Antarctique : le Glacier de Pine Island

Un Iceberg Nait Sous Nos Yeux

Large de 250 m, cette crevasse a été repérée sur le glacier de Pine Island, en Antarctique (ici une photo du 26 octobre 2011).

Une impressionnante crevasse de 30 km de longueur et 60 m de profondeur, qui pourrait donner naissance à un iceberg de plus de 880 km² : voilà ce qu'ont découvert en Antarctique Ouest les scientifiques américains de l'opération IceBridge (NASA), qui survolent en avion les calottes polaires à intervalles réguliers, afin d'étudier leur évolution. C'est la première fois que la création d'un iceberg géant est observée sur le vif, et avec autant de précision. La fracture a été repérée et mi-octobre 2011 sur le glacier de Pine Island, dont la taille et l'instabilité font un candidat idéal pour la genèse d'icebergs. Sous l'effet de la gravité, ce glacier glisse en effet lentement depuis les monts Hudson jusqu'à la mer d'Amundsen. Une langue de glace flotte ainsi sur les eaux sur près de 50 km de longueur, au-delà du continent sur lequel elle est arrimée. Cette langue finit inévitablement par se briser, libérant d'un imposants icebergs. La dernière fois que ce glacier avait accouché d'un tel géant, c'était en 2001.

S.F. - SCIENCE & VIE > Janvier > 2012

80 km³

C'est la quantité de perdus chaque année par le glacier de Pine Island, un des principaux de la calotte antarctique ouest.

D'après les calculs de Stan Jacobs (université de Columbia), les courants marins passant sous cette langue de glace seraient responsables d'une accélération de 50 % de la vitesse à laquelle le glacier a fondu entre 1995 et 2010.

B.B. - SCIENCE & VIE > Août > 2011

Le Mouvement des Glaciers s'Accélère

Le mouvement du glacier de l'île Pine, dans l'ouest de l'Antarctique s'est accéléré de 7% cette année. Les scientifiques émettent plusieurs hypothèses pour expliquer cette variation soudaine. L'activité volcanique, le réchauffement des courants marins pourraient en être la cause. Si les glaciers de la région, qui manifestent dans leur ensemble une instabilité accrue, disparaissent, ils provoqueraient une élévation de 2,5 m du niveau des océans.

Des scientifiques britanniques en mission d'étude ont mis en évidence les preuves de l'instabilité des glaciers de la péninsule de l'ouest Antarctique. Si les tendances enregistrées persistent, avertissent-ils, le niveau des océans pourrait connaître une élévation importante. Ces observations ont été faites sur un groupe de glaciers couvrant une superficie égale à celle du Texas, dans l'ouest de l'Antarctique. Leur vitesse de déplacement s'est fortement accrue.
David Vaughan, de la mission britannique en Antarctique, décrit cette zone comme le ventre mou du continent, car c'est là que le lit des glaciers s'enfonce le plus loin à l'intérieur des terres. "S'il existe un mécanisme de rétroaction rendant la couverture de glace instable, cette instabilité sera plus forte dans cette région", note-t-il.

Les mesures satellitaires ont permis de déterminer que le mouvement de trois énormes glaciers s'était accéléré depuis 10 ans. Le plus grand d'entre eux, le glacier de l'île Pine, est celui qui suscite le plus d'inquiétude chez les scientifiques.
Julian Scott revient de mission. "C'est un glacier très important. Il déverse plus de glace dans la mer qu'aucun autre en Antarctique", a-t-il a déclaré à la BBC. "Épais d'environ 2 km, il fait 30 km de large, et se déplace de 3,5 km par an".

L'équipe britannique a affronté les conditions extrêmement rigoureuses de la région pour déployer un appareillage scientifique ultra moderne de mesure et de détection. Grâce à des capteurs dotés d'un GPS, ils ont enregistré le mouvement du glacier toutes les 10 secondes. Durant les années 1990, le glacier accélérait son déplacement en moyenne de 1 % par an. Julian Scott a découvert cette saison que cette accélération atteint maintenant 7%. "Les mesures de cette dernière campagne semblent montrer une accélération incroyable, à un taux allant jusqu'à 7 %. C'est beaucoup plus que les accélérations qui nous semblaient extraordinaire dans les années 1990".

La raison de ce phénomène ne semble pas être un réchauffement de l'atmosphère environnante. La cause pourrait être un courant marin profond qui vient baigner le plateau continental à proximité du front du glacier. La banquise, qui a diminué, le protège désormais moins des eaux chaudes, qui semblent désagréger la glace profonde et lubrifier son mouvement. Julian Scott pense cependant que d'autres forces peuvent être à l'œuvre. Plus loin à l'intérieur du glacier se trouvent les traces d'un volcan entré en éruption voila 2000 ans, et l'ensemble de la région pourrait être le lieu d'une activité volcanique, libérant de la chaleur faisant fondre la base du glacier, facilitant ainsi son déplacement vers la mer.
David Vaughan estime que le risque d'une désintégration des glaciers de cette partie de l'Antarctique doit être pris au sérieux. "On a prévu que cela pouvait être une zone vulnérable", indique-t-il. "Nous avons aujourd'hui des données montrant que cette région est en train de changer. La coïncidence de ces deux éléments est réellement préoccupante".

La grande question désormais est de savoir si ces mesures correspondent à un évènement exceptionnel ou s'il s'agit d'un précurseur d'une disparition des glaces. Julian Scott espère pouvoir répondre. "C'est extraordinaire, et nous avons laissé un GPS là bas pour l'hiver pour observer si la tendance se poursuit". Si les glaciers continuent à accélérer leur mouvement et déversent la majeure partie de leurs glaces dans l'océan, le glacier de l'île Pine à lui seul pourrait être responsable d'une élévation de 25 centimètres du niveau des mers. Cela pourrait prendre des décennies ou un siècle, mais les glaciers alentours accélèrent eux aussi, et si la région dans son entier perdait sa couverture de glace, les océans monteraient de 1,5 mètres.

Martin Redfern - BBC > 24 février > 2008

 

   
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