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Internet : Faits et Chiffres

SCIENCE & VIE > Janvier > 2013

Internet : Cherche Adresses Déserpérément

L'essor prodigieux du Web se heurte aujourd'hui à un mur : la pénurie d'identifiants. La solution ? 1Pv6, un système d'adressage qui va être testé à grande échelle le 8 juin. Sans garantie.

Cette carte (->) montre les 20.000 systèmes autonomes constituant Internet (fournisseurs d'accès, universités, géants comme Google ou Facebook, etc.). Chacun gère sa politique d'adressage. Les deux tiers de ces systèmes ne sont pas encore prêts à migrer vers IPv6.

Et si la croissance d'Internet s'arrêtait, faute d'adresses disponibles pour identifier les nouveaux internautes et les nouveaux services ? C'est pour éviter ce scénario catastrophe que plusieurs poids lourds de l'Internet dont Google, Yahoo et Facebook, organisent ce 8 juin un gigantesque test technique, baptisé "World IPv6 Day".
Quelle est la nature du problème ? Pour être connecté à Internet, chaque ordinateur doit posséder un identifiant, appelé "adresse IP" (Internet Protocol). Or, le stock d'adresses disponibles dans le monde est quasiment épuisé. Un seul chiffre : le 3 février dernier, l'Internet Assigned Numbers Authority, en charge de la gestion de ce stock au niveau mondial, a distribué 16,7 millions d'adresses à chacune des cinq régions du monde (Europe/Moyen-Orient, Amérique du Nord, Asie-Pacifique, Afrique et Amérique du Sud) qui les redistribuent aux fournisseurs d'accès de leurs pays. Or, dès le 15 avril, l'Asie s'est trouvée en rupture de stock. Quant à la France, elle devrait être à court dès la fin de l'année.
Il faut dire que le système d'adressage actuel IPv4 n'a jamais été conçu pour faire face à l'essor fulgurant d'Internet. Il y a trente ans, l'Américain Vinton Cerf, son inventeur, avait proposé d'utiliser des adresses codées sur 32 bits (le bit valant 0 ou 1), ce qui a permis de créer 4,3 milliards d'adresses. Mais, à l'époque, il n'avait pas prévu qu'en 2011, deux milliards d'individus se connecteraient au Web quotidiennement et que chacun posséderait un ou plusieurs ordinateurs, smartphone, console de jeu...

LES AUTRES BÉNÉFICES ATTENDUS D'IPv6
Outre qu'elle résout le problème de pénurie d'adresses, la norme IPv6 apporte son lot d'améliorations. Elle intègre des mécanismes de sécurité qui rendent les connexions beaucoup plus sûres. Il est également plus facile de connecter deux ordinateurs entre eux et les temps de latence et les débits des réseaux sont améliorés. La géolocalisation des internautes est également plus précise. Enfin, un individu pourra posséder autant d'adresses qu'il le souhaite (potentiellement des millions...).

NOMBRE QUASIMENT ILLIMITÉ

Les experts ont bien mis en ouvre des solutions de secours permettant d'optimiser IPV4, notamment des adresses dynamiques, qui changeaient à chaque connexion. "Ces rustines ont permis de reculer l'échéance, mais il n'est plus possible de tirer sur l'élastique, sans ralentir les connexions ou nuire à la fiabilité du réseau", explique Latif Ladif, le président du forum mondial IPv6. Pour sortir de cette ornière, la solution logiquement envisagée consiste à adopter un nouveau système utilisant des adresses plus longues : la norme IPv6 (version 6). Finalisée en 1998, après une expérimentation baptisée IPv5, IPv6 utilise des adresses codées sur 128 bits, ce qui permet de créer 340 sextillions d'adresses (3,4 x 1038). Un nombre quasiment illimité à l'échelle humaine !
Depuis plus de dix ans, cette technologie est prête et les organismes régulateurs préconisent son déploiement. Mais dépourvus d'autorité, ils n'ont pas su imposer de calendrier aux entreprises et fournisseurs d'accès. Et ceux-ci n'ont pas pris les devants car la migration est coûteuse en ressources humaines et n'offre aucun retour sur investissement à court terme. Sur un plan technique, pourtant, il n'y a en théorie pas de difficulté majeure. Les ordinateurs équipés de systèmes d'exploitation récents (Windows, Linux...) ont bien été conçus pour gérer simultanément les deux normes. Chez les opérateurs Internet, la technologie IPv6 est présente dans la plupart des équipements réseaux et il suffit de l'activer. Le plus gros chantier concerne finalement les boîtiers ADSL des abonnés, dont le logiciel doit être mis à jour (par un rappel ou un remplacement des boîtiers). "Sur les 20.000 fournisseurs d'accès dans le monde, seulement 6000 ont commencé à déployer IPv6 et à peine 500 l'offrent déjà à leurs clients", explique Latif Ladid.

VISER LES PROFESSIONNELS

De fait, selon Google, seulement 0,27 % des internautes sont aujourd'hui connectés en IPv6. Ce nombre va inévitablement augmenter dans les prochains mois. Et les fournisseurs d'accès vont alors avoir une contrainte de taille : ils devront offrir un double accès IPv4/IPv6 à leurs clients jusqu'à ce qu'IPv4 cesse d'être utilisé. "L'objectif numéro un du test mondial du 8 juin est de sensibiliser les professionnels à ce problème. Ils pourront tester à grande échelle leurs services et voir s'ils fonctionnent simultanément dans les deux modes", explique Latif Ladid. Selon lui, s'ils réagissent à temps, il n'est pas trop tard. Dans le meilleur scénario, les internautes ne se rendront compte de rien pendant la migration. Mais dans le pire des cas, des bugs surgiront. Prochain rendez-vous le 8 juin.

D.M. - SCIENCE & VIE > Juin > 2011

Internet Émet presque Autant de CO2 que le Transport Aérien

Derrière une requête lancée sur le moteur de recherche Google, la mise en ligne d'un compte Facebook ou autre service virtuel se cachent des usines de stockage de données concrètes et gourmandes en énergie : les plus grandes "fermes de serveurs" consomment autant que 80.000 foyers !

"À chaque watt dépensé pour le fonctionnement de ces machines, l'usine doit consommer 1,4 W supplémentaire, notamment pour leur refroidissement", explique Michel Demis, du cabinet d'ingénierie Atrium Data, le prix à payer pour éviter toute défaillance. Ces "data center" dévoreraient déjà 3 % de la production électrique aux États-Unis, sans parler des besoins du reste de l'infrastructure Internet (routeurs, PC, etc.). électricité qui fait la part belle aux énergies fossiles. Selon une étude du cabinet Mc Kinsey de 2008, et 45 millions de serveurs de la planète rejetteraient plus de CO2 que l'Argentine et devraient bientôt dépasser les émissions du transport aérien mondial.


V.N. - SCIENCE & VIE > Août > 2010
 

   
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