Et si la Terre était un Village...

Multiplication des inondations et des tempêtes, montée des océans, progression de la sécheresse : la planète crie au secours. Elle a besoin d'amour. Et comme on ne lui en donne pas beaucoup par les temps qui courent, on nous prédit le pire. D'ici à la fin du XXIè siècle, l'effet de serre va encore augmenter. Mais c'est quoi, au fait ? Pour mieux comprendre les dangers qui nous guettent, nous avons rétréci la Terre à la taille d'un village de 1.000 habitants. Là, on comprend mieux. Et on se dit que si le village Terre se met en colère, ça va chauffer !

La Terre est un village, disent les scientifiques. Un village global dans lequel les êtres vivants, les végétaux, les mers cristallines, les ciels d'azur et les montagnes souveraines, sont liés par un équilibre fragile. Et si c'était vrai ? Et si notre planète, avec ses 510.065.000 km² et ses 6 milliards d'habitants, était vraiment un village de 1000 âmes, à quoi ressemblerait la vie ? Que devrait-on redouter face au réchauffement du climat ? Que pourrait-on faire pour s'en préserver ?

S'il en était ainsi, le territoire du village couvrirait environ 85 km² dont un petit tiers seulement serait formé de terres émergées. Un jardin d'éden et parfois un enfer, constitué pour un tiers de montagnes, de déserts, de toundras, un quart de forêts, un cinquième de pâturages et tout le reste en terres cultivées. L'eau recouvrirait plus des deux tiers du territoire du village. Mais 97,5 % de son volume serait constitué d'un lac salé et 2,5 % emprisonné dans les glaces.
L'eau douce, enfouie dans les sous-sols et courant dans la rivière, ne représenterait, elle, que 0,07 % de la quantité d'eau totale. Précieuse et fragile, renouvelée sans cesse par le cycle des pluies, elle serait indispensable à la vie. Tout comme la couche de gaz qui ceinturerait le village et que l'on pourrait comparer à une serre. Constituée de vapeur d'eau et de gaz dont le CO2 et le méthane, cette bulle protectrice retiendrait une partie importante de la chaleur du soleil réfléchie à la surface du village. Ce phénomène physique aurait été baptisé effet de serre et sans lui, le village Terre serait un désert gelé. Une ville fantôme. Il y régnerait une température polaire de moins 18°C, l'eau n'y serait présente qu'à l'état de glace et la vie ne se serait sans doute pas développée.

1 HABITANT SUR 3 SERAIT UN ENFANT

Seul l'effet de serre, en entourant le village d'une chaleur protectrice, l'aurait rendu et le maintiendrait habitable. Grâce à la température moyenne de 15°C, les êtres vivants se seraient au contraire multipliés en un foisonnement de bactéries, d'insectes, d'oiseaux, de reptiles, de batraciens, de mammifères, de poissons et d'hommes. Une communauté cosmopolite. Une vraie tour de Babel : 584 Asiatiques, 124 Africains, 95 Européens de l'Est et de l'Ouest, 12 Français, 84 Sud-Américains, 55 Russes (dont les Lituaniens, les Estoniens, les Arméniens et les autres groupes nationaux.), 52 Américains du Nord, 6 Australiens et Néo-Zélandais. Dans ce village de 1000 habitants, les religions du Livre (christianisme, islam, judaïsme) auraient conquis la moitié de la population : il y aurait 329 chrétiens (dont 187 catholiques, 84 protestants et 31 orthodoxes), 178 musulmans et 3 juifs. Il y aurait également : 167 animistes, 132 hindouistes, 70 bouddhistes, 45 athées, 3 sikhs, 3 taoïstes et 80 représentants d'une autre religion. Un tiers (330) des villageois du monde serait des enfants. Mais les plus de 65 ans ne seraient que... 60.
La moitié seulement serait immunisée contre des maladies infectieuses comme la tuberculose, la malaria ou la rougeole. Les autres seraient condamnés à mourir faute de soins. Cette année, en 2001, 21 bebés naîtraient et 9 personnes disparaîtraient : une du cancer et trois de malnutrition, dont deux nouveau-nés de moins d'un an. Cinq personnes parmi les 1000, dont 4 Africains, seraient infectés par le virus HIV et mourraient bientôt du sida. Avec 21 naissances et 9 morts, la population du village passerait l'année prochaine à 1012 habitants et l'on craindrait, à terme, une pénurie d'eau douce et de ressources alimentaires.
Au XXè siècle, les guerres n'auraient pratiquement jamais cessé et l'avenir ne laisserait rien de bon à présager. En priorité pour le contrôle des ressources rares. Dans cette communauté de 1000 personnes, les richesses seraient, en effet, inégalement réparties : 700 seraient mal logés, 14 souffriraient de malnutrition (moins de 2600 calories par jour), 260 manqueraient d'eau et 200 ne sauraient pas lire. Au nom de l'économie du plus fort, orchestrée par les gens du Nord efficaces mais sans pitié, les 270 villageois les mieux nourris posséderaient 40 % des cultures et produiraient les 3/4 des aliments. Pour rendre les terres plus productives, ils emploieraient 83% des engrais. L'excès de fertilisants gagnerait toutes les terres, polluant chaque jour un peu plus les sources, les rivières et le lac salé, se mêlant à la mort noire liée au dégazage et au naufrage des pétroliers et des chimiquiers, reliant sans cesse les différents quartiers du village.

330 VILLAGEOIS SERAIENT PRIVÉS D'ÉLECTRICITÉ

Et tandis que les poisons chimiques asphyxieraient lentement les eaux, près des maisons, les poubelles déborderaient de montagnes d'ordures ménagères et industrielles. En fait, lors des deux siècles précédents, le développement industriel de la communauté aurait enrichi les plus favorisés en de multiples voies. 200 habitants percevraient les 3/4 des revenus du village et 200 autres n'auraient droit qu'à 1 %. 70 habitants sur les 1000 auraient ainsi une ou plusieurs automobiles. 330 n'auraient pas accès à l'électricité. Globalement, un quart de la population du village consommerait les 3/4 de l'énergie en exploitant principalement les produits fossiles, le pétrole, le gaz et le charbon. Mais le processus aurait éprouvé durement l'environnement. Les fumées toxiques empoisonneraient l'atmosphère. Le taux de CO2 aurait grimpé de 30 % en un siècle. Au hit parade des pollueurs, le quartier des États-Unis serait hors concours. Avec 23 % d'émissions, les Américains seraient les premiers émetteurs de dioxyde de carbone. Suivraient le secteur de l'Union européenne (14,4 %), Chinatown (11,7%), puis les faubourgs de l'ex-URSS (13,4%), du Japon (5,5%), de l'Amérique Latine (4,4%), de l'Afrique (3,8%) et enfin du Moyen-Orient (3,3%). En augmentant le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère, l'industrialisation du village aurait entraîné un accroissement global de l'effet de serre. Et, comme l'auraient démontré les scienctifiques, la courbe de température aurait suivi exactement cette escension : le thermomètre aurait grimpé de 0,4 à 0,8°C depuis 1900, faisant du XXè siècle, le plus chaud du dernier millénaire. Par voie de conséquence, sous la bulle du village, on assisterait à un bouleversement climatique : 90 % des glaces reculeraient à grands pas, les pluies et les tempêtes se multiplieraient et la zone désertique gagnerait sans cesse du terrain. Si, comme les experts du village le prévoient, le taux de CO2 continuait de s'élever, la température pourrait encore grimper de 1,4 à 5,8°C d'ici à 2100, accentuant encore la chaleur sous la bulle, et par voie de conséquence l'évaporation et les cataclysmes. Tout s'accélérerait à une allure folle et les blessures seraient visibles partout alentour. Les forêts rétréciraient comme peau de chagrin. Elles auraient déjà perdu la moitié de leur surface originelle. L'extinction des espèces animales et végétales aurait lieu, de même, à un rythme mille fois plus rapide que jamais dans toute son histoire. Un tiers des mammifères et deux tiers des oiseaux seraient en voie de disparition. Et pour la pêche, les trois quarts des poissons marins auraient atteint ou dépassé le seuil critique. Trop tard ? Non, mais il faudrait faire vite. En un siècle, la population aurait triplé. L'explosion démographique ralentirait désormais mais en 2025, le village compterait 1130 habitants, puis 1500 en 2050, menaçant de rendre irréversible le processus de destruction entamé.

APPLIQUER UNE NOUVELLE MORALE

Conscients de la menace, les villageois du Nord et du Sud organiseraient de grand-messes écologiques jalonnées de batailles éthiques et légales pour lutter contre les effets du réchauffement, pour ramener en 2010 les émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990, pour régenter le droit d'accès à l'eau, à la santé, pour établir les responsabilités des quartiers face à leurs propres déjections. Mais chacun voulant préserver ses intérêts, personne n'arriverait à appliquer les résolutions prises. Resterait aux citoyens à prendre en charge leur destin. Le village aurait besoin d'amour. Il aurait besoin d'être choyé pour continuer à délivrer ses bienfaits. Hormis la compassion, le bon sens personnel serait la première des règles à appliquer. "Protéger l'environnement, c'est nous sauver nous-mêmes !", clameraient quelques villageois inspirés. Chacun pourrait, à son échelle, lutter contre le réchauffement global, contribuer à économiser l'énergie, à recycler, à moins polluer. Chacun pourrait refuser de s'enfermer dans le rôle de spectateur désespéré. Contribuer à développer les énergies propres. Partager les ressources et les savoirs. Balayer l'actuel modèle de développement qui inexorablement mettrait en péril la survie même du village Terre. Et appliquer une nouvelle morale pour vivre ensemble, peut-être, enfin.

Sources : ONU, GIEC, World Watch Institute, Unesco, Banque mondiale, Institut Goddard pour les études spatiales, WWF, Greenpeace, ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement.

P.D. - JONAS > Août > 2001
 

   
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