Les  O.G.M.

Des Cultures à Risque ?

La propagation des OGM est source d'angoisse. Menace-t-elle la faune, la flore, les écosystèmes ? La science a des réponses mais les recherches ne font que commencer.

En 2006, les surfaces plantées en OGM atteignaient 102 millions d'hectares dans le monde. Soit 7 % des terres cultivées. Plus de la moitié est située aux États-Unis. Suivent l'Argentine (18 % des surfaces OGM), le Brésil (12 %), le Canada (7 %), l'lnde (4 %) et la Chine (4 %). La France ne cultive que 25.000 hectares de maïs Bt. Les principales variétés d'OGM dans le monde sont le soja (57 % de la superficie totale), le maïs (25 %), le coton (13 %), et le colza (5 %). Le caractère le plus recherché étant la résistance à un herbicide (68 % des surfaces d'OGM), suivi de la résistance aux insectes (19 %). Les surfaces restantes concernent des OGM cumulant les deux caractères.

Et si les OGM proliféraient au détriment des espèces sauvages ?
Et s'ils menaçaient d'envahir les filières agricoles conventionnelle ou biologique ? Les OGM suscitent, notamment en France (->), bien des angoisses : à la fois écologiques, sanitaires, économiques et éthiques. De folles angoisses... ou de légitimes réserves ?
Une chose est sûre : si les regards se tournent vers la science dans l'espoir d'en savoir plus sur les risques que font peser les OGM, celle-ci ne saurait répondre à toutes les questions. Mais elle apporte déjà quelques réponses. Ainsi, la dissémination des graines et des pollens génétiquement modifiés est variable mais inévitable. De même, il est avéré qu'un gène inséré artificiellement dans une plante cultivée peut, dans certaines conditions, s'installer dans le génome d'une autre plante. Quant à évaluer le danger que pourraient courir les insectes pollinisateurs et les ruminants ou l'équilibre général des écosystèmes agricoles, les études concluent moins à un danger spécifique aux OGM qu'à des risques induits par les pratiques agricoles conventionnelles : usage intensif de pesticides et d'herbicides, monocultures...
Reste que ces études sont souvent contradictoires. Et même notoirement insuffisantes, à en croire les membres de "l'intergroupe OGM" constitué dans le cadre du "Grenelle de l'environnement", qui se sont rejoints pour exiger une "impulsion forte pour une recherche en écotoxicologie, toxicologie, écologie, démographie, épidémiologie humaine et du milieu naturel, agronomie, entomologie, génétique des populations, écologie microbienne, sociologie et économie agricole, toutes nécessaires à une véritable évaluation et à un suivi des impacts".

OGM : organisme dont le génome a été modifié par l'introduction d'un ou plusieurs gènes d'intérêt par transgenèse. Ce gène peut coder pour une protéine qui inhibe l'action d'un herbicide, ou pour une toxine insecticide.
Transgène : construction génétique introduite dans le génome de la plante. Il comprend un promoteur (contrôlant l'expression du gène d'intérêt), la séquence codante du gène d'intérêt, et une séquence de fin de lecture.

SECRET PROFESSIONNEL

Ambitieux programme. Oui, mais... Imaginons qu'il soit mis en application. D'ici quelques années, des armées de chercheurs livrent donc leurs réponses. Sont-elles plus complètes qu'aujourd'hui ? Probablement. Permettent-elles alors de décider que les OGM représentent un danger tel qu'il faille les bannir de l'agriculture ? Ou, au contraire, qu'ils sont raisonnablement inoffensifs, contrôlables, et apportent une amélioration incontestable des techniques agricoles existantes ? Probablement... non. Pour une bonne raison : stabilité du gène inséré, degré de son expression dans la plante, avantage sélectif de ce gène pour une plante sauvage, interaction de la plante modifiée avec les micro-organismes du sol et les insectes... tous ces paramètres sont si intriqués que cela hypothèque les conclusions générales qui pourraient être tirées d'études se penchant sur chacun d'entre eux. Comme le rappelle la Commission mondiale d'éthique des connaissances scientifiques et des technologies (Comets) dans son rapport sur le principe de précaution, un surcroit de recherche ne réduit pas nécessairement l'incertitude. Il révèle souvent des complexités imprévues et une incertitude irréductible". Amère vérité.. qui n'affaiblit en rien la nécessité de poursuivre les recherches. Car il reste à la science fort à découvrir pour respecter l'injonction d'évaluation des risques inscrite dans le principe de précaution, gravé dans le marbre de la "Charte de l'environnement" adossée à la Constitution française.
Les travaux de recherche à venir éviteront-ils les écueils de l'évaluation des risques menée pour la santé humaine ? L'avenir le dira. Sachant que, lorsqu'il s'agit de toxicologie, un autre "risque" est souvent évoqué à propos des OGM : celui que les chercheurs siégeant dans les comités officiels d'évaluation soient "juge et partie". Car, certes, chaque expert doit notifier par écrit tout conflit d'intérêt qu'il pourrait avoir-les crédits alloués à la recherche pouvant dépendre des semenciers. Mais c'est l'industriel qui choisit le laboratoire pratiquant l'évaluation toxicologique. Et qui sélectionne les résultats qu'il enverra - ou non - aux comités officiels d'évaluation. Comme les semenciers s'abritent derrière le secret professionnel pour refuser de rendre public l'ensemble de leurs données, le principe de reproductibilité des résultats par des laboratoires différents, pierre angulaire de toute démarche scientifique, paraît malmené.
Reste une question épineuse celle des expérimentations en plein champ. La filière biologique et les ONG écologistes se sont prononcées contre, jugeant le risque de l'évaluation plus grand que l'intérêt des connaissances à en tirer. En clair : les ONG redoutent que les essais en champ ouvert contaminent les parcelles des filières biologique et conventionnelle. Or, les enseignements tirés d'expérimentations en laboratoire ou en serre sont limités : "Il y a des situations où l'on ne voit rien en laboratoire, pour des questions d'échelles de temps et d'espace, explique Antoine Messéan, directeur de l'unité Eco-Innov (Inra). Aux États-Unis [où des OGM résistant à l'herbicide RoundUp sont massivement cultivés], la sélection naturelle a opéré sur des millions d'hectares, et on a observé une flambée des résistances végétales à l'herbicide. Un phénomène impossible à observer à petite échelle." Et qui fait blêmir les opposants à l'expérimentation en plein champ, alors qu'il incite le chercheur à en savoir plus pour en assurer la maîtrise. Deux positions inconciliables depuis dix ans, qu'il faudra bien un jour parvenir à accorder.

F.L. - SCIENCE & VIE > Novembre > 2007

Des Cultures Incontrôlables ?

On peut aujourd'hui modéliser la dissémination de grains de pollen de maïs par le vent en prenant en compte sa vitesse et sa direction.

C'est un fait : toutes les plantes à fleurs disséminent leur pollen et leurs graines ; et les maïs, soja, colza ou coton OGM ne font pas exception à la règle. Dans quelles proportions alors les OGM sont-ils susceptibles de se propager ? Plusieurs éléments sont à prendre en considération. En premier lieu, la dissémination des graines. Car celle-ci varie d'une plante à l'autre. "Le maïs a été domestiqué par sélection depuis 9000 ans pour que ses graines restent attachées à l'épi rappelle Agnès Ricroch (université Paris-Sud). Et celles qui tomberaient ont peu de chance de résister à nos conditions hivernales. "Peu de risque, donc, de voir un maïs OGM pousser de manière incontrôlée. "À l'opposé, le colza perd ses graines en grand nombre, ajoute Agnès Ricroch. Après la récolte, il en reste de 1000 à 6000 par mètre carré ! Et une partie peut survivre dans le sol pendant une dizaine d'années. "Des repousses non désirées de colza OGM pourraient donc se manifester dans un champ, même des années après que cette culture a été abandonnée... Pour autant, le risque d'invasion des milieux naturels est-il plus grand avec une variété OGM qu'une variété conventionnelle ? Non, selon une étude anglaise de 2001 portant sur la survie dans un habitat naturel de variétés transgénique de colza, maïs, betterave et pomme de terre. Au bout de trois ans, les OGM introduits avaient tous disparu. De fait, les plantes agricoles ont un potentiel invasif faible car, comme le souligne Marcel Kuntz (CNRS), "la longue sélection génétique qu'elles ont subie à généralement éliminé les caractéres nécessaires à la survie en milieu naturel".
La dissémination de l'OGM passe aussi par la dispersion de son pollen - l'élément fécondant mâle de la fleur. On sait aujourd'hui que cette dispersion s'atténue rapidement avec la distance. "90% du pollen de maïis retombent dans les 5 premiers mètres autour de la plante qui l'émet, indique Agnès Ricroch. À 50 m de la source, on n'en détecte plus que 1 %." Mais le pollen peut aussi voyager à plus grande distance... Une étude menée par Yves Brunet (Inra) a montré que le vent peut emporter du pollen de maïs jusqu'à 1 ou 2 kilomètres d'altitude, et le faire retomber à plusieurs kilomètres de distance. Or, "à 1 km d'altitude, les conditions de température et d'humidité sont plus propices à la viablilté du pollen qu'au sol, révèle Yves Brunet. Il peut ainsi survivre plusieurs heures, contre environ une demi-heure s'il était retombé à proximité du plan. Et pendant ce temps, il se balade..."

Pas de consensus : Le pollen peut aussi se balader à dos d'abeille, comme dans le cas du colza. Or, si la dissémination du pollen peut-être raisonnablement modélisée, la contribution des abeilles est difficile à quantifier : impossible de les suivre toutes à la trace ! "À l'échelle individuelle, l'abeille est fidèle à un type de fleur souligne Jacqueline Pierre, entomologiste à l'lnra. Elle butine sur une surface restreinte, rentre à la ruche, et retourne au même endroit". Une abeille butinant dans un champ de colza transgénique ne facilitera donc pas la dissémination du pollen vers des cultures conventionnelles. Sauf que "des expériences en laboratoire ont montré que les abeilles peuvent s'échanger du pollen par simple contact à l'intérieur de la colonie", précise la chercheuse. En clair : une abeille fidèle à un champ OGM peut transférer du pollen à une consour affectionnant un champ de colza non OGM. La dispersion de graines et de pollen issus de cultures OGM est donc inéluctable. Et "il est clair que, dans l'état actuel, on ne peut pas les contrôler", admet Yves Bertheau, coordinateur du projet européen Co-Extra, qui a pour but d'évaluer la coexistence des filières OGM et non OGM. Tout au plus peut-on instaurer des distances d'isolement entre les cultures pour limiter le flux de pollen. Mais il n'y a pas de consensus sur la question : une distance de 25 mètres entre mais OGM et maïs conventionnel est recommandée en France contre de 150 à 300 mètres en Allemagne. Reste que les méthodes biologiques en développement ambitionnent de réduire drastiquement le flux de pollen ou de graines à sa source même. Les chercheurs proposent ici plusieurs pistes : produire des plantes dites "mâle stérile", qui ne produisent pas de pollen ; forcer l'auto-fécondation, en empêchant l'ouverture de la fleur ; insérer le transgène dans le chloroplaste de la plante et non dans le noyau, de sorte que le pollen ne le contienne pas. L'efficacité de ces procédés est actuellement en cours d'évaluation dans le cadre du projet Co-Extra. Avec l'espoir de mettre le contrôle de la dissémination des OGM à portée de main.

UNE MENACE POUR LES AUTRES PLANTES ?

Les nuages de pollen ne s'arrêtent pas aux frontières des champs OGM ! Mais faut-il s'en inquiéter ? Une plante génétiquement modifiée est-elle contagieuse ? Disons-le d'emblée, les OGM ne présentent pas de risque d'épidémie : leur pollen n'a rien d'un virus que les plantes "attraperaient" et qui les "contamineraient". Demeure en revanche la possibilité de croisement entre OGM et non-OGM par reproduction sexuée. Et donc d'un passage du transgène à la descendance de la plante non-OGM. Pour les plantes de la même espèce qui pratiquent la fécondation croisée, comme le maïs, rien de plus facile : un plant de maïs est fécondé par le pollen d'un autre plant de maïis, sans distinction de provenance du pollen. Mais OGM et conventionnel peuvent donc se croiser. Avec une probabilité d'autant plus faible qu'ils sont éloignés : à 20 m d'écart, deux plants ont une chance sur cent de féconder.

L'HYBRIDATION OGM PLANTE EST POSSIBLE

Les plantes qui s'autofécondent avec leur propre pollen, comme le riz ou le soja, sont, elles, théoriquement à l'abri. Mais en pratique, des croisements entre variétés ont été observés. Deux plants de riz séparés d'un mètre auraient ainsi 0,1 % de chance de se féconder l'un l'autre. Qu'en est-il des plantes sauvages ? "Des croisements entre plantes cultivées et sauvages s'opèrent un peu tous azimuts, répond Henri Darmency, de l'lnra, d'autant plus qu'elles sont fortement apparentées génétiquement. "Doit-on craindre alors l'apparition de plantes sauvages résistantes à un herbicide ou à un insecte par transfert de gêne d'un OGM ? Tout dépend de la présence ou non d'espèces apparentées dans les régions de cultures OGM. "Il n'existe pas d'espèces sauvages proches du maïs en France", rappelle Agnès Ricroch (université Paris Sud). Donc, pas de risque de transfert de gènes. "Le colza, lui, peut s'hybrider avec de nombreuses espèces sauvages apparentées qui poussent aux abords des cultures : ravenelle, moutarde sauvage, roquette bâtarde...", ajoute la chercheuse. Encore faut-il que ces plantes reçoivent du pollen de colza OGM pendant leur poriode de reproduction, et que cela aboutisse à un hybride viable. Une expérience de l'Inra a montré que le pollen de colza féconde les fleurs de ravenelles avec une probabilité comprise entre 3 sur 100.000 et 1 sur 10 millions ! L'apparition d'un hybride transgénique est donc infime pour ce couple-là. Mais d'autres sont bien plus féconds ! Une étude canadienne a ainsi mesuré une fréquence d'hybridation de 7 % entre colza et navette. Pourquoi une fréquence si élevée ? Parce que le colza, fruit du croisement spontané entre le chou et la navette, est génétiquement plus proche de la navette que de la ravenelle. Reste à savoir en quoi un gène hérité influence le devenir de l'hybride. Là, tout dépend du caractère transmis et du milieu dans lequel croît la plante. "Sila plante sauvage acquiert un gène de résistance à un herbicide, cela constituera un désavantage pour elle si elle n'est pas exoposée à l'herbicide en question, estime Agnès Ricroch. Car il lui sera coûteux de produire inutilement l'enzyme de résistance. Elle est donc vouée à disparaître. En revanche, si on offre ce même gène à une mauvaise herbe, et que l'on contunue à utiliser cet herbicide, l'hybride aura beau ne pas être très bien constitué, il sera la seule mauvaise herbe à rester sur le champ", juge Henri Darmency. Un gène de résistance à un insecte n'aura quant à lui d'effet que si la plante qui l'acquiert est elle-même la proie de l'insecte ciblé par l'OGM.

DES RISQUES POUR LES ANIMAUX ?

En laboratoire, le monarque succombe au pollen de maïs Bt. Mais pas sur le terrain.

Des trous dans l'intestin, et une mort certaine quelques heures après. Voici ce qu'il arrive aux chenilles du papillon pyrale lorsqu'elles se régalent des cultures de maïs Bt. Ce maïs transgénique est en effet doté d'un gène du bacille de Thuringe, codant pour des toxines fatales à ce lépidoptère en particulier. Oui, mais ces toxines sont-elles réellement si sélectives ? Autrement dit, les autres insectes, à commencer par les autres papillons, sont-ils à l'abri des effets de ces toxines ? En 1999, un article publié dans Nature fit l'effet d'une bombe : il révélait que les larves du papillon monarque succombaient en masse à l'ingestion de pollen de maïs Bt. De quoi alimenter les inquiétudes quant aux effets collatéraux des OGM. Sauf que les conclusions de cette étude, réalisée en laboratoire, furent tempérées deux ans après par des observations sur le terrain. De fait, les doses de toxine Bt que ces larves de monarque ingèrent réellement dans leur environnement sont bien inférieures aux doses fatales quil leur étaient administrées en laboratoire. "Ce qui montre que pour évaluer correctement le risque, il faut prendre en compte à la fois la sensibilité de l'insecte, mais aussi le degré d'exposition à cette toxine, rappelle Marcel Kuntz (CNRS).

AUCUNE PREUVE D'EFFET DIRECT SUR LA FAUNE SAUVAGE

En dehors de ce cas d'école, y a-t-il d'autres exemples ? Une analyse compilant les résultats de 42 études en champs publiée en juin dernier dans Science fait désormais référence. Son verdict ? Les insectes qui ne sont pas visés par une toxine Bt apparaissent plus abondants dans les champs de maïs et de coton Bt (les deux seuls OGM disposant de cette résistance) que dans les champs conventionnels traités avec des insecticides. En clair, il y a moins de dégâts avec ces OGM qu'avec les insecticides. Pour autant, les OGM n'ont-ils aucun effet sur la faune ? Eh bien, la même étude démontre que les populations de certaines espèces non-cibles, par exemple des parasites de la pyrale, sont moindres dans les champs OGM que dans des champs non traités par des insecticides. "Ce n'est pas surprenant, commente Denis Bourguet (Inra). Eliminez la proie et vous éliminez le parasite. Il peut s'agir là d'un effet indirect, ce n'est pas nécessairement la preuve d'une toxicité de l'OGM pour ces parasites". À ce jour, donc, aucune preuve n'a pu être retenue contre les OGM concernant un effet direct de leurs toxines sur les insectes non-cibles. "Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'effet du tout, prévient Denis Bourguet. Il peut y avoir un effet qu'on est incapable de mettre en évidence". Si les études sont plutôt rassurantes pour la faune sauvage, une question demeure : celle des cultures transgéniques employées dans l'alimentation du bétail, comme le soja. Et les conséquences sur l'organisme et la santé de ces animaux sont encore inconnues.

DES ÉCOSYSTÈMES BOULVERSÉS ?

La prochaine génération d'OGM pourrait résister aux milieux salins. Un risque de bouleversement de ces écosystèmes ?
Et si, à cause des OGM, la dissémination incontrôlée de gènes de résistance donnait naissance à des "superplantes" se mettant à faire la loi dans le milieu naturel, au point de rompre l'équilibre entre les divers organismes ? Jusqu'à présent, aucune étude n'a montré que l'introduction des OGM serait le prélude à des bouleversements écologiques majeurs. Il n'empêche, l'apparition de plantes sauvages ayant hérité d'une résistance contre des insectes nuisibles ou un herbicide peut perturber la cohabitation entre les diverses populations végétales. Et déstabiliser les chaînes alimentaires. "Concrètement, il reste à voir si l'acquisition de cette résistance va permettre à la plante sauvage de proliférer plus efficacement", remarque Henri Darmency (Inra). Si c'est le cas, elle risque de déplacer une autre espèce hors du milieu. "Imaginez un insecte qui se nourrit exclusivement de cette plante éliminée, poursuit Henri Darmency. Celui-ci va devoir changer de ressource ou disparaître. Ensuite, c'est peut-étre un oiseau qui va disperaitre, faute de proies. C'est le type de scénario que l'on redoute."

TEST GRANDEUR NATURE PREVU POUR 2010...

Ce que confirme Jane Lecomte (université paris-Sud) : "Rien n'a encore été observé sur le terrain et la probabilité est faible. En revanche, d'aprés ce que nous savons aujourd'hui des perturbations des systèmes écologiques, on peut affirmer que si certaines plantes acquièrent un avantage, il va forcément se passer quelque chose qu'il sera difficile à maîtriser." Reste qu'il est très complexe de surveiller un écosystème dans son ensemble et dans la durée. Denis Bourguet (lnra) prévient : "Aucune expérimentation ne permettra de mettre en évidence un effet touchant ne serait-ce que 1 % d'une population d'insectes.
On ne peut donc affirmer qu'il n'y a pas d'effet dans l'absolu. Dans le cas où l'on mesure une évolution, il faut ensuite pouvoir distinguer la responsabilité des OGM de celle d'autres changements dans l'environnement, comme le climat, les pratiques agricoles. "Bref, l'effet que les cultures OGM pourraient avoir sur les écosystèmes reste un mystère. Mais la mise sur le marché, prévue vers 2010, d'OGM résistants au manque d'eau ou à la salinité des sols pourrait changer la donne. Car une plante sauvage héritant par transfert de ce type de caractères disposera d'un avantage sélectif indéniable. De quoi vérifier, de manière cette fois évidente, l'impact sur les écosystèmes.

QUELLES ÉTAPES AVANT QU'UN OGM SOIT AUTORISÉ ?

La directive européenne 2001/18/CE, qui réglemente la dissémination volontaire d'OGM dans l'environnement, stipule : "Les États membres et le cas échéant la Commission veillent à ce que soit effectuée, cas par cas, une évaluation précise des effets néfastes potentiels sur la santé humaine et l'environnement, susceptibles de découler directement ou indirectement du transfert de gènes d'OGM à d'autres organismes". C'est à la société souhaitant commercialiser l'OGM d'apporter la preuve de son innocuité. En France, la Commission du génie biomoléculaire et l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments évaluent le dossier. Il doit contenir des informations sur la construction génétique (méthode de transgenèse, source de l'ADN introduit), sur les caractéristiques de la plante génétiquement modifiée (caractère introduit ou supprimé, niveau d'expression du transgène, stabilité de la construction génétique, capacité de transférer le matériel génétique à d'autres organismes). Une évaluation des risques toxique, allergénique et environnemental doit être fournie. L'attribution d'une autorisation de commercialisation, valable de 3 à 10 ans, est aussi conditionnée à la mise en place d'un plan de surveillance une fois la variété transgénique commercialisée. En France, le Comité de biovigilance surveille l'évolution des risques pour l'environnement : si des effets indésirables non anticipés sont mis en évidence, l'autorisation est retirée. Au niveau européen, 26 variétés OGM ont reçu des autorisations, dont 4 concernent la culture en champs. Une vingtaine d'autres sont en cours d'examen. À ce jour, aucun OGM évalué n'a reçu d'avis négatif.

B.B. - SCIENCE & VIE > Novembre > 2007
 

   
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