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Les Virus : Menace pour l'Humanité ?

L'épidémie de SRAS l'a brutalement rappelé : les virus sont un danger permanent pour l'homme. Pourquoi Comment s'en protéger ? Et que réserve l'avenir ?

Parmi plus de 2000 virus connus, 300 sont à l'origine de maladies humaines. Le sida, la grippe, la fièvre Ebola et les fièvres hémonagiques sont parmi les plus préoccupantes.

Qu'est-ce qu'un virus ?

Composés de proteines et d'acides nucleïques, les virus (du latin poison) n'ont pas la capacité de tirer de l'énergie de leur environnement, comme les bactéries ou les cellules des organismes. Pour se reproduire, ils utilisent les cellules qu'ils infectent en les détournant à leur profit.
Les virus ont des formes et des compositions génétiques très diverses. La science en connaît plus de 2000, mais il en existe certainement beaucoup plus. Côté taille, un virus mesure entre 30 et 300 nm (10-9 mètre), contre quelques micromètres (10-6 mètre) pour une cellule. Son "cour" est son information génétique, appelée le virion, soit de l'ARN ou de l'ADN. Le virion est entouré d'une structure de protection, la capside, qui peut être enfermée ou non dans une enveloppe. La capside ou l'enveloppe portent les "déterminants viraux", des protéines qui se lient aux récepteurs cellulaires des cellules hôtes et permettent au virus d'injecter le virion dans ces dernières. Immédiatement après cette injection ou après une période de latence pouvant durer des années (comme pour le VIH), le matériel généfique du virus est pris en charge par le dispositif cellulaire chargé de synthétiser les protéines. Le virus est alors reconstitué et il quitte sa cellule hôte, prêt à en infecter d'autres.
Apparus très tôt dans l'histoire de la vie, les virus ont vécu en plus ou moins bonne harmonie avec les cellules qu'ils parasitent. Ils ont même, au fil du temps, laissé un peu de leur patrimoine génétique dans les cellules qu'ils ont infectées. Preuve de cette bonne entente avec l'hôte le virus de l'herpès, par exemple, peut résider à l'état latent chez l'homme sans jamais se manifester. Il peut aussi s'éveiller de temps à autre et provoquer un affaiblissement de l'organisme pendant quelques jours. À l'inverse, d'autres virus sont très virulents (tel le virus Ebola) : ils détruisent les cellules qu'ils infectent ou perturbent leur fonctionnement, provoquant, dans le pire des cas, la mort de l'organisme tout entier. La médecine connaît environ 300 maladies virales humaines, parmi lesquelles le rhume, la grippe (due à des virus de la famille ,des influenza), la poliomyélite, la rage, variole, etc.

Comparée à celle d'autres maladies virales, la mortalité de la pneumopathie atypique est assez élevée : environ 14 % des personnes infectées en sont aujourd'hui décédées. La mortalité par les virus varie beaucoup selon la nature de la maladie. Ainsi, la fièvre hémorragique Ebola est fatale dans 80 % des cas, alors que la mortalité de la fièvre du Nil est de 10 %. Sans traitement, le taux de mortalité du sida est de 100 %. En France, il n'est plus que de 37 % actuellement. Chaque année, le sida tue 978 personnes en France et 2 943 000 dans le monde. Détectée en 1983, cette pathologie a fait 25 millions de victimes en vingt ans.

Comment s'en protéger ?

Il existe à peu près autant de modes de transmission qu'il y a de virus. Certains, comme le virus de la grippe, se transmettent directement d'un individu à un autre en voyageant dans les particules d'eau de la respiration ou dans les projections humides (éternuements, toux) ; d'autres sont véhiculés par voie sexuelle et sanguine (sida, hépatite), par contact avec les muqueuses (herpès), par piqûre ou morsure (rage). D'autres encore ont besoin d'un vecteur, une espèce qui véhicule et transmet le virus. C'est le cas des rongeurs pour les fièvres hémorragiques (hantavirus), des volailles pour la grippe du poulet, des insectes, par exemple les moustiques pour la dengue et la fièvre jaune, ou des tiques pour la fièvre de Crimée-Congo. Le virus de la polio, lui, se transmet par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés. Et certains virus, celui de la grippe notamment, persistent dans l'environnement et peuvent être transmis par des objets ou des surfaces contaminées.
Plus la période d'incubation et de contagion est longue, plus le virus peut se propager en silence. Quand les symptômes se déclarent, le patient a déjà contaminé de nombreuses personnes, qui elles-mêmes... On connaît l'étendue que peut ainsi prendre une épidémie due à un virus dit "lent", comme celui du sida.
Pour se protéger des virus, s'il n'existe pas de vaccin, il faut éviter d'entrer en contact avec eux. Les moyens sont simples et connus : préservatifs contre la transmission sexuelle, masque et gants contre les virus qui survivent dans l'air et dans l'environnement... Des mesures collectives peuvent cependant s'imposer, telle que la mise en quarantaine des personnes infectées et de leur lieu de résidence. Enfin, il peut aussi être utile de supprimer le réservoir dans lequel le virus se reproduit. En 1997, l'abattage de l'ensemble des poulets de la ville de Hong Kong a permis d'enrayer l'épidémie de grippe aviaire qui commençait à sévir.

Des remèdes existent-ils ?

Ils sont rares, car traiter un organisme infecté par un virus est une tâche délicate, à trois niveaux : les médicaments doivent tout à la fois détruire le virus ou stopper sa multiplication sans détruire les cellules hôtes ; ils doivent viser une cible en perpétuelle évolution, puisque les virus mutent très rapidement ; et, enfin, les remèdes doivent agir vite, car de nombreuses infections virales sont aussi violentes que brèves. C'est pourquoi les antiviraux sont peu nombreux et produisent des effets secondaires parfois difficiles à supporter par les patients. Dans ce domaine, la recherche pharmaceutique est très active.
Les antiviraux "classiques" combattent avec une certaine efficacité les virus de l'herpès, du sida et des hépatites. Certains visent à inhiber la décapsidation, ce qui évite la pénétration du virion dans la cellule hôte, d'autres empêchent la réplication du virion dans la cellule. Mais les virus développent des résistances aux traitements (c'est le cas du VIH) qui peuvent faire rechuter le patient.

Les virus menacent-ils l'humanité ?

Un virus qui se transmettrait par l'air et l'eau, dont la période d'incubation serait longue, les porteurs sains hautement contagieux et la maladie rapidement fatale pourrait-il avoir raison de l'humanité ? C'est peu probable, et aucune épidémie n'a encore mis en danger la survie de l'espèce. Même si l'intensité des déplacements humains favorise la diffusion des virus, il y a toujours des confinements géographiques possibles et certaines personnes qui résistent naturellement.
Cependant, un virus peut terrasser des pans entiers de l'humanité, comme la variole qui a tué près de 135 millions de personnes entre 1900 et 1967, et emporté plus de vies que toutes les autres maladies infectieuses réunies. Sa contagiosité et son taux de mortalité relativement élevé (30 %) en font la maladie infectieuse la plus dangereuse. Elle a toutefois été éradiquée par la vaccination depuis 1977. Le sida, lui, est en train de ravager l'Arique, où il infecte déjà plus de 30 millions de personnes, ainsi que la Chine, où l'ampleur de l'épidémie reste inconnue. Un problème subsiste. "Dans le cas du VIH, des médicaments existants permettraient de maîtriser la situation, mais ils ne sont pas à la disposition de tous, explique Daniel Lévy-Bruhl (INVS). Cependant nous ne sommes pas à l'abri d'une pandémie comme la grippe espagnole qui fit plus de 20 millions de morts en 1917."
Paradoxalement, un virus très mortel comme Ebola (de 60 à 80 % des cas) est plus facile à contrôler qu'un virus virulent de la grippe les personnes qu'il infecte sont aisément repérables et la transmission ne s'opère que par contact rapproché avec quelqu'un qui est infecté. Les mesures d'isolement sont donc simples à prendre et tout de suite très efficaces.

SCIENCE & VIE > Juin > 2003
 

   
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