C'est une révolution dans l'approche des maladies auto-immunes : traitées à l'arsenic, des souris ont guéri d'affections incurables ! Preuve que c'est la dose qui fait le poison. C'est le poison par excellence. Il a inspiré à Flaubert la fin de Madarne Bovary et au cinéaste Frank Capra, ses "vieilles dentelles". Or l'arsenic, l'arme fatale désignée, pourrait bien se hisser au rang de... remède miracle ! Certes, on sait, depuis l'Antiquité, qu'il peut, à faible dose, trouver des usages thérapeutiques. Depuis peu, on l'utilise même en cancérologie. Mais cette fois, ce sont d'autres maladies encore incurables qu'il pourrait bien guérir. C'est ce que suggèrent les résultats de l'étude menée sur des rongeurs par Mounira Chelbi-Alix, du CNRS, et Pierre Bobé, de l'université Paris-Sud. LEUR ESPÉRANCE DE VIE A TRIPLÉ Ces biologistes ont administré de l'arsenic à des souris atteintes de maladies auto-immunes, ou systémiques (tels le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, voir "Enjeux") à la suite d'une modification génétique. Et là, surprise : le résultat a été de... 100 % de guérisons ! Mieux, l'espérance de vie des rongeurs est passée de quatre mois sans traitement à deux ans : autant que leurs congénères non-modifiés ! Une découverte qui ouvre la voie à la recherche de nouveaux traitements humains, même s'il est encore trop tôt pour crier victoire.
Mounira Chelbi-Alix, se souvient : "Après une série d'essai plus ou moins fructueux, les médecins chinois peut-être en désespoir de cause, ont decidé d'administrer de l'arsenic à leurs patients. Contre toute attente, ils ont observé de spectaculaires rémissions !" L'explication du phénomène ne tardera pas : en 1996, l'équipe de Shanghaï montre que l'arsenic induit une rémission de la maladie par apoptose des cellules leucémiques. Et l'année suivante, avec l'équipe française, elle montre que l'arsenic détruit la protéine anormale. ET PAS D'EFFETS SECONDAIRES... L'expérience a lieu en 2002 : quotidiennement, pendant 35 jours, des souris MRL/lpr mourantes, atteintes d'une hypertrophie de la rate et des ganglions, de lésions des poumons, des reins, de la peau, des oreilles ou des glandes lacrymales, reçoivent une injection de 5 microgrammes de trioxyde d'arsenic (AS2O3) par gramme. Les chercheurs n'en croient pas leurs yeux. "C'était incroyable ! raconte Mounira Chelbi-Alix. L'ensemble des lésions cutanées avait disparu ! "Pour en avoir le cour net, ils sacrifient quelques souris miraculées sur l'autel de la science : "Les lésions internes des poumons et des reins avaient elles aussi disparu, la rate et les ganglions avaient retrouvé un aspect et une taille normaux !", s'enthousiasme Pierre Bobé. Mieux encore, tous les dosages sanguins d'auto-anticorps et de cytokines inflammatoires indicateurs de maladies systémiques étaient revenus à la normale.
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