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Allergies : Le Mal du Siècle

Le Mal du Siècle

Classées 4ème maladie chronique mondiale par l'OMS,les allergies ne cessent d'augmenter. Rien ne semble arrêter se mal du siècle, alimenté par nos modes de vie.

En France, 1 personne sur 3 née après 1980 est atteinte d'une forme d'allergie tandis que l0 % des enfants et 6 % de la population adulte souffrent d'asthme. En 2050, selon l'OMS, 1 personne sur 2 sera allergique.

Pour certains, pas besoin d'aller en Irak pour risquer sa vie, une simple tartine de beurre de cacahuète suffit à les envoyer à l'hôpital à l'article de la mort. Pour d'autres, ce sera un crustacé, une piqûre de guêpe, un antibiotique, un tatouage au henné noir... Pour la grande majorité, le calvaire se traduira par des yeux irrités, le nez qui coule, des plaques et démangeaisons, de la toux et des difficultés à respirer, et ce au simple contact d'acariens, de poils de chat, de particules polluantes ou de pollens disséminés par le vent. Avec des périodes culminantes comme l'arrivée du printemps, porteur de son fameux rhume des foins, ou les pics de pollution comme celui qui vient de sévir sur une grande partie de la France.
Loin d'être anodin, ce mal en augmentation exponentielle sur toute la planète est en passe de compter parmi les pathologies du siècle. L'OMS classe les allergies au 4e rang des maladies chroniques dans le monde. Plus inquiétant encore, l'organisation estime que, d'ici à 2050, 1 personne sur 2 sera allergique. En France, 15 millions de personnes en souffrent aujourd'hui, soit 20 % de la population. Un nombre qui double quasiment tous les 10 ans, et notamment chez les enfants et les adolescents. Mais d'où nous viennent ces allergies et pourquoi cette soudaine flambée, alors que la maladie n'était pas un sujet dans les années 50, 60 et même 70 ? "L'allergie, c'est une réponse inappropriée et excessive du système immunimire lorsque l'organisme est mis en contact avec une substance étrangère identifiée à tort comme dangereuse, explique Denise-Anne Moneret-Vautrin, professeur à la faculté de médecine de l'université Henri-Poincaré de Nancy. C'est une maladie multifactorielle, complexe, qui naît de la rencontre d'une prédisposition génétique avec plusieurs facteurs environnementaux. Elle peut survenir à tout moment, à n'importe quel âge".
En fait, il s'agit d'une défaillance du système immunitaire qui se met en branle mal à propos. Et ce dysfonctionnement peut avoir une multitude de facteurs déclenchant. Le plus notoire et le plus répandu reste le pollen. Le mal est saisonnier. Il apparaît au printemps et disparaît en été. Il se manifeste par des crises d'éternuements, des démangeaisons nasales, des conjonctivites, le nez qui coule, avec le risque de complications et de dérive vers un asthme chronique. Or la maladie semble se développer alors qu'il n'y a pas plus d'arbres ou de fleurs qu'auparavant. Et peut-être même moins, compte tenu de l'urbanisation galopante. Que s'est-il passé ? Les pollens ont-ils changé ? Notre organisme y est-il plus sensible ? Les allergologues mettent en cause la pollution de l'air et les particules dégagées par les gaz d'échappement des automobiles. "Ces derniers libèrent du dioxyde d'azote (NO2), lequel pourrait modifier la structure biochimique des pollens et stimulerait leur puissance, explique le Pr Michel Aubier, chef du service de pneumologie de l'hôpital Bichat. Les allergènes fixés sur les particules émises par les moteurs diesel pénètrent aussi plus profondément dans l'appareil respiratoire". Le dioxyde d'azote pourrait même, selon les travaux d'un chimiste allemand, Ulrich Poschl, rendre allergènes des protéines issues de pollens a priori inoffensives. De quoi s'alarmer.
Plus pernicieux encore, l'ennemi se nicherait jusque dans nos alcôves et s'épanouirait dans nos intérieurs de plus en plus confinés et le plus souvent mal ventilés et mal aérés. Christine Rolland, directrice de l'association Asthme & Allergies, observe que : "L'origine de la flambée d'allergies est concomitante au premier choc pétrolier. Un événement à l'origine de mesures d'économies d'énergie dont l'isolation et le calfeutrage des habitations". Celles-ci sont devenues de vrais bouillons de culture où prolifèrent microbes, acariens et moisissures. De fait, la pollution intérieure serait de loin la plus grande pourvoyeuse de maladies respiratoires, selon les allergologues, qui ne disposent toutefois pas de données chiffrées à l'appui de leurs observations. Mais il faut savoir que nous passons en moyenne 22 heures par jour en espace clos. Et, si dans les bâtisses anciennes, l'air se renouvelle toutes les 30 minutes en moyenne, il faut compter au moins 10 heures dans un bâtiment moderne bien isolé. En outre, les rejets de tabac, le monoxyde de carbone et les substances chimiques et composés organiques volatiles issus des peintures et autres produits d'entretien amplifient le phénomène. Le cocktail d'allergènes est plus agressif et nocif en intérieur qu'à l'extérieur.
Nos amies les bêtes ont aussi leur part de responsabilité. Qu'elles soient domestiques ou exotiques. L'allergène se dissimule dans leurs poils, leur salive, leurs débris de peau... Sans oublier les méfaits de nouveaux intrus aussi inattendus qu'improbables. Le Pr Michel Aubier cite ainsi la coccinelle Harmonia axyridis, originaire d'Asie, introduite dans les jardins pour lutter naturellement contre les pucerons et qui envahit les habitations durant l'hiver. Sans parler d'objets aussi insoupçonnables que les oreillers bio en cosse de sarrasin.
Le mal est partout. Il est aussi grandement dans nos assiettes. Dans les pays industrialisés, les allergies alimentaires (à distinguer des intolérances alimentaires, qui ne font pas intervenir le système immunitaire et ne présentent pas les mêmes symptômes) affecteraient 10 à 25 % des enfants et jusqu'à 10 % des adultes. Celles-ci sont d'autant plus sournoises qu'elles risquent d'entraîner des réactions violentes comme un odème de Quincke ou un choc anaphylactique. On compte officiellement plus d'une centaine d'allergènes mais, selon le Pr Denise-Anne Moneret-Vautrin : "Tout aliment risque de provoquer une allergie. Les échanges et l'arrivée de nouveaux produits alimentaires, tels les fruits exotiques, comme les kiwis, en ont fait la démonstration". Et les procédés de fabrication renforcent le phénomène. Le Pr Moneret-Vautrin note une intensification de la fréquence des consultations dans les années 1985-1990, qui coïncident avec l'essor de l'alimentation industrielle. "Le fait d'ajouter des substances ou d'isoler des protéines pour les incorporer dans des aliments, sans leur matrice complexe, a eu pour effet d'agir négativement sur la flore intestinale".
Enfin, et surtout, les allergologues s'interrogent sur l'effet pervers d'une trop grande hygiène face aux germes et autres microbes. Assainissement des eaux, stérilisation généralisée, usage intensif des antibiotiques ont détruit des micro-organismes, qu'ils soient bons ou mauvais. Plusieurs études ont montré que les nouveau-nés exposés, tôt dans leur vie, à un large éventail de bactéries, ont beaucoup moins de risques de développer des réactions allergiques plus tard. Les chercheurs ont par ailleurs observé que les bébés nés par voie basse sont moins soumis aux allergies que ceux nés par césarienne. Notre mode de vie, que l'on souhaite toujours plus aseptisé, deviendrait ainsi notre talon d'Achille. Et, au lieu d'être mithridatisé, notre système de défense s'en trouverait affaibli. En fait, la stimulation précoce du système immunitaire par certaines bactéries joue un rôle de prévention des maladies allergiques. Pire encore, nous pourrions être conditionnés par un environnement allergène. "De récents travaux montrent que la qualité de l'environnement dans lequel évolue une femme enceinte aura des conséquences sur la formation du système immunitaire de l'enfant à naître, affirme le Pr Pascal Demoly, du CHU de Montpellier. La fumée de tabac, la pollution atmosphérique, l'exposition aux parasites, l'alimentation ou les médicaments peuvent agir et modifier l'expression des gènes de l'embryon, le rendant plus sujet à déclencher une allergie".

Le printemps est bien arrivé (->), et les températures douces ont favorisé l'arrivée des pollens, notamment ceux des bouleaux dans le nord et l'est de la France et ceux des cyprès sur le pourtour méditerranéen, tandis que les pollens d'aulne, de peuplier, de noisetier, de saule et de frêne sont présents sur tout le territoire. Pour les semaines à venir, le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) prévoit une forte activité des pollens de bouleau sur presque tout le territoire et un pic de pollens de graminées à partir du mois de mai. Mais tout dépend de la météo. Et la nature est imprévisible.

La situation, on le voit, s'avère pour le moins complexe, ce que confirment les atermoiements et volte-face de nos allergologues, qui tâtonnent, conseillent et déconseillent. Ainsi, après avoir incité les mamans à avancer la diversification alimentaire de leurs jeunes enfants, ils recommandent l'inverse face à l'échec de cette stratégie. De même, après avoir mis en cause la consommation de produits à base d'arachide chez la femme enceinte, ils estiment aujourd'hui, en s'appuyant sur de nouvelles études, que cette consommation est sans danger. C'est peu dire qu'en la matière, il n'y a guère de certitudes. Reste que pour ceux qui souffrent d'allergie, la vie est compliquée, même si la pathologie est trop souvent banalisée. "Et pour les enfants, toujours plus nombreux à souffrir d'allergies alimentaires, le parcours du combattant est de tous les instants, témoigne Christine Rolland. Il faut éviter les allergènes à la maison, à l'école, à la cantine, en vacanes"...
Face à ce fléau croissant, pourtant, la lutte s'organise. Un peu dans tous les sens, et de façon parcellaire. S'agissant des pollens, des réseaux de surveillance ont été mis en place et une proposition de loi a été déposée pour lutter contre l'ambroisie, allergène par excellence, qui ne cesse de proliférer (voir encadré). Les industriels de l'agroalimentaire réagissent, de leurs côtés, en proposant des produits sans gluten et sans lactose. Un marché en progression de 10 % par an. Et des réglementations viennent imposer aux produits de grande consommation un étiquetage signalant la présence d'allergènes. Des mesures que les associations jugent encore très insuffisantes face à l'ampleur de ce fléau dans l'air du temps.

LA LUTTE CONTRE L'AMBROISIE S'ORGANISE
Orginaire d'Amérique du Nord, l'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia L) a envahi le teeritoire européen. En France, elle s'est particulièrement bien implantée dans la Région Rhône-Alpes, où elle prolifère dans tous les départements, jusqu'en Savoie. Mais elle colonise aussi la Bretagne, le Poitou-Charentes ou encore la Bourgogne... Les allergies provoquées par son pollen débutent vers la mi-août et se prolongent jusqu'en octobre avec un pic d'intensité en septembre. Son pouvoir allergénique est tel - 10 à 12 % de la population en souffre en Rhône-Alpes - qu'une proposition de loi visant à organiser et renforcer la lutte contre cette herbacée a été déposée par le député UMP de l'Isère, Alain Moyne-Bressand, en avril dernier, mais renvoyée en commission par les députés socialistes. Cependant, des arrêtés "anti-ambroisie" ont été promulgués dans une quinzaine de départements et, sur le terrain, le combat s'organise. Certaines communes mènent des campagnes de sensibilisation auprès des agriculteurs et des particuliers, afin qu'ils effectuent les arrachages, fauchages ou désherbages chimiques avant sa pollinisation. Pour connaître le risque dans votre région, consultez l'Observatoire de l'ambroisie (www.ambroisie.info).

Pour en savoir plus : www.asthme-allergies.org

M.B-C. - LE FIGARO MAGAZINE > Mars > 2014

Le Top 10 des Allergènes

Quelle est l'allergie qui vous guette ? De l'acarien à l'arachide, du pollen aux hyménoptères, voici les allergènes les plus fréquents. Les identifier permet de mieux les éviter.

1/ LES ACARIENS

À eux seuls, les acariens sont responsables de 65 à 90 % des asthmes de l'enfant, selon les pays. Ces insectes minuscules, invisibles à l'oil nu, appartenant à l'ordre des arachnides, sont présents par millions dans nos habitations. Un gramme de poussière peut contenir de 2000 à 10.000 acariens.
Ils vivent durant 2 à 3 mois mais se reproduisent très vite dans des conditions de chaleur (température comprise entre 20 et 30°C) et d'humidité favorables. On distingue les acariens de stockage et les acariens pyroglyphides. Les premiers affectionnent les granges, greniers et entrepôts et affectent particulièrement certaines professions, comme les ouvriers agricoles ou les boulangers. Les acariens pyroglyphides se nichent, quant à eux, dans les lits, la moquette, les tapis, les peluches et sont responsables de la majorité des rhinites et des asthmes allergiques de la population. Souvent, cette allergie s'accompagne d'une intolérance aux escargots, aux crevettes, aux crustacées et aux blattes.

2/ LES POLLENS

C'est l'une des allergies les plus fréquentes et les plus simples à identifier. Elle se manifeste par des crises d'éternuement, des démangeaisons nasales, des conjonctivites et des problèmes respiratoires. C'est le fameux rhume des foins. La pollinose se traduit parfois par de l'asthme et peut être à l'origine de complications comme la sinusite inflammatoire, ou la bronchite.
L'allergie concernerait 15 à 20 % de la population française, chaque région ayant ses pollens dédiés. C'est ainsi que l'on constate de nombreuses réactions aux pollens de cyprès dans le Sud-Est, à ceux du bouleau dans le Nord et l'Est, à ceux de l'ambroisie dans la vallée du Rhône. Traditionnellement, on compte 3 saisons des pollens. Les troubles débutent en février-mars avec l'apparition des pollens d'arbres - aulne et frêne, bouleau et cyprès en mars-avril, chêne et platane en avril-mai et se poursuivent avec les pollens des graminées puis ceux des herbacées. L'ennemi est imprévisible, son arrivée comme sa concentration varient d'une année sur l'autre, en fonction de la météo. Des températures hivernales douces, des pluies abondantes et un ensoleillement minimal sont des conditions favorables à une production de pollen optimale. Les bulletins diffusés par le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) permettent de suivre leur évolution (www.pollens.fr). À noter : On constate de plus en plus d'allergies croisées chez les personnes qui en souffrent. Ainsi, Celles sensibilisées aux pollens de bouleau le sont-elles aussi souvent aux rosacées (pommes, pêches, cerises, abricots...).

3/ LES ALIMENTS

Tous les pays industriels connaissent une forte croissance des allergies alimentaires. En France, on estime sa fréquence à 4,7 % chez l'enfant et 3,2 % chez l'adulte. Parmi les plus couramment rencontrées, l'allergie au lait de vache (PLV, pour protéine du lait de vache) frappe très tôt, avec les premiers biberons, et se manifeste par de l'urticaire, des vomissements et des problèmes gastro-intestinaux. Cependant, dans 80 à 90 % des cas, cette sensibilisation disparaît avant l'âge de 3 ans, à condition de fuir tout contact avec l'allergène. Ce qui n'est pas aisé car le lait de vache est présent dans les fromages, les yaourts, les gitteaux et se dissimule aussi dans les produits diététiques ou les excipients à base de lactose.
Par ailleurs, on constate des allergies croisées avec d'autres laits, ainsi qu'avec le soja, l'arachide et l'ouf. Ce dernier compte également parmi les grands allergènes alimentaires, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Les protéines allergisantes se trouvent dans le blanc plus que dans le jaune et provoquent la plupart du temps de l'urticaire ou de l'eczéma. Souvent, l'allergie à l'ouf disparaît d'elle-même. Le gluten fait aussi de plus en plus de victimes. La substance serait insupportable pour 60.000 personnes en France et l'on estime à 240.000 le nombre de sujets qui développent une intolérance mais sans symptômes apparents. Ces symptômes sont variables selon les sujets, mais le plus souvent digestifs : nausées, douleurs abdominales, vomissements, avec toutefois le risque d'une anaphylaxie aiguë incluant asthme, choc et mort subite. Cette allergie est d'autant plus handicapante qu'elle est persistante. C'est la plus fréquente au-delà de l'âge de 3 ans. L'arachide, tout comme 14 autres ingrédients (gluten, oufs, lait, poisson, moutarde, soja, sésame, crustacés, lupin, céleri, fruits à coques, sulfites, mollusques) est à déclaration obligatoire sur tout produit alimentaire, même sous une forme modifiée.

4/ LES ANIMAUX DOMESTIQUES

Les animaux domestiques sont, après les pollens et les acariens, de grands responsables d'allergies respiratoires. Les allergènes se répandent par les poils, la salive, la transpiration, les débris de peau.
Les allergènes du chat s'avèrent particulièrement puissants et durables puisque l'animal laisse des rémanences plusieurs mois après son départ. Mais tous les petits animaux de la maison - hamsters, lapins, rongeurs...- peuvent aussi être la source de réactions allergiques, de même que les animaux d'élevage (bovins) et de course (chevaux) à l'origine d'allergies professionnelles chez les vétérinaires, les éleveurs ou les agriculteurs. Les symptômes sont identiques à ceux de la rhinite, parfois accompagnées de poussées d'urticaire aiguës, voire - plus rarement - d'un odème de Quincke. La meilleure des préventions est encore l'éviction.

5/ LES MÉDICAMENTS

Les antibiotiques, et en priorité la pénicilline et ses dérivés ou les sulfamides, sont les principales substances concernées par les allergies médicamenteuses. Mais les anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l'ibuprofène, l'aspirine, les produits anesthésiques (curares), les vaccins, les produits iodés de contraste utilisés pour certains examens radiologiques sont aussi susceptibles de déclencher une réaction allergique, alors même qu'ils ont été antérieurement bien supportés.
Le plus souvent, le symptôme se caractérise par une éruption cutanée après quelques jours de traitement, mais un choc anaphylactique peut survenir. Ainsi, l'expérience vécue en 1998 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, est restée dans les mémoires. Hospitalisé au Val-de-Grâce pour une banale opération de la vésicule biliaire, il est victime d'une allergie au curare et sombre dans le coma après un arrêt cardiaque. Heureusement, ces accidents graves sont exceptionnels.

6/ MOISISSURES

De 5 à 10 % de la population serait allergiques aux moisissures. On en trouve à l'intérieur comme à l'extérieur des habitations. Elles sont véhiculées par l'air, inhalées par tous et provoquent des épisodes de rhinites, des conjonctivites et de l'asthme.
Sur les 80.000 espèces de champignons, 4 genres sont particulièrement impliqués dans les allergies. Les Aspergillus se développent sur les matières organiques en décomposition, dans les sols, les poussières, les vêtements, les climatiseurs, les humidificateurs... avec un pic reproductif en autonme et en hiver. Ce sont les plus redoutables. La chaleur, l'humidité et l'absence de ventilation favorisent leur développement. Les Alternaria sont tout aussi irritants. Ces champignons d'intérieur prospèrent durant l'été, sur la paille et le chaume, mais s'installent aussi à l'intérieur des habitations sur le cuir, les textiles ou les denrées alimentaires. Les Penicillium ne sont pas à négliger. Ils se développent toute l'année, sur les matériaux ou les végétaux en décomposition, de même que les Cladosporium qui se fixent aux plantes, surtout en été.

7/ LES HYMÉNOPTÈRES

Les venins des hyménoptères (guêpes, abeilles, frelons, fourmis) suscitent parfois des allergies sévères. On dénombre 3 à 5 cas mortels chaque année. Pas de panique si la réaction se manifeste par un simple gonflement à l'endroit de la piqûre.
L'érythème est sans gravité et disparaîtra dans les 24-48 heures. En revanche, des vertiges, de l'urticaire, des nausées ou des difficultés respiratoires sont les signes d'une réaction allergique, qui justifie d'appeler le Samu. On traite cette allergie à l'aide de médicaments antihistaminiques, mais il faut savoir que la désensibilisation est efficace dans plus de 95 % des cas.

8/ LE LATEX

Issu de la sève d'un arbre (Hevea brasiliensis), le latex entre dans la composition de produits courants (gants, lunettes de natation, jouets et matériels médicaux...). Cette allergie concerne de 1 à 5 % de la population.
Sa prévalence augmente chez les personnes particulièrement exposées, et notamment le personnel medical, qui compterait 5 à 22 % d'allergiques. Les symptômes apparaissent quelques minutes après un contact : conjonctivite, rhinite, asthme, urticaire, odème de Quincke, et parfois un choc anaphylactique. Dans un tiers des cas, les personnes allergiques au latex souffrent d'allergies alimentaires croisées avec de nombreux fruits et légumes dont l'avocat, le concombre, la banane, le kiwi, les fruits de la passion, le raisin...

9/ LES COSMÉTIQUES

Le contact avec des produits de beauté, parfums, lingettes nettoyantes, savons, shampoings, peut produire un effet dévastateur : rougeurs, eczéma, urticaire... L'allergie provient notamment des conservateurs et des émulsifiants qui recèlent des allergènes synthétiques (le citronellal par exemple) ou naturels (lavande, citronnelle...).
Certains sont connus et étiquetés, mais d'autres apparaissent depuis peu. C'est le cas d'un nouveau conservateur, le methylisothiazolinone (MIT), largement utilisé dans les cosmétiques en remplacement des parabens, accusés d'être des perturbateurs endocriniens. Selon la Société française de dermatologie, il entraîne un nombre croissant d'irritations et d'eczémas, avec parfois une gène respiratoire et des irritations des muqueuses.

10/ LE NICKEL

Des accessoires comme les fermetures à glissière, les boutons des jeans, les montures de lunettes, les bijoux fantaisie, les ceintures... sont à l'origine d'allergie de contact.
Au banc des accusés : le nickel, mais aussi le chrome ou le cobalt. Le nickel fait de nombreuses victimes chez les adeptes du piercing. Le mal se repère rapidement par la survenue de dermatites dans les zones directement en contact avec l'objet métallique.

M.B-C. - LE FIGARO MAGAZINE > Mars > 2014

La Pollution Alliée des Allergènes

Les pics de particules l'hiver ou les pics d'ozone l'été favorisent et enveniment allergies et crises d'asthme.

La pollution atmosphérique aggrave les allergies et exacerbe les crises d'asthme. Elle favorise aussi la sensibilisation des sujets prédisposés. C'est un fait reconnu et bien connu. Celle que nous venons de vivre en France est loin d'être exceptionnelle, se reproduisant souvent l'hiver, en fonction des conditions météorologiques.
Les fines particules, en suspension dans l'air, proviennent des moteurs diesel non équipés de filtres à particules, mais aussi de l'industrie, du chauffage individuel au fioul et au bois et de l'épendage agricole. D'un diamètre égal ou inférieur à 10 microns, lesdites particules ont pour effet d'altérer la paroi des pollens et de libérer plus facilement les allergènes qui se diffuse ainsi en plus grand nombre. Les minuscules grains de pollen viennent s'agréger sur les particules qui servent de cheval de Troie et pénètrent plus profondément encore dans l'appareil respiratoire, créant des inflammations et favorisant le déclenchement de crises d'asthmes. L'effet est immédiat : irritations du nez, des yeux, de la gorge, toux, essouflement, maux de tête. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, de même que les fumeurs ou les personnes souffrant de maladies respiratoires. "En dehors de ces pics, la pollution chronique est encore plus néfaste, car elle augmente la réaction bronchique et favorise la production d'IgE, une classe spécifique d'anticorps", explique Denis Charpin, chef du service du pneumologie-allergologie au CHU de Marseille. Il a aussi été démontré que la pollution chronique, qu'elle émane des particules (en hiver), ou de l'ozone (en été), a un impact sur la survenue de maladies cardiovasculaires, de cancers et aussi sur l'espérance de vie.
Faut-il pour autant rester chez soi ou sortir masqué ? "Non, tempère le Pr Daniel Vervloet, président de l'association Asthme & Allergies. Il ne s'agit pas de rester cloîtré à son domicile, d'autant que les habitats sont loin d'être exempts de polluants et d'allergènes, mais d'éviter de faire du sport en extérieur durant ces épisodes. Et les sujets sensibilisés ne doivent pas hésiter à suivre ou à reprendre leur traitement". C'est en ville et dans les milieux industrialisés que l'on observe le plus de pollinoses. Et c'est aussi, selon l'Ademe, en zone urbaine que l'on relève les niveaux les plus élevés de particules, et notamment à proximité des voies routières. Fréquemment, la France, comme d'autres pays, dépasse alègrement les valeurs limites européennes, à savoir une concentation annuelle de 40 microgrammes de particules dits PM 10 (dont le diamètre est inférieur à 10 microns) par m³ et une concentration journalière de 50 microgrammes par m³ à ne pas outrepasser plus de 35 jours par an. Résultat : l'OGN Ecologie sans frontière, dénoçant "des dizaines de milliers de morts par anticipation et des centaines de milliers d'hospitalisations pour des problèmes cardio-vasculaires" liés chaque année à la pollution de l'air, a annocé son intention de déposer plainte contre X. Et contre tous !

M.B-C. - LE FIGARO MAGAZINE > Mars > 2014
 

   
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