Le Médicament qui Protège de Tout |
Prendre chaque jour une petite pilule pour voir s'éloigner le spectre du cancer, de l'Alzheimer ou de l'infarctus ? Voici que des médicaments relèvent le défi : les prendre quotidiennement préviendrait contre les maladies qui, avec le temps, nous menacent tous ! Dossier spécial sur trois "panacées" au potentiel révolutionnaire pour la médecine... et pour nos vies.
Tenir entre ses mains une pilule capable à elle seule de maintenir l'organisme à l'abri des vicissitudes de l'âge et de son cortège de maladies chroniques. Une substance qui empêcherait le franchissement de la limite, souvent ténue, qui sépare le fonctionnement normal de l'organisme, des processus pathologiques qui lentement grippent la belle mécanique des organes, des tissus et des cellules qui le constituent. Une telle pilule du bien-être peut-elle réellement exister ? Comment ne pas voir au travers de cette quête l'espoir insensé d'un retour à un âge d'or mythologique, comme celui décrit par le Grec Hésiode, où "la vieillesse importune n'existait pas. Les pieds, les mains conservaient toujours la même agilité, on mourrait comme on s'endort quand on tombe de sommeil" ? Un rêve inatteignable. Et pourtant...
Et pourtant, depuis quelques années, c'est bien cette incroyable perspective médicale qui se dessine... En ces temps troublés pour les médicaments, où les risques associés à leur consommation font l'objet de mises en garde répétées et argumentées, trois molécules ne cessent pourtant d'étonner les scientifiques par leur caractère "pléiotropique", c'est-à-dire leur capacité à agir simultanément sur des processus biologiques très divers. Rien de moins que le cancer, les affections cardiovasculaires et les maladies neurodégénératives, qui connaissent tous une expansion galopante (voir ci-contre). C'est donc à un combat totalement inédit que pourraient se livrer trois panacées potentielles contre trois des principaux fléaux du XXIè siècle... Si les expérimentations biologiques et les études épidémiologiques en cours valident cette potentielle révolution médicale. Et le plus étonnant est qu'il ne s'agit pas de fantastiques innovations surgies des laboratoires, aboutissements des progrès des biotechnologies triomphantes de ces dernières années... C'est même tout le contraire.
La piste la plus avancée porte en effet sur un des remèdes les plus utilises, et même souvent sans contrôle. Une molécule si connue et depuis si longtemps que certains la considèrent davantage comme une sorte de produit de grande consommation que comme un médicament : l'aspirine. Oui, l'acide acétylsalicylique n'est jamais autant apparu sous les feux de la rampe. Son pouvoir protecteur du système cardio-vasculaire, qui est déjà bien connu, ne cesse de se renforcer et, surtout, il est complété - avec un faisceau d'indices très concordants - par des vertus protectrices contre certains processus de cancérisation, et même, plus récemment, de déclin cognitif.
Infarctus, cancer, maladie d'Alzheimer... La liste des maux contre lesquels la deuxième molécule en lice pourrait former un rempart est aussi impressionnante. Son nom ? La metformine. Celle-ci non plus n'est pas de prime jeunesse. Moins connue du grand public que l'aspirine, elle est l'un des plus anciens et plus prescrits des antidiabétiques, et le concurrent le plus sérieux de l'aspirine au titre de panacée. Enfin, il y a les statines, même si les études sont à leur suiet moins avancées et les espoirs plus nuancés : déjà largement prescrites trop selon certains en prévention des accidents cardio-vasculaires, elles révèlent de très surprenantes facultés aux chercheurs qui s'évertuent, entre autres, à enrayer le processus de cancérisation. Aspirine, metformine, statines... Même si ces trois molécules n'ont rien à voir entre elles, même si elles n'atteignent pas le même niveau de preuve (les statines ne sont encore qu'une piste intrigante, la metformine est déjà un candidat plein d'espoirs quand l'aspirine est un postulant bien installé), même si aucune n'a encore démontré assez clairement une susceptible de changer les pratiques médicales, chacune agite la même promesse : celle qu'une prise systématique et quotidienne savamment dosée permettrait de faire baisser considérablement le risque de maladies chroniques liées à la "vieillesse importune" d'Hésiode. Le rêve de la pilule de jouvence. Du médicament qui protège de tout. Comme un legs précieux venu du siècle dernier, ces trois molécules abordent en panacées potentielles le prochain millénaire.
Attention ! Il est beaucoup trop tôt pour se précipiter à la pharmacie et se lancer seul dans une médication quotidienne. Il faudra beaucoup plus de certitudes pour imaginer donner pendant des années, voire des décennies, à des populations bien portantes ce qui reste avant tout un médicament. De fait, il s'agit là de substances actives qui peuvent avoir des effets bénéfiques, mais aussi des effets indésirables. C'est pourquoi personne n'imagine mettre demain ces médicaments dans les biberons, afin d'assurer aux enfants une vie sans maladie. Ni remplacer les célèbres "cinq fruits et légumes" par des campagnes vantant les vertus de "deux à trois cachets par jour". Et encore moins prôner leur consommation régulière aux dépens d'un mode de vie sain (voir ci-dessous). Même si, dans le cas de l'aspirine, l'idée d'inciter des pans de la population (selon le seul critère de l'âge) à prendre quelques milligrammes quotidiens est déjà prônée par des médecins pionniers.
D'ABORD UN MODE DE VIE SAIN
Dans la quête d'une pilule "miracle", il est un point sur lequel tous les médecins se retrouvent : le mode de vie d'un individu reste le plus puissant des leviers pour améliorer son état de santé. Les agences sanitaires sont unanimes : pour tenir à distance les maladies liées à l'âge, rien ne vaut d'arrêter de fumer, de ne pas consommer trop d'alcool, d'adopter un régime alimentaire équilibré, de lutter contre la sédentarité. Autant d'objectifs qui, s'ils étaient visés par tous, permettraient de réduire drastiquement les risques de développer de nombreuses maladies chroniques. |
Au-delà de la nécessaire validation des bénéfices face aux risques, la promotion de tels traitements exige de savoir comment une molécule peut agir sur des fronts différents. Un caractère pléiotropique à rebours de ce que la recherche produit ces dernières décennies : des molécules ciblées agissant sur un rouage biologique spécifique. Avec leurs actions multiples et mystérieuses pour la plupart, ces vieilles molécules sont un véritable casse-tête pour les chercheurs. Les pouvoirs anti-inflammatoires de l'aspirine ou des statines sont-ils vraiment à la base de leurs actions ? L'impact sur la production d'énergie des cellules peut-elle être à l'origine d'un effet bénéfique de la metformine comparable à celui d'une diète calorique drastique ? Beaucoup d'autres questions... et des pistes se dégagent. Autant de perspectives inattendues sur les rouages de notre corps laissant espérer que ceux de la maladie et les secrets de la vie en pleine santé s'éclairent d'une lumière inédite.
C.T. - SCIENCE & VIE > Décembre > 2012 |
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Aspirine : elle Cacherait une Véritable Panacée |
Le plus célèbre des anti-inflammatoires cumule les bienfaits cachés : contre les accidents vasculaires et le cancer, voire le déclin cognitif.
L'information commence à bruisser dans les couloirs des cabinets médicaux. Il existerait une simple molécule capable de réduire drastiquement les risques d'accidents vasculaires et de cancers, et peut-être même de ralentir le vieillissement du cerveau... Une panacée qui protège des trois plus grands fléaux du monde occidental ? "J'en prends régulièrement", confie de but en blanc Peter Rothwell. Ce neurologue de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) n'a rien d'un farfelu, il est même l'un des spécialistes mondieux du sujet. En France, à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le gastro-entérologue Robert Benamouzig, très en pointe également, n'hésite pas, lui, à confier qu'il en à "déjà prescrit plusieurs fois cette année". Mais quelle est cette molécule miracle ? Le dernier-né de le recherche sur les nano-médicaments ? Une nouvelle biothérapie issue du génie génétique ? Rien de tout cela. Simplement... cette bonne vieille aspirine.
Quand le chimiste allemand Felix Hoffmann synthétisait en 1897 l'acide acétylsalicylique, il était loin de se douter qu'il était peut-être en train de découvrir ce qui pourrait devenir le remède miracle du XXIè siècle... Le rôle de l'aspirine dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, reconnu aujourd'hui, a en effet été longtemps ignoré, car ce médicament fut d'abord développé pour lutter contre la fièvre, les rhumatismes et, plus généralement, les douleurs. C'est seulement en 1967, en cherchant à comprendre pourquoi la prise d'aspirine entraînait parfois des hémorragies, qui constituent d'ailleurs l'effet indésirable le plus redouté, que des chercheurs américains ont découvert son effet anticoagulant. À émergé alors l'hypothèse, aujourd'hui définitivement confirmée, d'un rôle préventif de l'aspirine contre certains infarctus et accidents vasculaires cérébraux.
Mais la véritable surprise de ce début de siècle, c'est le rôle de cette molécule dans la prévention du cancer. Peter Rothwell, le chercheur d'Oxford, défend cette hypothèse depuis des années. Et grâce à lui, elle est aujourd'hui plus forte que jamais. Il a en effet publié en mai dernier une impressionnante analyse de la quasi-totalité des publications scientifiques des vingt dernières années sur le sujet, qui lui permet de conclure à l'efficacité de la molécule contre de nombreux cancers. "Et cela marche même à de très faibles doses", s'enthousiasme Peter Rothwell. Soit moins de 300 milligrammes par jour. Au départ, l'hypothèse a surgi tout à fait par hasard. En 1988, des chercheurs australiens tentaient de déterminer si certaines maladies ou traitements médicaux augmentaient le risque de développer un cancer du côlon. En étudiant l'histoire médicale de 1500 personnes, dont la moitié atteinte de ce cancer, ils découvrent alors, à leur grande surprise, que le risque d'en développer un est 40 % plus faible chez les personnes prenant régulièrement de l'aspirine. Dans les années qui suivent, le postulat tend à se confirmer dans le cas de ce cancer, mais les résultats sont plus contradictoires pour les autres. Puis, coup de tonnerre cette année, après avoir additionné toutes les données, pour la première fois, Peter Rothwell fait pencher définitivement la balance : l'aspirine démontre clairement son rôle préventif sur de nombreux cancers. Sa prise quotidienne, pendant plusieurs années, préviendrait notamment l'apparition des leucémies et de certains cancers gastriques, de l'œsophage et des voies biliaires. Ce que confirme le gastro-entérologue Robert Benamouzig : "On a un niveau de preuve qu'on retrouve pour très peu de produits au monde".
Comment une seule molécule peut-elle prévenir l'apparition de toute une variété de cancers ? Les chercheurs n'ont pas encore de réponse ferme et définitive... mais plusieurs hypothèses. Longtemps, une seule a prévalu. La botte secrète de l'aspirine se trouverait dans son action anti-inflammatoire. L'hypothèse est séduisante car l'inflammation chronique est connue pour être un des processus biologiques qui rongent lentement le corps vieillissant à l'origine de nombreux cancers. Mais cette piste est aujourd'hui remise en question. Il semblerait en effet qu'aux très faibles doses auxquelles elle produit son effet anticancéreux, l'aspirine n'ait pas d'action anti-inflammatoire directe. Plusieurs explications se concurrencent donc aujourd'hui, passant notamment par une action anti-inflammatoire indirecte aux mécanismes encore mal définis (infographie ->), ou par la capacité de l'aspirine à aider certaines cellules du corps, vieilles ou abîmées, à mourir avant qu'elles ne puissent devenir cancéreuses. "C'est compliqué, car l'aspirine agit sur de nombreuses voies différentes en même temps", admet Peter Rothwell. Et alors que les chercheurs sont déjà dépassés par la variété des actions biologiques de l'aspirine, voilà qu'un autre rôle de la molécule se révèle : la prise régulière d'aspirine protégerait aussi des démences et du déclin cognitif liés au vieillissement.
Cette hypothèse a véritablement émergé en 1990, quand des chercheurs canadiens ont découvert que les personnes atteintes d'arthrite rhumatoïde, qui prenaient régulièrement des anti-inflammatoires, et notamment de l'aspirine, étaient jusqu'à douze fois moins atteintes de la maladie d'Alzheimer. Si des travaux contradictoires ont été menés depuis, une étude suédoise vient de démontrer, sur des femmes à risque élevé d'accident cardio-vasculaire, un effet protecteur de la prise d'aspirine sur le déclin cognitif. Selon les auteurs de l'étude, cet effet passerait par une augmentation du flux sanguin dans le cerveau (voir infographie). Silke Kern, chercheuse à l'université de Göteborg (Suède) et première auteur de l'étude, en est persuadée : "La piste de l'aspirine pour protéger le cerveau du déclin cognitif et de la démence est sérieuse. Mais, reconnaît-elle, il est bien trop tôt pour recommander son usage dans ce but".
Des bénéfices démontrés sur les risques d'accidents vasculaires et le cancer, et un possible effet protecteur contre le vieillissement du cerveau... Il serait dommage de passer à côté ! Pour s'en assurer, ne pourrait-on pas imaginer d'autres molécules avec le même mécanisme d'action, mais sans les effets secondaires de l'aspirine ?
VERS UNE PRESCRIPTION ÉLARGIE
Pour Peter Rothwell, c'est une évidence, "l'aspirine n'est qu'une première étape". Jusqu'à présent, cependant, toutes les tentatives de faire mieux se sont révélées infructueuses. Voire catastrophiques. Ainsi l'anti-inflammatoire Vioxx, développé dans ce but, a-t-il été retiré du marché il y a quelques années, après qu'on a découvert que sa prise régulière augmentait fortement le risque d'accidents cardiaques. C'est pourquoi, pour Robert Benamouzig, "il n'est pas certain que l'on trouve d'autres molécules aussi efficaces avant une cinquantaine d'années". En effet, "pour l'aspirine, on a un rare avantage : comme elle est utilisée massivement et depuis très longtemps, on possède énormément de données". Quand pourra-t-on alors profiter des merveilleux effets de cette molécule ? "Aux États-Unis, l'aspirine est prise régulièrement par un grand nombre de personnes en bonne santé, explique Peter Rothwell, mais les médecins attendent, eux, pour pouvoir la prescrire plus largement, que les agences sanitaires leur donnent de nouvelles directives". En effet, pour l'instant, dans la plupart des pays, seules les personnes à forts risques d'accidents cardio-vasculaires peuvent se la faire prescrire. Mais le rôle de l'aspirine dans la prévention des cancers invite toutefois les autorités de santé à envisager un élargissement de sa prescription à une plus grande partie de la population. "L'élaboration de nouvelles directives est en cours", promet Peter Rothwell. Rendez-vous dans cinq à dix ans.
E.A. - SCIENCE & VIE > Décembre > 2012 |
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Metformine : elle aurait l'Effet d'un Élixir de Jouvence |
Ce banal antidiabétique très courammant prescrit reproduirait l'action d'un régime strict au point de retarder l'usure du temps.
Certains chercheurs l'ont déjà rebaptisé "nouvel élixir de jouvence", en référence à la promesse emblématique d'une potion capable de mettre le corps à l'abri de l'usure du temps et de son cortège de maladies. Et pour cause : la metformine, ce médicament parmi les plus classiques et les mieux connus des médecins, déjà prescrite contre le diabète à plus de 120 millions de patients à travers le monde, permet également de réduire les risques de cancers ou de maladies cardio-vasculaires, voire l'apparition de maladies neurodégénéralives... Des dizaines et des dizaines d'études menées sur des patients diabétiques ou non le suggèrent déjà : la metformine semble capable de reproduire sur l'organisme les effets de la restriction calorique, cette diète stricte dont il a été démontré sur l'animal qu'elle peut augmenter l'espérance de vie, mais aussi protéger des principales pathologies liées au vieillissement. Aussi incroyable que cela paraisse, il semble donc que les bénéfices de la restriction calorique puissent être en partie "concentrés" dans une simple petite pilule ! Et même si son utilisation généralisée est très loin d'être envisagée, les recherches frénétiques autour de ses vertus potentielles s'amplifient.
Qui aurait pu prédire une telle destinée à ce médicament, dont les origines remontent au Moyen Age ? En effet, la metformine provient de la galégine, une molécule contenue dans le galéga officinal, une plante utilisée pour traiter des symptômes (soif intense, fréquante envie d'uriner...) que l'on attribuera plus tard au diabète. Dans les années 1950, la metformine a fait son entrée sous sa forme actuelle dans l'arsenal thérapeutique contre le diabète de type 2, celui qui se caractérise par une perte de sensibilité des cellules de l'organisme à l'insuline, suivie d'une augmentation du taux de sucre dans le sang. Près de cinquante ans plus tard, le médicament ne fait plus l'objet de brevets et le Glucophage, son nom commercial, est désormais décliné en de nombreuses formes génériques qui assurent un bon contrôle de la glycémie avec un minimum d'effets indésirables... Le monde médical pense alors tout connaître de ses bénéfices. À tort.
Coup de théâtre en 2005. Un chercheur écossais bouleverse la tranquille destinée de la metformine. Dario Alessi, biologiste à l'université de Dundee (Royaume-Uni), a montré au début des années 2000 que l'apparition de tumeurs peut être liée au mauvais fonctionnement d'un gène (LKB1) qui inactive une enzyme, l'AMPK. Or, des chercheurs découvrent justement que la metformine active cette enzyme AMPK. Dario Alessi a alors une intuition : "J'ai réalisé que, chez les patients sous metformine, il se passait peut-être l'inverse de ce qui se passe chez les patients cancéreux : les diabétiques traités à la metformine pouvaient donc avoir un risque atténué de cancer". Pour vérifier son hypothèse, il contacte Andrew Morris, médecin épidémiologiste dans la même université que lui. "Andrew a trouvé que ma requête était la plus folle qu'on lui ait jamais faite et ce n'est qu'après l'avoir rencontré trois ou quatre fois qu'il a finalement accepté d'y répondre", poursuit-il. Les deux hommes se plongent dans la masse de données épidémiologiques patiemment récoltées depuis des décennies sur les utilisateurs de cette molécule. Et l'intuition de Dario Alessi se vérifie. En 2005, les deux chercheurs sont en mesure d'affirmer que, pour les diabétiques traités à la metformine, comparés à ceux qui utilisent d'autres traitements, la diminution du risque de cancer est de l'ordre de 25 %, toutes formes de tumeurs confondues ! Mais il faut rappeler que chez les diabétiques, le risque de développer un cancer est plus important que dans le reste de la population. Depuis, plus d'une vingtaine d'équipes ont confirmé ces résultats contre les cancers de la prostate, du sein, du pancréas, et aujourd'hui du côlon. Une étude taïwanaise vient ainsi de démontrer que traités à la metformine depuis trois ans ou plus, des diabétiques voient leur risque de développer un cancer du côlon réduit de près de 36 % par rapport à ceux soignés avec un autre traitement. Une vaste étude coréenne révèle des résultats plus nets encore quant au risque de voir réapparaître des tumeurs chez des patients traités pour un cancer : les récidives sont presque deux fois moins nombreuses sous metformine. Reste à préciser tous ses modes d'action, mystérieux à plus d'un titre. Des chercheurs ont déjà démontré que l'intuition de Dario Alessi était correcte : en stimulant la voie LKB1/AMPK, la metformine inhibe une cascade de réactions connues pour favoriser la croissance et la prolifération tumorale via la synthèse de protéines. Mais ce mécanisme est loin d'être le seul à être mis en marche par le médicament. L'équipe de Michael Pollak, de l'université McGill au Canada, vient ainsi de montrer chez la souris que la molécule a aussi le pouvoir de limiter le nombre de dommages causés à l'ADN quand il est exposé à un agent mutagène : elle est en effet capable de limiter la production de molécules oxydantes très délétères pour l'ADN. Or, tous les processus nouvellement découverts ont un point commun : les mitochondries.
C'est en effet au cœur de ces organites spécialisés dans la production d'énergie des cellules que la metformine semble jouer son plus grand rôle. "La production d'énergie des mitochondries est ralentie sous l'effet de la metformine", explique Marc Foretz, chercheur au CNRS dans le département Endocrinologie, métabolisme et cancer à l'Institut Cochin (Paris). Une situation comparable à celle d'un organisme soumis à une diète calorique drastique. Et de rajouter : "La metformine pourrait donc reproduire les effets bénéfiques de la restriction calorique sur l'espérance de vie.
En réaction à une restriction énergétique, le corps active les voies productrices d'énergie et inhibe celles qui en consomment. Et parmi celles qui consomment de l'énergie, on trouve la synthèse de glucose par le foie - sa diminution est l'effet attendu chez les diabétiques - mais également la synthèse du cholestérol et des acides gras. Soit deux des ennemis intimes du cœur et des vaisseaux. Mais c'est du côté du cerveau et de ses pathologies que la metformine réserve ses dernières surprises de taille. En effet, des chercheurs ont démontré cette année pour la première fois que, dans le cerveau, un phénomène de résistance à l'insuline précédait et contribuait au déclin cognitif observé chez les patients souffrant de la maladie d'Alzheimer. Réduire cette résistance grâce à la prise de médicaments antidiabétiques pourrait donc limiter le risque de voir apparaître cette pathologie. Mais ce n'est pas tout...
DE NOUVELLES PERSPECTIVES TOTALEMENT INATTENDUES
La metformine pourrait aussi avoir un effet direct sur le cerveau. En 2010, Susann Schweiger, chercheuse à l'Institut Max-Planck de Berlin, a ainsi démontré que la metformine avait pour effet d'empêcher l'accumulation toxique de protéines sur les neurones, une accumulation qui est l'un des symptômes... de la maladie d'Alzheimer ! De son côté, en cherchant un moyen de ralentir l'apparition de la maladie, l'équipe de Freda Miller, de l'université de Toronto, a découvert l'été dernier que, chez la souris, la metformine favorisait la croissance neuronale. Mieux, les capacités d'apprentissage étaient améliorées chez les souris sous metformine. Des études certes préliminaires, mais qui ouvrent des perspectives totalement inattendues.
Pour le cancer et les risques cardiovasculaires, qui sont les deux maladies pour lesquelles la metformine fait déjà l'objet d'essais cliniques des patients non diabétiques, des résultats sont attendus d'ici à quelques années. Mais Dario Alessi n'hésite pas à s'avancer déjà : "Pour les laboratoines pharmaceutiques, il me semble désormais pertinent d'explorer le bénéfice de la metformine à plus large échelle".
C.H. - SCIENCE & VIE > Décembre > 2012 |
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Statines : elles seraient une sorte de Pilule Miracle |
S'ils sont controversés, ces anticholestérols dévoilent des vertus insoupçonnés contre le cancer et l'ostéoporose. Mais pas seulement.
Et si, la cinquantaine venue, les statines devenaient bénéfiques pour tout le monde ? Poser cette question a tout d'une provocation tant cette famille de médicaments - parmi lesquels figure l'atorvastatine, commercialisée en France dans le traitement du cholestérol sous le nom de Tahor - a été sévèrement critiquée ces derniers mois, notamment pour ses effets indésirables (voir ci-contre). Shah Ebrahil et Juan Casas de l'University College London n'hésitent pourtant pas à la poser au terme d'une très large analyse révélent, à propos des accidents cardiovasculaires, que les statines auraient des effets bénéfiques supérieurs aux risques d'effets secondaires, et ce, même dans la catégorie des personnes courant a priori le moins de risques. Au-delà des débats que suscite la prescription massive des statines, certains chercheurs estiment que cette classe de molécules renferme potentiellement une des panacées du XXIè siècle. Elles pourraient non seulement réduire drastiquement les accidents cardio-vasculaires, mais aussi limiter la survenue ou la récidive de certains cancers... Plus largement, leur puissant effet anti-inflammatoire continue à fasciner les chercheurs, régulièrement par de nouvelles pistes d'application : contre l'ostéoporose, les rhumatismes inflammatoires, la sclérose en plaques...
Découvertes au milieu des années 1970, les statines n'étaient pourtant pas promises à un succès aussi fulgurant, du moins dans le domaine de le cardiologie. Lorsque le biologiste japonais Akira Endo extrait d'un champignon microscopique, Penicillium citrinum, la mévastatine. C'est au départ dans le cadre de recherches sur de nouveaux antibiotiques... Mais la mévastatine va se révéler un puissant anticholestérol. Chez l'homme, les statines qui furent ensuite développées réduisent d'au moins 25 % la concentration de cholestérol LDL, ce cholestérol mauvais pour nos artères, classé par l'Organisation mondiale de la santé en quatrième position des facteurs de risques cardiovasculaires. Aujourd'hui, les cardiologues estiment que chez les personnes qui ont été victimes d'un accident coronarien, la prescription de statines a significativement permis d'abaisser la mortalité et la fréquence des récidives. Mais, ces dernières années, des études surprenantes ont suggéré que, même sans risque cardiovasculaire avéré, les statines étaient bénéfiques. Résultats étonnants... et très controversés.
Là où on ne les attendait vraiment pas, c'est dans la recherche contre le cancer. Même si les données sont encore très préliminaires, et parfois contradictoires, les résultats obtenus en laboratoires n'en sont pas moins fascinants. Car les statines semblent lutter sur plusieurs fronts, à la fois contre le développement des tumeurs et sur de nombreux types de cancers. "Des études menées en laboratoires ont montré, avec un niveau de preuve élevé, que les statines inhibaient la croissance de plusieurs types de cellules cancéreuses mises en culture", explique Teemu Murtola, chercheur à l'école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg de Baltimore (Etats-Unis). Comment ? C'est encore un mystère, mais plusieurs pistes ont déjà été évoquées. Ainsi, l'action anticholestérol des statines permettrait d'entraver la croissance des tumeurs, pour être de grosses consommatrices de cholestérol. Mais leur action anti-inflammatoire pourrait aussi jouer un rôle. Selon Michael Detmar, professeur de pharmacogénomique à l'Institut de technologie de Zurich (Suisse), les statines pourraient même éviter l'apparition de métastases. Dans une étude publiée en septembre, son équipe démontre que ces molécules peuvent inhiber l'utilisation du cholestérol dans les cellules des vaisseaux lymphatiques, indispensables à la formation des métastases.
Jusqu'à présent, ces résultats ont peu été confirmés chez l'homme. "Concernant le cancer colorectal que j'ai étudié, l'effet protecteur des statines existe, mais reste faible, la réduction du risque étant de l'ordre de 8 %", explique Marc Baudou, gastroentérologue au CHU de Dijon. Mais le mode d'administration doit-il être le même pour prévenir le risque cardio-vasculaire et celui de cancer ? Et les doses ? Et est-ce une bonne méthode d'évaluer rétrospectivement l'effet des statines sur d'autres pathologies que la prévention du risque cardiovasculaire chez les patients ? Autant de questions qui se posent au regard des espoirs soulevés... Pour Teemu Murtola, on se trompe peut-être de cible : même si les recommandations dans le cadre de la prévention du cancer sont encore lointaines, il faudra sans doute réserver les statines "à des personnes présentant un risque très élevé ou à un stade précoce de cancer du sein ou de la prostate.
ELLES SERAIENT BONNES POUR LES OS
Outre le cancer, d'autres études font apparaître un possible effet préventif des statines contre la sclérose en plaques, les rhumatismes inflammatoires ou l'ostéoporose. C'est leur action anti-inflammatoire qui serait au cœur de ces effets si différents, mais pas seulement. Ainsi, dans le cas de l'ostéoporose, on sait que les statines peuvent promouvoir la différentiation des ostéoblastes, cellules à l'origine de la synthèse de l'os, et, au contraire, induire l'autodestruction des ostéoclastes, les cellules capables de résorber l'os. "Chez la souris, la densité osseuse a augmenté lorsqu'on appliquait des statines sur la peau", relate Martin Soubrier, rhumatologue au CHU de Clermont-Ferrand. Chez l'homme, en revanche, seules quelques études ont montré une diminution du nombre de fractures chez les personnes âgées souffrant d'ostéoporose.
Néanmoins, les recherches continuent, d'autant qu'une nouvelle statine, la pitavastatine, fait son apparition sur le marché européen. Saura-t-elle mieux que ses aînées convaincre les cancérologues et autres chercheurs en quête de la nouvelle panacée ? L'avenir ne devrait pas tarder à le dire.
C.H. - SCIENCE & VIE > Décembre > 2012 |
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Vers une Révolution au Quotidien ? |
Vieillir en bonne santé : pour réaliser ce rêve, va-t-on se mettre à distribuer des médicaments à des pans entiers de la population ? L'idée de prendre chaque jour des petits cachets est encore loin de faire l'unanimité. Mais ne va-t-elle pas s'imposer à chacun, non parce qu'il est malade mais pour éviter de le devenir ? Une chose est sûre : la mise au point de panacées médicamenteuses porte en elle une promesse immense... mais bouscule en profondeur nos usages. Jusqu'à quel point ? En attendant que les données se confirment et le verdict des autorités sanitaires, tour d'horizon, en quatre questions, d'une révolution qui s'annonce collective et individuelle.
FAUT-IL PRENDRE CES PILLULES DÈS MAINTENANT ?
Oui... si vous en prenez déjà. Car si vous êtes diabétique, si vous avez un risque élevé d'accident vasculaire ou un excès de cholestérol, votre médecin vous prescrit sans doute de la metformine, de l'aspirine ou des statines. Dans ce cas, bonne nouvelle : vous profitez peut-être déjà, et sans même parfois que votre médecin le sache, de leurs potentiels dans la prévention d'autres maladies chroniques telles que le cancer. Pour le reste de la population, il va falloir attendre. Car ces trois molécules ont, comme tous les médicaments, des indications bien précises, pour lesquelles ils ont obtenu une autorisation de mise sur le marché par les autorités sanitaires. Certes, dans certains cas, les médecins peuvent juger que des données scientifiques nouvelles justifient une prescription pour une autre indication... Mais ce n'est certainement pas le cas pour les statines ou la metformine.
Les espoirs suscités par les statines contre le cancer, par exemple, ne constituent qu'un faisceau d'indices reposant sur des études préliminaires qu'il reste à confirmer largement chez l'homme. Quant au formidable pouvoir de la metformine dans la prévention des cancers, il n'a été prouvé, pour l'instant, que chez des diabétiques. En revanche, dans le cas de l'aspirine, la science est nettement plus avancée. Il est aujourd'hui très clair que cette molécule peut protéger une grande partie de la population de certains accidents vasculaires, et même de cancers. Mais pas question pour autant de se précipiter dans les pharmacies sans l'aval de son médecin ! Car une question essentielle demeure : les bénéfices justifient-ils les risques ?
Une interrogation particulièrement utile, s'agissant de la prise de médicaments par des dizaines de millions de personnes en parfaite santé. Et encore, sans réponse claire concernant l'aspirine et son risque hémorragique. C'est pourquoi, pour l'instant, très peu de médecins la prescrivent à d'autres patients que ceux présentant un risque d'accident vasculaire particulièrement élevé. Mais l'accumulation des données pourrait bien, d'ici à quelques années, amener les autorités de santé à modifier leurs recommandations.
TOUT LE MONDE PEUT-IL EN PROFITER ?
Les nombreux effets, démontrés ou simplement suggérés, des statines, de metformine et de l'aspirine pourraient inciter à les prescrire à toute la population adulte. Tout le monde court en effet le risque d'être un jour victime d'un cancer, de la maladie d'Alzheinner ou d'un infarctus... Les choses ne sont cependant pas si simples puisqu'il faut, pour chaque cas, comparer effets bénéfiques et indésirables. On peut ainsi d'ores et déjà exclure les enfants, les femmes enceintes, les personnes très âgées ou souffrant de certaines maladies... Pour les autres, le calcul de la "balance bénéfice/risque" est un travail long et complexe. Chacun tire un bénéfice plus ou moins grand d'un médicament selon son âge, son sexe, certains facteurs génétiques et son mode de vie. Les conséquences non mortelles de certaines maladies (tel un handicap après un AVC), et les coûts financiers et humains qu'elles représentent pour le patient et pour la société sont aussi à prendre en compte. Même si de tels calculs ne peuvent encore être produits pour ces trois molécules, des chercheurs formulent déjà des hypothèses.
Certains proposent dès à présent de prescrire des statines simplement sur le critère de l'âge, les bénéfices sur le système cardiovasculaire à partir de 50 ans justifiant selon eux de courir le risque d'effets indésirables. Une idée très controversée et entachée d'un doute légitime sur la manne potentielle que cela représenterait pour les laboratoires (voir ci-dessous).
UNE PANACÉE... POUR L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE ?
Est-on face à la dernière stratégie des entreprises pharmaceutiques pour vendre des médicaments à des personnes en bonne santé ? La question se pose... Certes, la prévention des maladies chroniques dans la population générale entraînerait un élargissement considérable de leur marché. Cependant, l'aspirine, la metformine et plusieurs statines comme le célèbre Lipitor sont déjà entrées dans le domaine public. Des formes génériques en sont donc commercialisées, ce qui diminue fortement leur intérêt financier. Un traitement préventif à l'aspirine, par exemple, coûterait moins de 10 € par personne et par an. Qui plus est, ces coûts doivent être comparés à ceux des médicaments de soin, notamment certains anticancéreux aux prix mirobolants, qui seraient ainsi potentiellement économisés grâce à ces panacées. |
La formine est, elle, actuellement testée chez des non-diabétiques courant un risque élevé de cancer. Quant à l'aspirine, seuls ses bénéfices sur le système cardio-vasculaire sont pour l'instant pris en compte par les autorités. En France, la Haute Autorité de santé ne la conseille que pour les personnes (obèses, hypertendus...) chez lesquelles le risque d'accident vasculaire mortel est estimé à plus de 5 %. La découverte de son utilité dans la prévention du cancer amène cependant les experts à envisager de nouvelles directives prônant une utilisation plus large. "On devrait se diriger vers une recommandation à toutes les personnes de 45 à 65 ans", parie Peter Rothwell, neurologue de l'université d'Oxford (Royaume-Uni). Un âge auquel les risques de cancers et de meladies cardio-vasculaires explosent, et où les risques d'hémorragies mortelles sont encore assez faibles. Des chercheurs américains et japonais viennent cependant de montrer que les personnes victimes d'un cancer du côlon ne répondent pas toutes aux effets de l'aspirine. Seuls 20 % d'entre elles, présentant un profil génétique particulier, verraient leur risque de développer un second cancer diminué. Ce qui rappelle, bien à propos, qu'il y a encore beaucoup à apprendre sur ces molécules... et que la prudence est de mise avant de prescrire des médicaments à une très large population.
PEUT-ON TOUTES LES PRENDRE EN MÊME TEMPS ?
Là encore, certains d'entre vous prennent peut-être déjà, sur les prescriptions de leur médecin, un cocktail de ces molécules. Ainsi, si vous êtes diabétique et à risque élevé de maladie cardio-vasculaire, une configuration fréquente chez les personnes de plus de 50 ans en surpoids, il y a fort à parier que vous preniez en même temps de la metformine, des statines et de l'aspirine pour traiter chacune des maladies chroniques que vous avez développées. Mais pour une population plus large, alors que l'intérêt de chacune de ces molécules prises séparément est difficile à évaluer, la question est encore moins tranchée lorsqu'il s'agit de les mélanger.
Cela n'a pas empêché Nicholas Wald et Malcolm Law, du Wolfson Institute of Preventive Medicine (Londres), de publier en 2003 la recette de leur Polypill : 75 mg d'aspirine, trois médicaments antihypertenseurs à dose réduite, une statine et 0,8 mg de vitamine B9. Les deux chercheurs britanniques estimaient que si la Polypill était prescrite à tous les plus de 55 ans, elle réduirait le risque d'accident cardiaque de 88 % avec, à la clé, un allongement de l'espérance de vie de onze ans. Une promesse alléchante... mais qui était le fruit d'extrapolations mathématiques obtenues à partir d'études menées sur chacune de ces molécules prises indépendamment. Près de dix ans plus tard, les études cliniques manquent encore pour conclure à une réelle augmentation de la longévité grâce à ce cocktail.
EXISTE-T-IL D'AUTRES PISTES DE PANACÉE POTENTIELLES ?
Oui, et elles sont nombreuses. L'une des grandes familles actuellement candidates est celle des substances antioxydantes, comme par exemple la mélatonine, la DHEA et certaines vitamines. Elles visent à ralentir la production des molécules oxydantes, connues pour favoriser la mort cellulaire. Mais aucune n'a réussi à faire la preuve définitive de son efficacité clinique à diminuer les risques de maladies liées au vieillissement. Quant au resvératrol, polyphénol antioxydant naturellement contenu dans le vin rouge, les études sont en cours. L'espoir est donc encore de mise... Par ailleurs, certaines molécules capables de mimer la restriction calorique, à l'instar de la metformine, sont en cours d'expérimentation. En tête de liste : un facteur de croissance, le FGF21, dont Steven Kliewer, biologiste à l'université du Texas (États-Unis), a montré en 2012 que lorsqu'il est produit en plus grande quantité par l'organisme de souris transgéniques, ces dernières voyaient leur espérance de vie augmenter d'environ 40 %. Mais il s'agit là d'une molécule dont les effets sur l'homme restent totalement méconnus.
Autre piste, celle de la rapamycine, une molécule qui a l'avantage d'être déjà utilisée chez l'homme (comme immunosuppresseur chez les patients ayant subi une greffe) et dont on sait qu'elle inhibe, au moins in vitro, la prolifération tumorale. En 2009, des chercheurs américains ont ainsi montré que cette molécule augmente la longévité des souris de 9 à 14 %. Mais il y a un problème : la rapamycine prescrite aux patients greffés peut entraîner de lourds effets indésirables (diabète, tumeurs...). Pour autant, le potentiel de cette puissante molécule est tel qu'elle n'a pas encore été éliminée de la liste des substances prétendant au titre d'élixir de jouvence.
On le voit, les autres pistes existantes oscillent entre des substances insuffisamment actives sur l'organisme, et d'autres qui le sont trop, au point de l'exposer à d'autres risques. Des écueils que l'aspirine, la metformine et les statines devront être en mesure d'éviter pour pouvoir décrocher le titre tant convoité de panacée du XXIè siècle.
C.H. et E.A. - SCIENCE & VIE > Décembre > 2012 |
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