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La propagation des OGM est source d'angoisse. Menace-t-elle la faune, la flore, les écosystèmes ? La science a des réponses mais les recherches ne font que commencer.
Et si les OGM proliféraient au détriment des espèces sauvages ?
SECRET PROFESSIONNEL Ambitieux programme. Oui, mais... Imaginons qu'il soit mis en application. D'ici quelques années, des armées de chercheurs livrent donc leurs réponses. Sont-elles plus complètes qu'aujourd'hui ? Probablement. Permettent-elles alors de décider que les OGM représentent un danger tel qu'il faille les bannir de l'agriculture ? Ou, au contraire, qu'ils sont raisonnablement inoffensifs, contrôlables, et apportent une amélioration incontestable des techniques agricoles existantes ? Probablement... non. Pour une bonne raison : stabilité du gène inséré, degré de son expression dans la plante, avantage sélectif de ce gène pour une plante sauvage, interaction de la plante modifiée avec les micro-organismes du sol et les insectes... tous ces paramètres sont si intriqués que cela hypothèque les conclusions générales qui pourraient être tirées d'études se penchant sur chacun d'entre eux. Comme le rappelle la Commission mondiale d'éthique des connaissances scientifiques et des technologies (Comets) dans son rapport sur le principe de précaution, un surcroit de recherche ne réduit pas nécessairement l'incertitude. Il révèle souvent des complexités imprévues et une incertitude irréductible". Amère vérité.. qui n'affaiblit en rien la nécessité de poursuivre les recherches. Car il reste à la science fort à découvrir pour respecter l'injonction d'évaluation des risques inscrite dans le principe de précaution, gravé dans le marbre de la "Charte de l'environnement" adossée à la Constitution française.
On peut aujourd'hui modéliser la dissémination de grains de pollen de maïs par le vent en prenant en compte sa vitesse et sa direction. C'est un fait : toutes les plantes à fleurs disséminent leur pollen et leurs graines ; et les maïs, soja, colza ou coton OGM ne font pas exception à la règle. Dans quelles proportions alors les OGM sont-ils susceptibles de se propager ? Plusieurs éléments sont à prendre en considération. En premier lieu, la dissémination des graines. Car celle-ci varie d'une plante à l'autre. "Le maïs a été domestiqué par sélection depuis 9000 ans pour que ses graines restent attachées à l'épi rappelle Agnès Ricroch (université Paris-Sud). Et celles qui tomberaient ont peu de chance de résister à nos conditions hivernales. "Peu de risque, donc, de voir un maïs OGM pousser de manière incontrôlée. "À l'opposé, le colza perd ses graines en grand nombre, ajoute Agnès Ricroch. Après la récolte, il en reste de 1000 à 6000 par mètre carré ! Et une partie peut survivre dans le sol pendant une dizaine d'années. "Des repousses non désirées de colza OGM pourraient donc se manifester dans un champ, même des années après que cette culture a été abandonnée... Pour autant, le risque d'invasion des milieux naturels est-il plus grand avec une variété OGM qu'une variété conventionnelle ? Non, selon une étude anglaise de 2001 portant sur la survie dans un habitat naturel de variétés transgénique de colza, maïs, betterave et pomme de terre. Au bout de trois ans, les OGM introduits avaient tous disparu. De fait, les plantes agricoles ont un potentiel invasif faible car, comme le souligne Marcel Kuntz (CNRS), "la longue sélection génétique qu'elles ont subie à généralement éliminé les caractéres nécessaires à la survie en milieu naturel". Pas de consensus : Le pollen peut aussi se balader à dos d'abeille, comme dans le cas du colza. Or, si la dissémination du pollen peut-être raisonnablement modélisée, la contribution des abeilles est difficile à quantifier : impossible de les suivre toutes à la trace ! "À l'échelle individuelle, l'abeille est fidèle à un type de fleur souligne Jacqueline Pierre, entomologiste à l'lnra. Elle butine sur une surface restreinte, rentre à la ruche, et retourne au même endroit". Une abeille butinant dans un champ de colza transgénique ne facilitera donc pas la dissémination du pollen vers des cultures conventionnelles. Sauf que "des expériences en laboratoire ont montré que les abeilles peuvent s'échanger du pollen par simple contact à l'intérieur de la colonie", précise la chercheuse. En clair : une abeille fidèle à un champ OGM peut transférer du pollen à une consour affectionnant un champ de colza non OGM. La dispersion de graines et de pollen issus de cultures OGM est donc inéluctable. Et "il est clair que, dans l'état actuel, on ne peut pas les contrôler", admet Yves Bertheau, coordinateur du projet européen Co-Extra, qui a pour but d'évaluer la coexistence des filières OGM et non OGM. Tout au plus peut-on instaurer des distances d'isolement entre les cultures pour limiter le flux de pollen. Mais il n'y a pas de consensus sur la question : une distance de 25 mètres entre mais OGM et maïs conventionnel est recommandée en France contre de 150 à 300 mètres en Allemagne. Reste que les méthodes biologiques en développement ambitionnent de réduire drastiquement le flux de pollen ou de graines à sa source même. Les chercheurs proposent ici plusieurs pistes : produire des plantes dites "mâle stérile", qui ne produisent pas de pollen ; forcer l'auto-fécondation, en empêchant l'ouverture de la fleur ; insérer le transgène dans le chloroplaste de la plante et non dans le noyau, de sorte que le pollen ne le contienne pas. L'efficacité de ces procédés est actuellement en cours d'évaluation dans le cadre du projet Co-Extra. Avec l'espoir de mettre le contrôle de la dissémination des OGM à portée de main. UNE MENACE POUR LES AUTRES PLANTES ?Les nuages de pollen ne s'arrêtent pas aux frontières des champs OGM ! Mais faut-il s'en inquiéter ? Une plante génétiquement modifiée est-elle contagieuse ? Disons-le d'emblée, les OGM ne présentent pas de risque d'épidémie : leur pollen n'a rien d'un virus que les plantes "attraperaient" et qui les "contamineraient". Demeure en revanche la possibilité de croisement entre OGM et non-OGM par reproduction sexuée. Et donc d'un passage du transgène à la descendance de la plante non-OGM. Pour les plantes de la même espèce qui pratiquent la fécondation croisée, comme le maïs, rien de plus facile : un plant de maïs est fécondé par le pollen d'un autre plant de maïis, sans distinction de provenance du pollen. Mais OGM et conventionnel peuvent donc se croiser. Avec une probabilité d'autant plus faible qu'ils sont éloignés : à 20 m d'écart, deux plants ont une chance sur cent de féconder. En laboratoire, le monarque succombe au pollen de maïs Bt. Mais pas sur le terrain. Des trous dans l'intestin, et une mort certaine quelques heures après. Voici ce qu'il arrive aux chenilles du papillon pyrale lorsqu'elles se régalent des cultures de maïs Bt. Ce maïs transgénique est en effet doté d'un gène du bacille de Thuringe, codant pour des toxines fatales à ce lépidoptère en particulier. Oui, mais ces toxines sont-elles réellement si sélectives ? Autrement dit, les autres insectes, à commencer par les autres papillons, sont-ils à l'abri des effets de ces toxines ? En 1999, un article publié dans Nature fit l'effet d'une bombe : il révélait que les larves du papillon monarque succombaient en masse à l'ingestion de pollen de maïs Bt. De quoi alimenter les inquiétudes quant aux effets collatéraux des OGM. Sauf que les conclusions de cette étude, réalisée en laboratoire, furent tempérées deux ans après par des observations sur le terrain. De fait, les doses de toxine Bt que ces larves de monarque ingèrent réellement dans leur environnement sont bien inférieures aux doses fatales quil leur étaient administrées en laboratoire. "Ce qui montre que pour évaluer correctement le risque, il faut prendre en compte à la fois la sensibilité de l'insecte, mais aussi le degré d'exposition à cette toxine, rappelle Marcel Kuntz (CNRS). En dehors de ce cas d'école, y a-t-il d'autres exemples ? Une analyse compilant les résultats de 42 études en champs publiée en juin dernier dans Science fait désormais référence. Son verdict ? Les insectes qui ne sont pas visés par une toxine Bt apparaissent plus abondants dans les champs de maïs et de coton Bt (les deux seuls OGM disposant de cette résistance) que dans les champs conventionnels traités avec des insecticides. En clair, il y a moins de dégâts avec ces OGM qu'avec les insecticides. Pour autant, les OGM n'ont-ils aucun effet sur la faune ? Eh bien, la même étude démontre que les populations de certaines espèces non-cibles, par exemple des parasites de la pyrale, sont moindres dans les champs OGM que dans des champs non traités par des insecticides. "Ce n'est pas surprenant, commente Denis Bourguet (Inra). Eliminez la proie et vous éliminez le parasite. Il peut s'agir là d'un effet indirect, ce n'est pas nécessairement la preuve d'une toxicité de l'OGM pour ces parasites". À ce jour, donc, aucune preuve n'a pu être retenue contre les OGM concernant un effet direct de leurs toxines sur les insectes non-cibles. "Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'effet du tout, prévient Denis Bourguet. Il peut y avoir un effet qu'on est incapable de mettre en évidence". Si les études sont plutôt rassurantes pour la faune sauvage, une question demeure : celle des cultures transgéniques employées dans l'alimentation du bétail, comme le soja. Et les conséquences sur l'organisme et la santé de ces animaux sont encore inconnues. DES ÉCOSYSTÈMES BOULVERSÉS ?La prochaine génération d'OGM pourrait résister aux milieux salins. Un risque de bouleversement de ces écosystèmes ?
TEST GRANDEUR NATURE PREVU POUR 2010... Ce que confirme Jane Lecomte (université paris-Sud) : "Rien n'a encore été observé sur le terrain et la probabilité est faible. En revanche, d'aprés ce que nous savons aujourd'hui des perturbations des systèmes écologiques, on peut affirmer que si certaines plantes acquièrent un avantage, il va forcément se passer quelque chose qu'il sera difficile à maîtriser." Reste qu'il est très complexe de surveiller un écosystème dans son ensemble et dans la durée. Denis Bourguet (lnra) prévient : "Aucune expérimentation ne permettra de mettre en évidence un effet touchant ne serait-ce que 1 % d'une population d'insectes. QUELLES ÉTAPES AVANT QU'UN OGM SOIT AUTORISÉ ? La directive européenne 2001/18/CE, qui réglemente la dissémination volontaire d'OGM dans l'environnement, stipule : "Les États membres et le cas échéant la Commission veillent à ce que soit effectuée, cas par cas, une évaluation précise des effets néfastes potentiels sur la santé humaine et l'environnement, susceptibles de découler directement ou indirectement du transfert de gènes d'OGM à d'autres organismes". C'est à la société souhaitant commercialiser l'OGM d'apporter la preuve de son innocuité. En France, la Commission du génie biomoléculaire et l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments évaluent le dossier. Il doit contenir des informations sur la construction génétique (méthode de transgenèse, source de l'ADN introduit), sur les caractéristiques de la plante génétiquement modifiée (caractère introduit ou supprimé, niveau d'expression du transgène, stabilité de la construction génétique, capacité de transférer le matériel génétique à d'autres organismes). Une évaluation des risques toxique, allergénique et environnemental doit être fournie. L'attribution d'une autorisation de commercialisation, valable de 3 à 10 ans, est aussi conditionnée à la mise en place d'un plan de surveillance une fois la variété transgénique commercialisée. En France, le Comité de biovigilance surveille l'évolution des risques pour l'environnement : si des effets indésirables non anticipés sont mis en évidence, l'autorisation est retirée. Au niveau européen, 26 variétés OGM ont reçu des autorisations, dont 4 concernent la culture en champs. Une vingtaine d'autres sont en cours d'examen. À ce jour, aucun OGM évalué n'a reçu d'avis négatif.
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