Culture sans Assistance de P.Poot

Des Tomates Ultravitaminées Sans aucun Pesticides ni Arrosage

Pascal Poot pourrait être accusé de non assistance à tomates en danger. Il ne les arrose pas, ne les arme pas de pesticides. Pourtant, elles lui rendent grâce : elles ne se sont jamais portées aussi bien.

1983, 1994, 1996, 2003, 2006... de vagues de chaleur en épisodes caniculaires, les records tombent les uns après les autres sur la France à une fréquence qui ne fait que s'accélèrer. Le début torride de cet été 2015 en a apporté, s’il était besoin, une preuve supplémentaire. Les vigilances orange ne peuvent que le constater, le thermomètre monte inexorablement. À l'horizon 2050, des experts du climat prévoient qu'il fera à Paris ou à Nantes la température de Toulouse, dans la ville rose, celle de Barcelone, et à Ajaccio on se croira à Alger. Longtemps un peu abstraite et éloignée - chasse gardée des scientifiques et politiques -, la notion de réchauffement climatique, a donné lieu à des débats aussi infinis que théoriques. Il semble qu’il devienne perceptible dans les faits. Outre les conséquences sur l'habitat et les modes de vie, le quotidien des ouvriers qui travaillent en extérieur, sur celui des plus vulnérables - populations vieillissantes et enfants en bas âge - et des plus défavorisés (SDF), qui sont un autre sujet, la question de l'agriculture va se poser avec une acuité et des paramètres nouveaux. Pour faire simple, elle va devoir s'adapter...
Or, un cultivateur du sud-est de la France, Pascal Poot, 52 ans, a anticipé ce phénomène. Fils de paysans, il n'a pas usé ses fonds de culotte sur les bancs de l'école, mais il a observé la Nature et cet autodidacte en a tiré les leçons, on pourrait même aller jusqu'à dire une espèce de philosophie que l'on pourrait résumer ainsi : les plantes sont naturellement armées pour survivre. Laissons-les se débrouiller par elles-mêmes et elles sauront trouver d'elles-mêmes les solutions liées à leur épanouissement...

Le gratin des légumes : Ce savoir-faire, Pascal Poot le partage et en fait commerce.
Sur son site, il vend des graines - de tomates bien sûr mais aussi d'une impressionnante collection de légumes à 2,90 € le sachet. Pour une part, cette vente s'effectue hors des clous et dans une forme de clandestinité, car si elles sont savoureuses, elles ne sont pas du goût des «autorités» - comprenez qu'elles ne figurent pas au catalogue officiel des espèces et variétés végétales du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants). Pour une raison simple : elles ne sont pas assez «régulières». Pour être homologués par les gendarmes de la semence, il faudrait que les fruits soient tous pareils et qu'ils donnent des résultats identiques, quel que soit l'endroit où ils grandissent. Cela met Pascal Poot hors de lui, qui justement ne cherche pas à faire des clones. À ses yeux, cette uniformisation est aux antipodes du vivant. En outre, ses tomates à lui sont bien plus savoureuses. Elles n'ont pas le goût de flotte, et pour cause. Mieux encore, elles sont énormément plus riches en nutriments, en vitamine C et en polyphénols - molécules organiques naturellement dotées de propriétés anti-oxydantes bénéfiques pour la santé et notamment contre le cancer ! Ce n'est pas lui qui le dit, mais un laboratoire indépendant qui en a fait le constat. À Olmet, on ne fait pas que vendre des produits et des graines, il y a école aussi, le week-end. Sur site. Sous forme de stages payants sur 2 jours (prix de base 100 € /jour, 150 € pour les 2 jours) où l'on acquiert théorie et pratique. On apprend les principes et les bons gestes. Et après, on rentre chez soi pour les appliquer. Et on se débrouille... Commes les plantes en somme.

Questions à Pascal Poot

CCM : Pourquoi avoir créé un "Conservatoire de la tomate" ? Était-ce,de votre point de vue, une espèce particulièrement menacée de disparition ?
Pascal Poot : C'est sur les variétés anciennes que plane la menace. Actuellement, l'éventail se réduit alors que celles que je cultive figuraient toutes aux catalogues Vilmorin de 1895 et 1910. Le lobby des semenciers a réussi à les faire interdire car elles sont trop résistantes, ce qui impade leurs profits. Il faut bien comprendre qu'il s'agit de multinationales : ce sont les mêmes qui vendent les semences, les produits phytosanitaires et les médicaments - elles ont d'ailleurs racheté les industries pharmaceutiques dans les années 1990. Donc, comme les semenciers ont intérêt à vendre des produits de traitement, moins les espèces sont résistantes, plus ils en écoulent. Le GNIS, qui représente les grands semenciers, influence la législation en faisant intervenir des spécialistes qui travaillent pour eux. Leur approche est machiavélique : ils vendent des semences de plants super fragiles, qu'il faut tout le temps traiter et donc ils vendent des produits de traitement. Une fois qu'ils ont empoisonné la population, ils vendent des médicaments. C'est machiavélique parce qu'ils empêchent que les gens soient en bonne santé.

Vous avez donc axé votre production sur la tomate ?
Oui et non. Je fais aussi pousser 150 légumes différents. Mais je cultive 300 variétés de tomates car elle et la star. Les gens ne mangent que des tomates parce que c'est la solution de facilité et qu'au moins ils savent quoi en faire. Si vous leur présentez des blettes, ils sont perdus. Ils ne voient pas comment les éplucher, les faire cuire, les préparer. Idem pour les potirons, ils s'échinent à les éplucher alors que c'est mission impossible. Il faut tout simplement les cuire avec la peau ! Beaucoup l'ignorent. Si j'ai tant de succès avec mes tomates, c'est que les enfants notamment redécouvrent leur saveur. Ceux qui n'ont mangé que des tomates de supermarché n'en veulent plus : c'est vrai qu'elles ont un goût de semelle de godace et une odeur de médicament ! Je n'ai même plus besoin d'aller les vendre sur les marchés, on vient me les acheter directement sur place.

Les clients acceptent facilement de payer plus cher que dans l'hyper du coin ?
Le problème c'est qu'on a habitué les Français à l'idée que la nourriture devrait être quasi gratuite. Ils trouvent toujours que c'est trop cher alors que la malbouffe les rend malades et qu'ils payent pour se soigner. Ils se moquent de leur santé. En France, l'alimentation représente 6 % du budget d'une famille, quand en Australie ou Nouvelle-Zélande on dépasse les 50 %. Là-bas, on ne trouve rien à moins de 10 € le kg, parce que c'est le prix nomal du bio par rapport au coût du travail. Mais je ne les vends pas ce prix-là !

Sur "quelle bases estimez-vous que vos tomates sont supérieurs d'un point de vue nutritionnel ?
C'est le département Recherche et Développement d'industriels spécialisés dans les préparations culinaires qui ont effectué ces mesures. Ce n'est pas moi qui les ai démarchés, ils ont pris l'initiative. Ils ont évalué la différence de qualité entre mes semences et les semences bio que l'on trouve dans le commerce. Avec mes semences, il y avait jusqu'à 20 fois plus de vitamines, d'anti-oxydants et de bisphénol (des molécules anticancéreuses). Par exemple, pour la vitamine C, on en avait habituellement entre 30 et 38 milligrammes par kg de tomates. Avec mes semences, cela faisait 580 mg ! Mais leur département juridique leur a interdit de publier les résultats. Ils avaient peur d'avoir des ennuis.

Cette « concentration » supérieure en vitamine C, nutriments et molécules anticancéreuses est-elle due au fait que vous n'arrosez pas vos plants ? Autrement dit, que ces substances sont-elles moins diluées ?
Rien à voir ! C'est la culture biologique qui veut ça. Les polyphénols, par exemple, sont ce qui sert de système immunitaire aux plantes, et ils ont des propriétés anticancéreuses. Dans les années 1940, avant l'agriculture intensive, la teneur en éléments nutritionnels était 20 à 40 fois plus élevée.

Les graines vendues sur votre site sont génétiquement « programmées » pour résister à la sécheresse et à la chaleur du Sud. Si l'on veut les planter dans le Nord où il fait moins chaud ou en Bretagne, dans l'humidité ambiante, vont-elles se développer ?
Aucun problème. Elles résistent tout autant à la sécheresse qu'à l'excès d'eau. J'ai des clients à Lille qui obtiennent d'excellents rendements de tomates, et une personne en Haute-Normandie avait déjà récolté en mai ses courgettes plantées dehors. Elle m'a envoyé des photos. Quand je dis qu'il ne faut pas s'occuper des plantes, j'ajoute quand même que la terre, quelle qu'elle soit, doit être un minimum fertile. Rien ne pousse dans un champ de cailloux !
Propos recueillis par Delphine Gaston-Sloan / http://www.lepotagerdesante.com

COMMENT ÇA MARCHE N°63 > Septembre > 2015
 

   
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