Comment les Plantes Purifient l'Air Intérieur ?

Elles filtrent l'atmosphère et recyclent certaines substances toxiques. Mais les chercheurs restent prudents : parfois, les végétaux saturent. Il faut donc les choisir avec soin.

Certains polluants (formaldéhyde, monoxyde de carbone ->) entrent dans la feuille par les stomates - des orifices permettant la respiration, la transpiration et la photosynthèse. Leurs petites molécules sont solubles dans l'eau (1). D'autres, comme le benzène et le toluène, entrent par diffusion dans la cuticule (une couche de lipides qui protège la feuille), car leurs grosses molécules sont solubles dans la graisse (2). Parfois, une partie des polluants (notamment le benzène) se dépose sur la feuille, puis se répand à nouveau dans l'air.

Vous trouvez que l'air est trop pollué dehors ? Inutile de vous calfeutrer chez vous. L'atmosphère est souvent plus viciée entre quatre murs qu'à l'extérieur. D'après une étude menée par l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (Oqai), la moitié des logements français contient un cocktail de polluants en petites quantités, et un habitat sur dix présente entre trois et huit substances très concentrées. Or nous passons 22 heures sur 24 à l'intérieur : à la maison, au bureau, à l'école ou dans les transports.
Au banc des accusés : les peintures, meubles, colles, vernis, moquettes, qui dégagent tous des molécules chimiques. Parmi ces polluants figurent les composés organiques volatiles (Cov), une vaste famille d'hydrocarbures, d'alcools et de solvants. Omniprésent, le formaldéhyde est dégagé par les bougies, les bâtonnets d'encens, les cheminées à foyer ouvert, les produits d'entretien, les vernis à ongles, les bois agglomérés et contreplaqués... Le benzène, lui, s'échappe des peintures, des parfums d'ambiance, des détergents... Quant au tétrachloroéthylène, il est issu des vêtements ou des moquettes nettoyées à sec... La fumée de cigarette exhale, à elle seule, plus de 4000 substances !

LE PREMIER RÉFLEXE : AÉRER ET NE PAS FUMER

Ce n'est pas tout : les maisons sont aussi infestées de monoxyde de carbone (issu d'appareils de combustion ou du tabac), de moisissures, de fibres minérales et de radon. Or ces polluants ne sont pas inoffensifs. Maux de tête, irritation de la peau, des yeux, du nez et de la gorge, malaises, fatigue, allergies respiratoires : les conséquences oscillent entre simple gêne et affections chroniques. Certaines substances, comme le benzène et le formaldéhyde, sont classées cancérogènes par le Centre international de recherche contre le cancer. Ces graves effets sont constatés chez des professionnels exposés à de fortes doses. Mais mieux vaut éviter d'inhaler ces substances. Le premier réflexe ? Aérer ! Et ne pas fumer à l'intérieur, avoir la main légère sur les produits d'entretien, entretenir ses appareils au gaz...
Au-delà de ces gestes de bon sens, un nouveau remède émerge depuis quelques années : les plantes. Mais comment purifient­elles l'air ? Les premières recherches remontent aux années 1980. La Nasa charge alors un jeune chercheur, Bill Wolverton, d'étudier un système d'épuration de l'air dans les stations orbitales, milieux confinés par excellence, Les premiers tests sont menés en laboratoire puis dans un bâtiment scellé, le Biohome. Au cours de ses travaux, Bill Wolverton dresse une échelle en dix points pour noter l'efficacité de 50 plantes ornementales. En 2000, des paysagistes d'intérieur et des horticulteurs français créent l'association Plant'airpur, afin de diffuser ces recherches. Dans la foulée, ils signent le programme Phytair avec la faculté de pharmacie de Lille et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) de Nantes.
A ce jour, les chercheurs ont testé trois polluants (toluène, monoxyde de carbone et formaldéhyde) et trois végétaux : la plante araignée, le pothos et le dragonnier. Placées dans des enceintes en verre de 300 litres et éclairées naturellement, elles ont été exposées à un courant d'air vicié pendant 24 heures. Puis les scientifiques ont observé les performances d'épuration dans des conditions variables : plantes avec ou sans feuilles, avec ou sans sol, terre avec ou sans micro-organismes, etc. Les premiers résultats sont tombés en 2007. Oui, les plantes métabolisent bien certains polluants, en particulier les Cov. Et l'effet n'est pas négligeable : «Nous avons constaté des diminutions de 30 à 90 % de la concentration des substances étudiées», explique Damien Cuny, professeur à la faculté de pharmacie de Lille, qui collabore à Phytair. En revanche, elles ne s'attaquent pas au radon, à l'amiante, aux moisissures, aux métaux ou aux pesticides. Autre bémol : il n'existe ni végétal universel, ni plante spécifique d'un polluant, il faut les panacher pour filtrer l'air au mieux. «Pour un maximum d'efficacité, ce n'est pas uniquement la surface des feuilles qui compte, mais aussi la densité : il vaut mieux une plante pas trop touffue, pour que l'air puisse circuler et atteindre toutes les feuilles», conseille Damien Cuny. Le chercheur tempère aussi l'enthousiasme de ceux qui voient dans les végétaux la solution miracle. En effet, trop exposées, les plantes saturent. «Le benzène par exemple casse l'ADN des cellules, explique-t-il. Certains végétaux épurent très bien un polluant sur un court laps de temps, mais en souffrent à long terme et deviennent moins performantes. C'est pourquoi il est difficile de déterminer leur efficacité.» Epineux, aussi, d'évaluer le nombre de pots à installer par pièce. Une plante pour 10 m², est-il courant de lire sur Internet et dans les brochures de jardineries... «C'est archifaux, martèle Damien Cuny, et ce chiffre n'a aucun sens puisque l'on parle de volume d'air, exprimé en mètres cubes.»
Changer d'échelle, passer du labo au logement, voilà le défi à venir. «Nous ne savons pas ce qu'il se passe dans une maison, quand l'exposition est constante mais faible et qu'un cocktail de dizaines de substances est rassemblé», poursuit Damien Cuny. D'ici à 2012, les labos testeront les plantes grandeur nature. Restera alors à étudier les effets sur de nouveaux polluants, comme les produits bromés, dont l'électronique est truffée. Une certitude demeure : dépolluantes ou pas, les plantes sont réputées, à juste titre, procurer une sensation de bien-être... ce qui fait aussi partie de la définition de la santé. Vous pouvez en orner toutes les pièces, chambres d'enfant incluses. En effet, contrairement à une idée tenace, la quantité de CO2 rejetée par les plantes est négligeable par rapport à ce que nous expirons nous-mêmes. Sans transformer la maison en forêt vierge, n'hésitez donc pas à abuser de ces «usines dépolluantes» !

Pour absorber la fumée de cigarette
Dans toutes les pièces, le GERBERA (Gerbera jamesonii) lutte contre le benzène, le trichloréthylène, le formaldéhyde et le toluène. Il assainit les vêtements imprégnés de fumée de cigarette. Il aime la lumière et s'épanouit sur les rebords de fenêtre. Comme c'est une plante fleurie, gare aux allergies !
Contre l'ammoniac des détergents
Dans la cuisine ou la salle de bains, où sont rangés les produits d'entretien, un
RHAPIS (Rhapis excelsa) luttera contre l'ammoniac, ainsi que le formaldéhyde et le xylène. Peu gourmand en lumière, il s'adapte bien dans les pièces humides. Mais ce palmier d'Asie de grande taille a besoin de place.
Dans la cuisine et la salle de bains
L'
ANTHURIUM ou langue­de-bœuf (Anthurium andreanum) adore l'humidité. Cette plante équatoriale fleurit donc joliment dans une cuisine ou une salle de bains. Performante contre l'ammoniac des détergents, elle agit aussi contre le xylène. Toutefois, en cas d'ingestion, elle est toxique.
Dans les espaces lumineux
Dans une grande entrée, une véranda ou dans un salon haut de plafond bien éclairé, installez un
PALMIER DATTIER DU LAOS (Phoenix roebelenii), particulièrement actif contre le xylène et le formaldéhyde. Il supporte bien la chaleur des pièces d'habitation et s'entretient facilement.
Dans les pièces humides
Dans la salle de bains ou une chambre au nord, suspendez une
FOUGERE DE BOSTON (Nephrolepis exaltata), efficace contre le xylène et le formaldéhyde. Elle est aussi idéale dans un salon décoré de meubles en bois aggloméré. Attention, cette plante tropicale ne supporte pas le soleil direct !
Redoutable contre le formaldéhyde
Egayez votre salon avec le
PHILODENDRON ROUGE (Philodendron erubescens) qui absorbe le formaldéhyde, très présent surtout dans un mobilier en panneaux de particules, mais aussi le trichloréthylène. La salle de bains lui conviendra, car il aime l'humidité. Petit plus, il est enfantin à cultiver.
Contre le monoxyde de carbone
Ornez un atelier de bricolage, ou toute autre pièce de la maison lumineuse, d'un
POTHOS (Scindapsus aureus), qui dépollue l'air du monoxyde de carbone, mais aussi du benzène et du toluène. Testé dans le cadre du programme Phytair, il se cultive très facilement. Attention, sa sève peut irriter la peau.
Sur les rebords de fenêtre
Les
CHRYSANTHÈMES (Chrysanthemum morifolium) absorbent très bien le formaldéhyde (présent dans toutes les pièces), ainsi que le benzène et l'ammoniac. La nuit, placez ces fleurs à l'extérieur, car elles aiment les températures fraîches. A éviter pour les allergiques au pollen.
Près des vêtements sortis du pressing
Pour neutraliser les émanations de trichloréthylène, installez dans une chambre, près de votre dressing, le très décoratif
PALMIER BAMBOU (Chamaedorea seifrizij). Il a le mérite de filtrer aussi le formaldéhyde et le benzène. Il fera merveille dans un atelier bien éclairé et abrité.
Dans le salon, la cuisine et le bureau
Dans les pièces où il y a beaucoup de formaldehyde (salon, cuisine, salle de bains, chambre repeinte), accrochez du
LIERRE (Hedera helix). Il digère ce polluant, le benzene, le trichloréthylène, le xylène et le toluène. Impeccable dans un bureau où les matériaux en plastique (gorgés de benzène) pullulent.
Dans toutes les pièces de la maison
Aucun polluant, ou presque, ne résiste à la
FLEUR DE LUNE (Spathiphyllum). Elle s'attaque au trichloréthylène, au benzène, au xylène, au formaldéhyde et à l'ammoniac. Evitez les endroits trop sombres pour cette plante facile d'entretien (mais toxique). Allergiques, s'abstenir !
Dans une chambre fraîchement repeinte Après des travaux, choisisssez un ARÉCA (Chrysalidocarpus lutescens), efficace contre le xylène et le formaldéhyde. Vous pouvez aussi poser ce palmier près d'un meuble fraîchement verni ou en orner une chambre d'enfant. Comme il est tropical, il a besoin de beaucoup de inosité et d'humidité.
Dans une pièce chauffée au gaz
Près d'une cuisinière à gaz, dans une pièce chauffée au bois ou une salle de bains équipée d'un chauffe­eau, plaçez une
PLANTE ARAIGNEE (Chlorophytum comosum). Elle absorbe benzène, toluène, monoxyde de carbone, xylène et formaldéhyde. Etudiée dans le cadre de Phytair, elle s'entretient facilement.

NOS RÉFÉRENCES - Livres
• « Les Plantes dépolluantes », Ariane Boixière et Geneviève Chaudet, Rustica éditions, 2007.
• « Les plantes qui purifient l'air de votre maison», Cécile Baudet, Marie­Dominique Guihard et Emmanuelle Mayer, Anagramme éditions, 2009.

Internet
• www.plantairpur.fr, www.air-interieur. org, www.wolvertonenvironmental.com

 Coralie Schaub - ÇA M'INTÉRESSE > Octobre > 2009
 

   
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