voilà que la mémoire de celui-ci subit à son tour un bug informatique ! La sonde repart enfin le 26 mars... avant d'entrer en hibernation forcée le 4 avril. À cette date, en effet, le Soleil s'est glissé entre les planètes rouge et bleue, interrompant toute communication jusqu'au 1er mai, jour de la reprise du travail pour Curiosity.

B.R. - SCIENCE & VIE > Mai > 2013

Curiosity : il a lui Aussi Amené des Bactéries sur Mars

C'est l'histoire d'un cafouillage. Un ultime réglage a rompu la stérilité du rover réputé le plus propre jamais envoyé dans l’espace. Et ce sont toutes les découvertes dont il pourrait être porteur qui se trouveront entachées par la présence possible de nouvelles bactéries terrestres !

Curiosity avait été mal stérilisé... et qu'il pourrait déposer sur Mars des bactéries capables de résister aux conditions extrêmes qui y règnent telles que Streptomyœs bacteria (à g.) ou Bacilus subtilis (à dr.).

En 2006 (voir article plus bas), Science & Vie le révélait en couverture : Pathfinder, Viking, Opportunity... Les dix sondes entrées en contact avec la planète rouge y ont déposé des milliers de bactéries terrestres. Une contamination qui pourrait avoir un impact sur l'environnement de Mars et brouiller les cartes de la recherche de la vie extraterrestre. Curiosity, qui promettait d'être le robot le plus propre jamais envoyé dans l'espace, n'a pas fait exception... Son doigt a mal été stérilisé !

UNE MISSION DÉCLASSIFIÉE

En août 2011, deux mois avant le lancement de la sonde, les responsables de la mission ont en effet sorti de son étui l'une des trois mèches qui devait être utilisée pour forer le sol martien et l'ont armée sur le bras du robot. "En faisant cela, ils augmentaient leurs chances de réussir un forage, mais ils rompaient la stérilité des forets, l'un des éléments du rover le plus en contact avec le sol, précise Cassie Conley, responsable de la protection planétaire à la Nasa. Quand on l'a su, il était trop tard pour le restériliser".
Renonçant à reporter la mission - il aurait fallu attendre 2015 pour une nouvelle fenêtre de tir - les membres du bureau de la protection planétaire ont donc décidé de la restreindre, la déclassifiant deux semaines avant le décollage de la catégorie IVc à la catégorie IVa. En clair, cela signifie que la sonde devra se tenir à distance des zones qui abritent de l'eau liquide, de la glace à moins de 5 mètres de profondeur et de toute zone soupçonnée d'être favorable à la réplication de bactéries. "Nous avons eu de la chance, ajoute Perry Stabekis, consultant à la Nasa. Parmi les quatre sites d'atterrissage pressentis, celui choisi, le cratère de Gale, était celui qui risquait le moins d'abriter ce genre de zone. Un autre ne nous aurait peut-être pas permis de recatégoriser la mission". Selon le spécialiste, ce revirement de dernière minute a ramené le risque de voir des bactéries se répliquer sous les roues du rover à une infime probabilité... Mais le cafouillage pourrait tout de même rendre les analyses difficiles à interpréter. "C'est le vrai risque, confirme Michel Viso, exobiologiste au Centre national d'études spatiales. Si on trouve de la matière organique, la question sera : vient-elle de Mars ou de la Terre ?" Les membres de la mission que nous avons contactés se veulent rassurants et parient qu'ils sauront faire le tri entre matières terrestre et martienne... Mais Perry Stabekis prévient : "La découverte de matière organique sera plus difficile à défendre à cause de l'absence de réelle stérilisation". La suite... très prochainement. Les premiers forages viennent de commencer.

DES EXTRÊMOPHILES TOUJOURS PLUS EXTRÊMES
Et de six nouvelles bactéries "Mars compatibles". Six !
Après avoir extrait 10.000 bactéries du pergélisol sibérien, des chercheurs de l'université de Floride les ont exposées à de basses températures (0°C), de basses pressions (7 mbar) et à une atmosphère enrichie en C02 et dépourvue d'oxygène. Ils ont alors pu observer que six d'entre elles, qui appartiennent au genre Carnobacterium, parvenaient à survivre. "Rien ne dit qu'elles survivraient aux UV, aux rayonnements cosmiques ou aux propriétés oxydantes à la surface de Mars, prévient Katia Comte, microbiologiste au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Mais ces bactéries donnent une idée de ce qui pourrait vivre sous la surface des pôles martiens. Il faudra en tenir compte au moment des futurs forages".

M.F. - SCIENCE & VIE > Mars > 2013

Il y a 1 Milliard d'Êtres Vivants sur Mars

Les martiens existent. Ils s'appellent Bacillus licheniformis, Bacilluscerus cerus ou Lactobacillus brevis. Si ces noms vous semblent familiers, c'est normal : ces bactéries viennent de la Terre.

Elles ont voyagé sur le dos des sondes envoyées sur la planète rouge, depuis 1971. Un exploit, car les conditions de ses 11 allers simples étaient épouvantables. Les bactéries ont dû endurer dans le vide spatial la déshydratation, le froid, les ultraviolets et les particules chargées bombardées par le soleil... La plupart n'en ont pas réchappé. Mais une minorité de bactéries sont capables de se munir d'un bouclier contre ces agressions. Soumis à un stress, elles fabriquent une spore, sorte de minicellule dont l'enveloppe est ultra-résistante, qui possède tout leur arsenal génétique. Elles peuvent ainsi patienter des centaines, des milliers, voire des millions d'années dans d'effroyables conditions, puis revenir à la vie quand l'environnement se fait plus clément.
Cela n'arrange pas les affaires des humains. Car lorsqu'on n'enverra des sondes pour déceler des traces de vie sur Mars, si - miracle - on en trouve, qui dit qu'il ne s'agira pas de micro-organismes apportés par l'homme ? "Pour l'instant, on est encore à l'abri, rassure Michel Viso, exobiologiste au CNES. Mais il suffirait qu'elles atteignent une potentielle poche d'eau liquide, où que l'on continue à en parachuter d'autres à ce rythme, et cela pourrait devenir un vrai problème". C'est pourquoi, comme l'explique André Brack, du centre de biophysique moléculaire d'Orléans, les normes de stérilisation se durcissent pour les voyages spatiaux : "un robot mobile ne doit pas comporter plus de 300 spores/m², voir seulement 30 s'il est chargé de détecter des traces de vie. S'il s'agit d'un simple atterrisseur, la tolérance passe à 300 000 spores/m² d'engin". Ce qui est toutefois encore un million de fois plus propre que la peau d'un humain...

B.R. - SCIENCE & VIE > Octobre > 2009

La Possibilité de Vie sur Mars est Compromise

Deux scientifiques français ont établi un modèle pour mieux comprendre l'atmosphère de Mars.

Hélas, leurs conclusions vont à l'encontre d'une possibilité de vie martienne : le méthane, qui contient du carbone, y est décomposé en 200 jours à peine par des éléments chimiques très agressifs ! Ainsi, toute forme de vie à base de carbone semble impossible.

N.K. - SCIENCE & VIE > Octobre > 2009

Des Bactéries apportées sur Mars pourraient Survivre

Certaines des bactéries apportées sur Mars par les sondes d'exploration pourraient bien survivre. Comment va évoluer cette vie venue de la Terre ?

Les responsables des agences spatiales ne peuvent que le reconnaitre, ils se sont trompés. Non, la planète Mars n'est pas aussi inhospitalière que ce qu ils avaient imaginé. Eh oui, il existe sur Terre des formes de vie capables de supporter des conditions bien plus extrêmes qu'ils ne le pensaient. Au point (que certaines d'entre elles pourraient parfaitement survivre sur la planète rouge ? Oui. Et c'est même désormais une certitude : des bactéries terrestres reposent sur le sol martien. Des bactéries directement importées de la planète Terre via les différentes missions exploratoires conduites à la surface de Mars.

Une sacrée bourde, dont ils s'inquiètent. Car ces bactéries peuvent parfaitement survivre durablement sur la planète Mars. Certes, il est peu probable qu'elles s'y développent jusqu'à donner un jour naissance à de nouvelles formes de vie. Mais cette hypothèse ne peut être totalement écartée, en particulier au moment où de nouvelles mesures donnent à penser qu'il y a bien de l'eau dans le sous-sol martien. Autre sujet d'inquiétude : la présence de ces bactéries complique singulièrement la tâche de ceux qui cherchent à découvrir des traces de vie extraterrestres (comment sauront-ils alors s'ils sont en présence d'une vie terrestre ou d'ailleurs ?).

Enfin, il n'est pas certain que l'opinion voit cette contamination interplanétaire du meilleur œil alors qu'elle est de plus en plus invitée à s'interroger sur sa responsabilité dans le risque d'épuisement de la planète Terre qui l'a vu naître. Pourtant, on peut partaitement voir les choses autrement. Après tout, c'est très vraisemblablement de l'espace, notamment via des astéroïdes, que proviennent les éléments ayant conduit à l'émergence de la vie terrestre. En y réexpédiant des formes élémentaires de vie apparues sur son sol, l'Homme ne contribue-t-il pas, à son tour, à fertiliser les planètes qui l'entourent ? Un juste retour à l'envoveur ?

SCIENCE & VIE > Janvier > 2006

Mars est Contaminée par la Vie Terrestre

A force d'envoyer des engins sur la planète rouge, l'homme y a inconsidérément déposédes bactéries bien de chez nous ! Une affaire doublement prise au sérieux par les scientifiques. Car cette contaminafion pourrait avoir un impact sur l'environnement de Mars. Et brouiller les cartes dans la recherche d'une éventuelle vie extraterrestre.

Oui, il y a de la vie sur Mars ! Et qu'il ne s'agisse pas à proprement parler de "vie martienne" n'ôte rien à l'affaire. Bien au contraire. Certes, nous ne risquons pas de voir débarquer sur Terre d'horribles monstres venus de la planète rouge ou de tendres E.T. Pas pour l'instant, en tout cas... Mais il n'en demeure pas moins que les Martiens existent. Et que l'homme les a rencontrés. Ou plutôt reconnus. Car ces Martiens sont... fils de la Terre : il s'agit de micro-organismes et autres bacteries tout droit venus de notre planète (Bacillus subtilis ->) ! De fait c'est l'homme qui les a propulsés si loin de leur bercail à bord des multiples engins qu'il a réussi à poser sur le sol de la planète rouge. Comment le sait-on ? Tout simplement parce qu'avant chaque lancement, des prélèvements biologiques ont été faits sur les vaisseaux, les sondes et les autres appareils... et qu'ils ont révélé la présence de bactéries, malgré les décontaminations plus ou moins poussées qu'ils avaient subies. Et le résultat est là, étonnant, vertigineux, épineux : déposées sur de nombreux sites parfaitement délimités ou disséminées à la surface de la planète après un crash, ces créatures terrestres "vivent" aujourd'hui sur Mars. Et il semble que ce soit pour longtemps. Très longtemps...

André Debus, chargé de mission à la protection planétaire au Centre national d'études spatiales (Cnes), a même estimé leur nombre : elles seraient plus d'un milliard ! Enfin, ça se discute : des scientifiques plus modérés avancent la probabilité de quelques centaines de milliers d'individus. Mais qu'importe leur nombre exact. L'incroyable est qu'il y ait bel et bien des bactéries sur Mars, ne serait-ce qu'une pincée. Comment ont-elles pu survivre à un voyage de près de 300 millions de kilomètres dans le glacial vide interplanétaire, traversant de mortelles radiations ? Une résistance absoluement stupéfiante qu'on ne soupçonnerait chez aucun autre organisme vivant. Mais au-delà de la fascination qu'on peut éprouver pour leur étonnant périple, ces désormais Martiens d'adoption posent un vrai problème : ils représentent une contamination qui préoccupe sérieusement les agences spatiales. L'affaire est grave. Dans un rapport encore en cours d'élaboration, le comité du Conseil national américain de la recherche chargé de la prévention de la contamination de Mars souligne deux négligences majeures des Terriens explorateurs de l'espace : les capacités d'accueil de la planète rouge, ainsi que la capacité de résistance des bactéries aux milieux les plus extrêmes ont été sous-estimées.
Mars, accueillante ? Si la planète l'a peut-être été par le passé, il y a quelques centaines de millions d'années, elle n'est plus aujourd'hui qu'un monde désolé. Jugez plutôt : température moyenne - 60°C, pression atmosphérique cent fois plus faible que sur Terre, absence d'oxygène, et, pis encore, exposition directe à presque tout le spectre des UV solaires. Nous qui craignons les faibles UVB (290-320 nanomètres) parvenant jusqu'à la surface terrestre, nous ne survivrions que quelques heures aux UVX (190 nm). Car l'énergie qu'ils véhiculent fait exploser les liaisons chimiques des composés biologiques, notamment ceux de l'ADN. Et puis, à la surface de Mars, l'eau liquide est absente. Il y fait si froid et l'atmosphère est si ténue qu'elle ne peut exister que sous deux formes : glace ou vapeur. Et pourtant, c'est dans ces conditions extrêmes que près d'un milliard de bactéries ont trouvé refuge.

DE L'EAU, DONC DE LA VIE ?

"En l'état, les conditions martiennes sont tout de même peu favorables au développement de la vie, estime André Brack, du Centre de biophysique moléculaire du CNRS à Orléans, mais la probabilité n'est pas nulle". Et de mettre l'accent sur les récents travaux de Diedrich Mohlmann à l'Institut de recherche planétaire de Berlin. Ce chercheur estime en effet que le sol de Mars peut contenir de l'eau "interstitielle", c'est-à-dire de l'eau liquide piégée entre les cristaux qui forment certaines roches. "Peut être pas assez pour y trouver de quoi coloniser la planète, juge André Brack. Mais une chose est sûre, à mesure que progresse l'exploration martienne, la planète parait plus complexe qu'on ne l'imaginait". Les dernières nouvelles ne le démentent pas : l'antenne radar Marsis embarquée sur la sonde européenne Mars Express vient d'enregistrer un écho qui pourrait ressembler à celui de l'eau liquide à moins de 2,5 km de profondeur du cratère d'impact Chryse Planitia.

D'où vient la vie ? La Terre en est-elle l'unique berceau ?
Depuis toujours ces questions donnent le vertige aux hommes. Or, les progrès de la biologie, de l'astrophysique, de l'exploration de l'espace ont permis de livrer des éléments de réponses. C'est ainsi que l'exobiologie multiplie les missions à travers le système solaire à la recherche des prémices de la vie. De fait, les scientifiques pensent qu'elle pourrait venir des confins de l'espace. Peut-être de Mars, qui suscite le plus d'espoir d'y découvrir des traces via les sondes qui l'ont visitée et les robots qui l'explorent encore en ce moment. Or, voici qu'en découvrant qu'il y a envoyé des bactéries terrestres, l'homme lui-même est en train de brouiller les pistes.

BACTÉRIES EXTRÊMOPHILES

Par ailleurs, certains astronomes soutiennent que les ravines qui dévalent les flancs de certains cratères attestent des coulées d'eau récentes. Et puis, il n'est pas impossible que le climat de Mars change brutalement en cas de modification de l'inclinaison de son axe de rotation - cela s'est déjà produit il y a 5 millions d'années -, assez pour faire foudre la glace des pôles ou celle qui tapisse le fond de certains cratères... Et c'est ainsi que le comité américain résume la situation : "Les résultats scientifiques des dernières missions ont confirmé l'existence d'eau sur Mars dans le passé et rendent plus vraisemblable l'existence transitoire d'eau liquide près de la surface en de nombreux endroits".
Si nul ne peut prédire l'évolution à long terme du climat de Mars, les bactéries qui s'y trouvent, elles, sont d'une patience à toute épreuve. Un exemple ? En 1993 le biologiste californien Raul Cano est panenu à réveiller une bactérie qui dormait dans l'abdomen d'une abeille piégée dans l'ambre, il y a au moins... 25 millions d'années ! Les risques de contaminahon paraissent aujourd'hui d'autant plus importants qu'on ne cesse de découvrir des bactéries très à l'aise dans des conditions que l'on croyait invivables. "En explorant des environnements incongrus, comme les sources hydrothermales des fonds océaniques ou la glace des pôles, nous avons trouvé nombre de micro-organismes supportant des conditions de température, de pression, d'acidité, etc., exceptionnelles, que l'on pensait incompatibles avec la vie il y a encore 25 ans", rappelle Daniel Prieur, spécialiste des microbes extrêmophiles au CNRS de Brest.

Cette abeille vieille de 25 millions d'années recélait... une bactérie endormie. La question se pose de savoir si les tempêtes, telle celle observée par Hubble cet automne, peuvent disséminer les bactéries "martiennes". Ce boitier contenant des bactéries, fixé à une capsule en orbite autour de la Terre, a permis dès 1999 de constater qu'elles peuvent résister aux conditions extrêmes de l'espace.

UN SYSTÈME DE RÉPARATION DE L'ADN UNIQUE AU MONDE

Dans le genre hyper résistant, Deinococcus radiodurans, fait des prouesses. Découverte par hasard au milieu des années 50 dans une boîte de viande hachée pourtant stérilisée par irradiation, cette bactérie encaisse sans broncher une dose de radiation 1500 fois supérieure à la dose létale pour l'homme. Cette résistance serait due au manganèse. Plus la concentration en manganèse intracellulaire est élevée et plus la souche est résistante. Et inversement. Le manganèse agirait comme un anti-oxydant qui limite les altérations de l'ADN dues aux rayonnements et accélère les réparations. Car, c'est tout le secret de Deinococcus radiodurans : elle dispose du meilleur système de réparation de l'ADN que l'on connaisse sur la planète. Les experts américains estiment que les extrêmophiles qui aiment le froid "sont ceux qui ont les meilleures chances de survivre et de se répliquer dans des environnements proches de la surface de Mars". Or, les dits experts remarquent que la présence de ces bestioles n'a jamais été testée sur les engins qu'on a envovés vers Mars... Ajoutons à cela qu'on est loin de tout connaître du monde microscopique et grouillant des bactéries. D'après Daniel Prieur, on n'aurait identifié qu'entre 0,01 % et 1 % des microbes vivant sur Terre, et peut-être moins encore. "Aucune méthode actuelle ne permet d'appréhender la totalité de la diversité microbienne d'un écosystème", précise le spécialiste. Les bactéries du sol, notamment, sont très difficiles à cultiver, et donc à identifier. On ne peut soupçonner ce dont elles sont capables.
Reste qu'avant de s'établir sur Mars, il faut y parvenir. Le voyage est peu confortable, on l'a vu, mais les bactéries ont parfois la peau dure. Une réalité que les explorateurs de l'espace connaissent depuis 1969, lorsque l'équipage de la mission Apollo 12 a ramené sur Terre l'appareil photo du robot Surveyor 3 qui s'était posé sur la Lune deux ans auparavant. Les analyses biologiques ont alors révélé que des bactéries embarquées avaient survécu à l'intérieur du boîtier. Plus de deux ans sans eau et dans le vide.
Comment ces microbes ont-ils pu pour tenir le coup ? Grace à une vieille ruse qu'ils utilisent sur Terre dès que la nourriture vient à manquer, ou que la température menace, que l'eau se raréfie, ou que la composition chimique du milieu devient déplaisante. Cette ruse, c'est la sporulation. Une spécialité des germes de la famille des bacilles, très répandus dans l'environnement humain. Les bactéries procèdent ainsi au lieu de poursuivre leur division en deux cellules identiques, elles se divisent en deux cellules différentes, l'une, normale, vouée à la mort, tandis que l'autre prend l'aspect d'une petite bille - la spore - très dure, plus petite que la cellule mère. Pour entreprendre cette transformation, les bactéries mettent en œuvre près de 80 gènes dans une cascade de réactions encore mal élucidée qui conduit à la formation d'une sphère à l'enveloppe protéique particulièrement résistante. À l'intérieur, elles compactent tout le matériel, ADN, enzymes, etc., nécessaire à redonner une bactérie en pleine forme dès que les conditions seront plus clémentes. Surtout, la spore est particulièrement sèche - moins de 20 % d'eau contre 80 % chez la bactérie normale -, grâce à quoi elle ne craint pas le vide et résiste à des températrires très élevées (jusqu'à plus de 100°C). Ce qui lui permet largement de survivre au réchauffement interne que rencontre une sonde spatiale lorsqu'elle pénètre dans l'atmosphère d'une planète.
Les formidables accélérations que subit un engin spatial ne pourraient-elles avoir raison des microbes ? Non plus. Claude-Alain Roten, de l'université de Lausanne, a infligé des accélérations de 300.000 g à des spores en les plaçant dans une balle de carabine tirée dans un sac de sable. Un traitement de choc, bien plus violent qu'un vol spatial, qui laisse les spores bactériennes parfaitement indifférentes, et soulève une nouvelle inquiétude ce n'est pas parce qu'une sonde spatiale s'écrase - ce qui s'est reproduit au moins à trois reprises - qu'elle est moins contaminante.

DES EXPÉRIENCES TROUBLANTES

Faute d'avoir les moyens de vérifier sur Mars l'état dans lequel sont arrivées les spores qu'on y a transportées, les scientifiques ont tenté, à la fin des années 90, de mesurer leur capacité de résistance un peu plus près d'ici en orbite autour de la Terre. C'est à bord des capsules russes Foton qu'ont eu lieu les expériences les plus spectaculaires : baptisées Biopan, elles consistent à exposer des bactéries, des lichens et autres algues au vide, au froid et aux rayonnements non filtrés qui caractérisent l'espace interplanétaire. Et les résultats sont là, impressionnants les halobactéries, par exemple - celles qui vivent dans le sel -, sont protégées par la présence de cristaux dans leur enveloppe. Contenant très peu d'eau, elles survivent plus de 15 jours dans l'espace. Une autre expérience, Exobiologie, menée à bord de la station Mir en 1999, a montré que des spores directement exposées aux rayonnements solaires n'avaient que peu de chances de survivre, même protégées par une mince couche de matériau inorganique. En revanche, les spores survivent lorsqu'elles sont à l'abri d'une couche formée de leurs congénères détruites par les rayons !
D'autres mises à l'épreuve se sont déroulées sur Terre dans des enceintes spécialement aménagées pour simuler l'environnement martien. Elles ont montré que, directement exposées aux rayonnements qui frappent le sol de la planète rouge, des spores de Bacillus subtilis ne résistent pas plus de quelques minutes. Si la surface exposée au soleil des vaisseaux s'en trouvera ainsi stérilisée, les spores qui restent à l'ombre ou sont enfermés dans les rovers et autres engins déposés sur Mars ne seront pas affectées. De même pour Chroococcidiopsis sp. 029, une bactérie primitive du type "cyanobactérie", adepte des déserts secs, comme ceux d'Antarctique ou d'Israël. En avril dernier, une équipe internationale menée par le microbiologiste britannique Charles Cockell a observé que ce microbe peut survivre sur Mars au moins pendant 24 heures, s'il est enfoui sous seulement 1 mm de sol... "Et peut potentiellement y croître si les exigences d'eau et de nutriments sont réunies"... "On peut toujours imaginer qu'un microbe terrestre vienne à tomber dans une faille et rejoigne les nappes d'eau liquide dans le sous-sol martien. Alors le risque de le voir y proliférer est un peu plus grand, remarque André Brack. Il reste cependant si faible que les responsables de la protection planétaire ne le craignent pas réellement. Leurs craintes portent plutôt sur la difficulté qu'il peut y avoir à distinguer une forme de vie originaire de Mars d'une forme de vie terrestre". En effet, une bonne part des missions vers Mars et du programme d'exploration planétaire des Etats-Unis est orientée vers la recherche de vie extraterrestre.

"Nous n'avons pas été saisis de ce problème, déclare Hans Haubold, du Bureau des affaires spatiales de l'ONU. Cela dit, la contamination dont vous parlez ne semble pas, pour ce que j'en sais, pouvoir être qualifiée de préjudiciable". Une réponse pour le moins surprenante quand on sait, comme tous les spécialistes nous l'ont répété que, dès lors que des spores de bactéries terrestres sont sur une planète, il devient impossible de les distinguer d'éventuelles bactéries natives. Qu'elles soient encore vivantes ou qu'elles soient détruites. Car, même détruites, ces spores laissent des traces typiques de la vie. Ce qu'a clairement démontré Charles Cockell avec Chroococcidiopsis sp. 029. Après destruction des spores dans un environnement martien simulé, la signature chimique de l'ADN est toujours détectable et la morphologie des spores reste inchangée.

RESTE À LIMITER LES DÉGÂTS

"Les conséquences pour l'exploration planétaire sont considérables, explique André Debus. Une contamination peut induire un faux positif - la détection erronée d'une forme de vie extraterrestre -, et nous obliger alors à prendre trop de précautions, que ce soit pour ne pas interférer avec cette forme de vie ou pour éviter de la ramener sur Terre.
Même s'il est un peu tard pour intervenir, il est encore temps de limiter les dégats. C'est pourquoi la communauté des scientifiques du secteur spatial se mobilise depuis plusieurs mois pour mieux évaluer les risques de contamination et déterminer des règles de protection mieux adaptées. L'analyse de ces risques a profondément transformé la philosophie de la protection planétaire. Gerhard Kminek, chargé de la protection planétaire à l'ESA remarque : "une des principales recommandations du rapport du Conseil national de recherche américain est de ne plus protéger seulement la problématique scientifique, mais la planète elle-même, ce qui va au-delà de ce que les agences spatiales font pour l'instant". Ces mesures seront-elles suffisantes ?

Philippe Chambon - SCIENCE & VIE > Janvier > 2006


 

   
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