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Les Œuvres de Léonard de Vinci

Pourquoi Aimer Léonard de Vinci ?



CONNAISSANCE DES ARTS N°786 > Novembre > 2019

Léonard de Vinci : Les Dessous d'un Mythe

LE POINT HS N°26 > Octobre-Novembre > 2019

Léonard de Vinci : Maître Géologue

POUR LA SCIENCE HS N°105 > Octobre-Novembre > 2019

Pourquoi Léonard de Vinci écrivait-il à l'Envers ?

ÇA M'INTÉRESSE N°463 > Septembre > 2019

L'Autre Joconde

M.-A.C. - NATIONAL GEOGRAPHIC N°239 > Août > 2019

Léonard de Vinci : l'Artiste à la Main Blessée

H.J. - SCIENCES ET AVENIR N°868 > Juin > 2019

Léonard de Vinci : le Génie Italien


S.N. - TOUT COMPRENDRE JUNIOR N°76 > Mai > 2019

L'Héritage de Léonard de Vinci



NATIONAL GEOGRAPHIC N°236 > Mai > 2019

Les Fabuleuses Machines de Vinci


TOUT COMPRENDRE HISTOIRE HS N°1 > Décembre > 2018

Salvator Mundi : les Dessous de la Vente du Siècle



D.B. - BEAUX ARTS N°403 > Janvier > 2018

Une Joconde Nue signée Léonard de Vinci ?

B.A. - SCIENCES ET AVENIR N°849 > Novembre > 2017

A-t-on Réssuscité un Christ Disparu de Léonard de Vinci ?

Vendu moins de 100 euros il y a cinquante ans, un obscur tableau de la Renaissance est, après restauration, attribué au génie italien par les meilleurs experts. Miracle ou arnaque ?

C'est le scoop d'une vie pour Milton Esterow, rédacteur en chef du magazine ARTnews. Le 22 juin 2011, le journaliste annonce au monde, incrédule, la redécouverte d'un tableau de Léonard de Vinci. Un Christ qui tient dans sa main gauche un globe de cristal - symbole de ses royaumes céleste et terrestre -, et fait de la main droite un geste de bénédiction. Ce type de representation, d'origine byzantine et popularisée à la Renaissance par les maîtres flamands, porte le nom générique de Salvator Mundi, soit le "sauveur du monde".
La version de Léonard de Vinci est connue de longue date, à travers une vingtaine de copies réalisées par des disciples et deux études préparatoires de la main du maitre, conservées en Angleterre dans la bibliothèque royale du château de Windsor. C'est donc l'original qui, à la surprise générale, referait aujourd' hui surface...
Le 8 juillet, à New York, un communiqué de presse confirme les révélations d'ARTnews. Il émane des propriétaires américains du tableau et confirme que celui-ci sera le clou de l'exposition "Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan", à partir du 9 novembre à la National Gallery de Londres. Qu'une aussi vénérable institution inscrive à son catalogue un tableau sorti de nulle part en l'attribuant avec certitude au maitre de la Renaissance, voilà qui ne laisse pas de surprendre. D'autant que personne ne peut voir le tableau avant l'ouverture de l'exposition. Seule image disponible : la photographie diffusée par ses détenteurs. Déjà, les sceptiques crient au coup de pub... Les peintures disparues sont indissociables de la légende de Léonard, contribuant à alimenter l'aura de mystère autour du génie de la Renaissance. Dès 1550, soit à peine trente ans après sa mort, son biographe Giorgio Vasari - le premier historien de l'art, lui-même peintre - évoque une tête de Méduse dont le maitre aurait orné un boucher de bois. Aucune trace n'en subsiste. A-t-elle seulement seulement existé ? Connue par des dessins préparatoires et plusieurs copies, une représentation du mythe de Léda et le Cygne s'évanouit au Château de Fontainebleau à la fin du XVIIè siècle, détruite par un membre de la famille royale française choqué par la nudité de la maîtresse de Zeus.
Et puis il y a la Bataille d'Anghari, immense fresque inachevée sur un mur du Palazzo Vecchio de Florence. La scène a été recouverte de nouvelles peintures dès la fin du XVIè siècle. Depuis 1975, le chercheur italien Maurizio Seracini utilise tous les moyens de la science - jusqu'à bombarder le mur de neutrons - pour localiser le chef-d'ouvre de Léonard. Sa quête obstinée de signes cachés a valu au Dr Seracini d'être le seul personnage réel cité dans le best-seller de Dan Brown, Da Vinci Code.

EN 1958, LE TABLEAU EST ATTRIBUÉ À L'UN DES DISCIPLES DU MAÎTRE ITALIEN

Dans le cas du Salvator Mundi, le premier mystère est celui qui entoure les propriétaires de l'ouvre. Il s'agirait d'un groupe de marchands d'art américains - dont un certain Alex Parish - associés à un expert new-yorkais des tableaux de maîtres, Robert Simon. Parish aurait déniché le tableau lors d'une succession, en 2005, se portant acquéreur pour un montant inconnu. Lorsqu'il montre sa trouvaille à Simon, celui-ci voit une "bonne peinture, par un proche de Léonard. Mais elle était très endommagée par les repeints successifs, raconte-t-il. Nous ne pensions pas sérieusement, alors, qu'il s'agissait d'un Vinci". Incrédule ou pas, Simon entreprend néanmoins sans tarder une minutieuse investigation sur les origines de l'œuvre. Lorsqu'il enquête pour retracer la provenance d'un De Vinci, un expert prend rendez-vous avec l'Histoire ! Son Christ conduit ainsi Robert Simon jusqu'en 1649. Le marchand d'art trouve à cette date mention du panneau dans la collection du roi Charles 1er d'Angleterre. L'œuvre passe a son successeur, Charles II, puis se retrouve propriété du duc de Buckingham, mise aux enchères en 1763 au moment où Buckingham House, la propriété familiale, est vendue au roi pour devenir le palais de Buckingham.
On perd la trace du Salvator Mundi jusqu'en 1900. Sir Frederick Cook l'acquiert pour rejoindre la fabuleuse collection constituée par son père Francis, l'une des trois plus grosses fortunes d'Angleterre. Mais le tableau, maintes fois repeint et (mal) restauré, n'est plus attribué qu'à "l'école milanaise, vers 1500". En 1958, lors d'une dispersion de la collection Cook chez Sotheby's, à Londres, le catalogue de la vente en fait un Boltraffio, disciple milanais de Léonard. Et la "croûte" ne trouve preneur qu'à 45 livres sterling (moins de 100 euros actuels). Rien à voir avec les 150 millions d'euros que pourrait valoir aujourd'hui sur le marché l'un des quinze - seulement - tableaux existants de Léonard de Vinci. Si un tel tableau était à vendre, bien sûr. Mais ne brûlons pas les étapes... Parallèlement à ses recherches, Robert Simon commande un coûteux programme de restauration de l'œuvre, très endommagée. Le panneau de noyer s'est fendu. Il a été grossièrement rebouché. Beaucoup de peinture a disparu au fil des restaurations. Le vernis noirci masque les traits. Couche après couche, le sauvetage fait apparaître une grande subtilité dans le bleu de la tunique, des broderies aux motifs géométriques complexes, l'exquise transparence du globe, mais aussi des "repentirs". C'est le nom donné aux modifications opérées par peintre. En l'occurrence, le pouce de la main qui bénit apparaît avoir changé de position. Les experts adorent ces repentirs : ils prouvent que l'on a affaire à un tableau original. Quel copiste, en effet, perdrait son temps à en cacher sous les couches de peinture ? Les détails qui apparaissent au fur et à mesure de la restauration correspondent en tout point a une gravure réalisée en 1650 d'après le tableau original, à la demande de la veuve de Charles 1er. Robert Simon et ses commanditaires ont à présent la certitude de tenir le Salvator Mundi de Léonard. Reste en convaincre le monde...
"Nous avons quelque chose à vous montrer". C'est avec cette formule sibylline que Nicholas Penny, directeur de la National Gallery de Londres, convoque fin mai 2008 quelques-uns des meilleurs experts de Léonard de Vinci. Répondent à l'invitation les Italiens Pietro Mariani, qui a supervisé la restauration de La Cène du maître à Milan, Maria Teresa Fiorio, auteure d'une biographie de Boltraffio, Carmen Bambach, conservatrice des peintures au Metropolitan Museum de New York, et Martin Kemp, professeur à Oxford. Ces éminents spécialistes découvrent le Salvator Mundi, peuvent comparer avec la Vierge aux rochers (->), le Léonard de la National Gallery. Robert Simon est présent. Il jubile face à l'état d'excitation des experts. Leur verdict est "sans équivoque" : il s'agit d'un Léonard ! Il faudra encore trois ans d'examens, de restaurations et d'expertises pour que le public puisse le découvrir à Londres.

SALVATOR MUNDI POURRAIT ÊTRE L'ŒUVRE D'ART LA PLUS CHÈRE JAMAIS VENDUE

Pour bien mesurer l'évènement exceptionnel que constitue cette résurrection, il faut savoir que la dernière redécouverte d'un Léonard remonte à 1909. L'annonce se produit déjà à l'occasion d'une grande exposition. Organisée par une revue d'art ancien à Saint-Pétersbourg, elle réunit les trésors de collections privées russes. Ernest de Liphart, conservateur des peintures au musée imperial de l'Ermitage, choque lorsqu'il devine la main de Léonard derrière une Vierge à l'enfant assombrie par les couches de vernis, au point que son sourire paraît édenté. "J'ai le courage de mon opinion malgré le tollé que soulèvera cette attribution", persiste Liphan. Le temps lui donnera raison. Après l'exposition de 1909, Maria Benois, propriétaire du tableau, accepte de le vendre au gouvernement russe. Desormais connue comme Madone Benois (<-), la peinture entre en 1914 dans les collections de l'Ermitage.
L'attribution du Salvator Mundi jusqu'ici, guère suscité de tollé. Juste des interrogations. Certains objectent qu'une peinture aussi endommagée devient impossible à attribuer. Et reste l'incertitude sur les motivations des propriétaires. Lors de l'annonce de sa redécouverte, on les disait prêts à négocier pour 150 millions d'euros. Ce qui en ferait l'œuvre d'art la plus chère de l'Histoire. Robert Simon a démenti toute tractation. Et pour cause : la National Gallery a pour politique de ne jamais exposer de tableau à vendre. Mais que décideront les marchands d'art new-yorkais après l'exposition ?

P.B. - ÇA M'INTÉRESSE Hors Série N°3 > Janvier > 2012
 

   
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