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Les ulves, communément appelées "laitues de mer", sont des algues vertes appartenant à l'ordre des Ulvales et à la famille des Ulvacées. Naturellement présentes dans la flore sous-marine, elles se reproduisent par bouturage c'est-à-dire qu'un seul fragment du végétal donne naissance à un nouvel individu. De dimensions variant de 15 à 60 cm à la belle saison et seulement de 10 à 15 cm en hiver, ces plantes aquatiques, qui sont dépourvues de feuilles, tiges et racines (on les appelle thalles), flottent librement entre deux eaux. Elles se développent dès le début du printemps sous certaines conditions ; une intensité et une durée d'éclairement importantes, une température de l'eau comprise entre 15 et 25°C, une grande transparence de l'eau, une turbulence suffisamment forte pour maintenir les algues en suspension, un estran (partie du littoral recouvert lors des marées hautes et découvert lors des marées basses) étendu et plat, un site propice au confinement des masses d'eau et des sels nutritifs participant à la croissance de la biomasse formée. Et lorsque ces végétaux sont de surcroît "nourries" de nitrates en abondance, ils se multiplient à foison.
C'est ainsi que la Bretagne, qui réuni l'ensemble des critères, voit se répéter chaque année, de mai à octobre, le même phénomène de prolifération rapide et d'accumulation d'algues vertes, essentiellement des espèces Ulva armoricana (Bretagne du nord) et Ulva rotundata (Bretagne du sud). Plus de cent plages et vasières regroupées autour de huit secteurs situés dans le Finistére (les anses de Guissény et de l'Horn-Guillec, ainsi que les baies de Douarnenez et de Concarneau) et dans les Côtes d'Armor (les baies de la Fresnaye et de Saint-Brieuc, l'anse de Locquirec, et Saint-Michel-en-Grève), sont concernées par l'échouage de marées vertes, selon le rapport de mai 2011 du Conseil économique, social et environnemental régional (Céser) de Bretagne. Au 25 octobre 2011, ce sont 65.931 m³ d'algues vertes qui ont été ramassés sur les plages bretonnes (contre près de 58.000 m³ l'année précédente), d'après un bilan communiqué par la préfecture de région. Le coût engendré par le ramassage et le traitement des ulves, s'est élevé à 850.000 euros pour 61.000 m³ échoués en 2010 (source Céser). Les marées vertes sont une véritable calamité pour la région. Elle doit faire face à un manque à gagner, et parfois même à la fermeture d'établissements (restaurants, hôtels, etc.) due à la baisse de la fréquentation des touristes, génés par la vue et l'odeur de ces amas et par les restrictions d'accès de certaines plages, mais surtout inquiets des dangers potentiels qu'ils représentent. Les bassins conchylicoles, où sont élevés les coquillages, ne sont pas épargnés. En se plaquant sur les mollusques, les algues diminuent le renouvellement de l'eau et l'apport de nourriture du cheptel, quand elles n'en étouffent pas une partie. Par voie de conséquence, elles compliquent la tâche des éleveurs et font grimper les coûts de l'élevage. Rien ne va non plus pour les pécheurs, les ulves obstruant et alourdissant les filets et chaluts. Elles ont encore un fort impact sur l'environnement, les échouages massifs et les opérations de ramassage mécaniques induisant de fortes perturbations des estrans. Mais surtout elles peuvent être mortelles pour les personnes et les animaux. LE SULFURE D'HYDROGÈNE A FAIT DES VICTIMES Lorsqu'elles échouent sur une plage, elles forment des tas pouvant aller jusqu'à plusieurs dizaines de centimètres d'épaisseur. Le soleil et la chaleur, en agissant sur les couches superficielles de l'amas, créent une croûte sèche et imperméable enveloppant le reste des algues. Celles situées sous la croûte entrent alors en putréfaction, sans oxygène, ce qui favorise la production d'hydrogène sulfuré, qui dégage une odeur nauséabonde (œuf pourri). Une inhalation de quelques secondes suffit pour causer la dégénérescence du nerf olfactif, rendant la détection du gaz impossible, et provoquer une perte de connaissance y compris à faible concentration. Une exposition brève à taux très bas peut engendrer irritation des yeux, de la gorge, toux douloureuse, souffle court et épanchement de fluide dans les poumons, quand une exposition plus longue et à très faible concentration peut entraîner des symptômes tels que fatigue, perte d'appétit, maux de tête, irritabilité, vertiges et pertes de mémoire.
Un petit séjour en bord de mer sur des plages verdâtres et visqueuses ? À l’ouverture de la saison touristique en Bretagne, pas sûr que ce tapis d’algues vertes soit une bonne publicité pour la région. Alors, Saint-Michel-en-Grève, dans les Côtes-d’Armor, les engins de ramassage ne chôment pas. En plus de son aspect peu ragoûtant, ce type de goémon est surtout dangereux pour la santé. En état de décomposition, "l'ulva armoricana" de son nom scientifique, dégage de l’hydrogène sulfuré, un gaz incolore qui peut être mortel. La proliferation de l’algue est due à la fertilisation excessive des terrains agricoles. L’année dernière, cette "laitue verte" aurait provoqué la mort d’un cheval et d’un conducteur de camion qui transportait la plante tueuse. Cette année, l’entreprise chargée de cette mission salutaire devrait collecter environ 25.000 tonnes d’ulves. Coût de l’opération pour une plage de sable fin qui accueillera bientôt bikinis et surfeurs ? 300.000 euros. Le but étant de les ramasser au fur et à mesure, pour éviter toute fermentation, sinon, c’est la mort du petit cheval...
Chaque été, elles reviennent, et 2011 n'échappera pas à la règle. Les premières algues vertes se répandent sur les côtes bretonnes... et l'exaspération monte chez les autochtones. Quarante ans que cela dure. Des dizaines de milliers de tonnes d'algues s'échouent sur le sable, recouvrant et souillant des plages entières. Le problème n'est pas qu'esthétique : leur décomposition entraîne en quelques jours la libération d'hydrogène sulfuré à l'odeur pestilentielle. Résultat : dans les baies les plus touchées, ces marées vertes affectent le tourisme estival sur lequel repose une partie importante de l'économie locale. Sans compter que l'hydrogène sulfuré est également un gaz toxique : il a entraîné la mort d'un cheval en 2009, et fut suspecté, la même année, d'avoir causé celle d'un homme de 47 ans, victime d'une crise cardiaque alors qu'il manipulait une cargaison d'algues vertes.
La seule véritable solution serait de remonter à la source du problème, intimement lié au développement de l'économie bretonne : l'intensification, dans les années 1970, de l'agriculture, dont les pratiques conduisent à des rejets massifs d'azote dans l'océan où ils favorisent la multiplication de ces algues vertes. À la suite des marées vertes d'ampleur exceptionnelle de l'été 2009, l'Etat a dévoilé, en février 2010, un plan de lutte contre les algues vertes, d'un coût de 134 millions d'euros sur cinq ans.
Bientôt un mauvais souvenir, les monceaux d'algues malodorantes qui encombrent certaines plages en pleine saison touristique ? C'est ce que laisse espérer un projet à l'étude dans le Morbihan. Déjà utilisatrice d'algues vertes lors de la fabrication de certains de ses additifs pour la nutrition animale, la société Olmix affirme vouloir récupérer prochainement... l'intégralité de la "salade" qui s'échoue sur les plages bretonnes ! L'idée : transformer ces encombrants végétaux en matière première et en énergie, sous forme de méthane. Et en plus, le procédé valorise un autre fléau breton : les lisiers de porc riches en nitrates... eux-mêmes responsables de la prolifération des algues !
Des ulves échouées à perte de vue, et aucun autre moyen que d'utiliser des pelleteuses pour dégager ces plages désertées. Si seulement on pouvait tirer quelque chose des ulves... C'est l'un des objectifs fondateurs du Centre d'étude et de valorisation des algues (Ceva), créé en 2002. Mais la solution n'est pas facile à trouver. Pour l'heure, les dizaines de milliers de tonnes évacuées chaque année des plages bretonnes sont majoritairement épandues sur les terres agricoles environnantes, où elles jouent le rôle de fertilisant. Mais cet engrais très salé et mélangé au sable des plages sur lesquelles on le ramasse doit être utilisé en quantités raisonnables. Or les longs transports sont impossibles : les algues se décomposent en moins de deux jours, et doivent donc être épandues rapidement. De plus, "il n'est pas question de payer pour transporter un matériau composé à 90% d'eau [seulement 10% de matière exploitable] ! Quant au séchage, il revient également très cher, souligne Yannick Lerat, responsable du service valorisation du Ceva. Du coup, la communauté d'agglomération de Lannion envisage le mélange de ces algues et de déchets verts pour fabriquer un compost non putrescible, qui serait vendu à d'autres régions". Intéressante, cette piste pourrait concerner de gros volumes. Mais sa rentabilité reste à préciser. L'AMADÉITE, UN MATÉRIAU PROMETTEUR Rien d'étonnant, dans un tel contexte, à ce qu'un industriel qui affiche son intérêt pour des milliers de tonnes d'ulves ait su focaliser l'attention. Olmix n'était pourtant pas prédestinée à s'intéresser aux algues. Dans le cadre de ses activités de fabrication d'additifs alimentaires pour la santé animale, l'entreprise s'est penchée sur les propriétés détoxifiantes attribuées à l'argile. Laquelle "est structurée en feuillets. Or, l'ulve renferme des composés capables de s'insérer entre ces feuillets, voire de les séparer. Ce qui augmente la surface, donc la capacité de fixer des molécules, sur laquelle reposent les propriétés de l'argile", explique Benjamin Saulnier, du département R&D. Au final, ce mélange d'argile et d'algues aboutit à un nouveau matériau, l'Amadéite, breveté fin 2004. L'Amadéite aiderait à capter les mycotoxines, émises notamment par les champignons présents dans les silos, d'où son intérêt pour la santé animale. L'industriel parle aussi de propriétés antirides, anti-âge (déjà connues avec certains extraits d'algues vertes). Il évoque enfin une utilisation mécanique : l'Amadéite pourrait entrer dans la composition de matériaux composites pour en consolider la structure. Le renforcement des propriétés structurales du béton est ainsi envisagé.
La faute à des algues microscopiques qui n’ont heureusement rien à voir avec celles que l’on trouve sur les plages des Côtes-d’Armor et qui ont obligé François Fillon à écourter ses vacances. "Ce n’est absolument pas toxique", assure le maire de la ville, Jean-Paul Henriet, en s’appuyant sur des analyses de I'lfremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer). "Je me suis baigné à plusieurs reprises, je n’ai pas de boutons et mes cheveux ne tombent pas non plus", a-t-il confié au journal Ouest-France. Voilà qui devrait rassurer les amoureux de la Manche !
L'Ineris, l'Institut national de l'environnement industriel et des risques, a déterminé que les dégagements d'hydrogène sulfuré qui ont tué l'animal provenaient de la décomposition de ces "laitues de mer" qui posent un problème de santé publique croissant. En 2008, 4100 hectares ont été recouverts d'algues contre 2900 l'année précédente, selon les observations aériennes du Ceva, le Centre d'études et de valorisation des algues.
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